Agriculture Familiale


Par Jean Feyder, ancien Ambassadeur

Que peut attendre l’Afrique du Sommet du G20 à Hambourg ? En mars dernier Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, avait sonné l’alerte: plus de 20 millions de personnes risquent de mourir de faim au Nigeria, au Soudan du Sud, en Somalie et au Yémen. S’y ajoute qu’en Afrique subsaharienne, l’insécurité alimentaire affecte toujours quelques 250 millions de personnes.
Face à cette situation, les pays occidentaux visent de plus en plus à promouvoir les investissements privés. Déjà en 2012, lors d’un Sommet du G8, le Président Obama avait lancé la « Nouvelle Alliance pour la Sécurité alimentaire et l’Alimentation ». En Allemagne a été mis en route le « German Food Partnership ». Ces initiatives ne font que renforcer les politiques néolibérales qui ravagent ce continent depuis des décennies. Et tendent à ouvrir encore davantage les portes des marchés africains aux multinationales.
A l’occasion de la Conférence du G20-Africa Partnership, les 12 et 13 juin 2017 à Berlin, plusieurs ONG françaises – Action contre la Faim, le CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France – ont publié un rapport intitulé « Agriculture africaine : l’impasse des pôles de croissance agricoles » qui illustre les dynamiques d’investissement agricole en cours en Afrique. Présentés comme des solutions miracles pour lutter contre la faim, ces partenariats entre pouvoirs publics et entreprises ne semblent en réalité qu’aggraver l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.


Selon ce rapport, ces « pôles de croissance » se font au détriment des agriculteurs familiaux locaux. De larges zones agricoles sont exploitées par des entreprises privées qui bénéficient de réductions fiscales ou d’exonérations douanières. Une concurrence déloyale entre multinationales et petits exploitants est ainsi créée. Les ressources des Etats africains et leurs capacités à investir eux-mêmes dans l’agriculture et à nourrir leurs populations sont réduites sensiblement. Parallèlement, les agriculteurs qui exploitent les terres concernées sont bien souvent contraints de partir sans indemnisation adéquate ou de travailler pour des salaires de misère.
Ces ONG rappellent que l’agriculture paysanne familiale en Afrique subsaharienne représente 70% de l’emploi, 40% des exportations de marchandises, 33% du PIB et qu’elle nourrit 80% de la population. La multiplication de ces pôles met en danger l’autonomie alimentaire des populations locales.
A l’instar des organisations paysannes africaines, elles demandent l’arrêt de tout appui au développement de ces « pôles de croissance » agricoles. Elles appellent à appuyer les petits producteurs, afin de répondre véritablement aux défis de la sécurité alimentaire et nutritionnelle du continent.
Jean Feyder
Ancien Ambassadeur

Publicités

Depuis 29 ans, ce mensuel d’information accompagne des millions d’hommes et de femmes qui s’investissent dans le monde agro-pastoral sur l’ensemble du territoire national.

Par Josiane Kouagheu, collaboratrice d’Agribusiness TV – juin

En cette matinée ensoleillée du mois de mars, David Momo claudique d’un point à l’autre de sa porcherie plantée en plein cœur du quartier Ngoulmekong, à 17 Km de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Au milieu du couinement des animaux, l’homme, la soixantaine entamée, dos légèrement vouté, aidé de ses employés, nettoie, nourrit et abreuve. Des gestes qu’il accomplit minutieusement. « Au début, je n’avais que 8 truies et un verrat, se souvient l’éleveur, souriant à pleines dents. J’étais un ignorant dans la filière porcine. Il me fallait trouver quelqu’un qui me montre la voie de sortie, la voie d’entrée ».

Cette « voie » sera La Voix du Paysan (LVDP), célèbre mensuel camerounais dédié depuis 29 ans au monde agro-pastoral. « C’est à travers La Voix du Paysan que j’ai rencontré des organisations non gouvernementales (ONG) qui sont venues à mon secours. On avait des projets et on ne pouvait pas les financer », assure David, délégué du Groupement d’initiative commune « La fierté du monde rural » (GIC-LAFIMOR). A l’époque, il lit de « temps en temps » le journal. Il apprend au cours d’une de ses lectures qu’un séminaire est organisé au ministère du commerce.

David s’y rend et coup de chance, il rencontre des ONG qui financent des projets. Il postule et est retenu. Son cheptel passe de 9 à plus de 200 porcs. « Depuis ce jour, je n’ai plus lâché La Voix du Paysan », sourit-il. Au Cameroun, le journal fondé un jour d’octobre 1988 par Bernard Njonga, alors directeur de publication, entouré des paysans et autres amis, est lu aux quatre coins du pays, d’Est en l’Ouest, du Nord au Sud, jusque dans les champs.

Plus de 60 000 journaux imprimés en 2016

D’ailleurs, parmi les 64 500 journaux imprimés en 2016, 32 384 sont allés en milieu rural, soit 55,11% de l’ensemble des journaux diffusés. Une augmentation du taux de pénétration par rapport aux années 2014 et 2015 qui était respectivement de 40,5% et 52,28%. Dans les villages, beaucoup de paysans ne savent pas lire. Des groupes de lectures sont alors organisés. Article après article, ceux qui savent lire résument le contenu du journal pour leurs pairs.

Pour les agriculteurs, LVDP est leur « vitrine ». Ils y trouvent un peu de tout : témoignages de leurs compères, des histoires-à-succès, des nouvelles du marché, et surtout des fiches techniques pour améliorer leurs pratiques agricoles. « La Voix du Paysan est pour moi le seul organe de presse qui se préoccupe des problèmes de production du monde rural et qui a une certaine aura auprès du public », assure Auréole Sinclair Mbakop, ingénieur agro-industriel à la tête plusieurs hectares de champ d’ananas. Le jeune homme âgé de 38 ans a grandi en lisant ce journal. Il y a puisé sa passion pour l’agriculture, des éléments pour son mémoire, avant de s’investir après ses études dans le travail de la terre.

(suite…)

Déjà 10 000 ans que les paysans et paysannes du monde entier sélectionnent les meilleures graines de leurs récoltes pour les ressemer, les échanger ou les vendre à leurs voisins. Ce faisant, ils favorisent ainsi les plantes qui répondent le mieux aux besoins de populations qui les consomment, comme aux évolutions climatiques, et contribuent ainsi à une amélioration continue et à une diversification de la biodiversité cultivée. Mais ces fonctions essentielles et millénaires sont menacées par la mise en place de législations qui, depuis le milieu du XXè.s., ont soutenu le développement d’une agriculture où l’industrie a joué un rôle croissant dans la sélection et la production des semences, et où les nouvelles normes (règles commerciales, droits de propriété intellectuelle) dépossèdent les paysans de leur droit aux semences et les rendent dépendants d‘une poignée de multinationales.

 

Là n’est pas l’unique cause, mais il faut rappeler que 80 % des personnes souffrant de la faim vivent en zone rurale et 50 % d’entre elles ne parviennent plus à vivre de leur petite exploitation agricole : sans accès aux semences, sans possibilité de les reproduire, les échanger, les vendre, comme cela s’est toujours pratiqué, c’est bien le droit à l’alimentation des paysans et de leurs familles qui est remis en cause…

Au nom de « l’amélioration génétique », les politiques agricoles de nombreux pays riches ont contribué à mettre en place des législations empêchant les paysans d’utiliser leurs propres semences. Une autre évolution est venue entraver le droit des paysans aux semences : « les droits de propriété intellectuelle se sont considérablement renforcés ces dernières années partout dans le monde, à la demande des pays développés et au profit de leurs industriels », a dénoncé Olivier De Schutter, l’ancien rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation.

Sécuriser les paysans face aux discriminations

Pour toutes ces raisons, il importe de reconnaitre et de sécuriser le droit des paysans aux semences en lui conférant la valeur d’un droit humain. Ce droit, d’abord coutumier, commence à être reconnu formellement. « Mais les règles actuelles sont infiniment moins protectrices pour les paysans que les législations relatives aux droits de propriété intellectuelle ou à la commercialisation des semences, généralement favorables aux puissantes multinationales semencières », regrette les experts réunis par Coordination Sud pour réaliser l’étude intitulée Le droit aux semences, un droit essentiel pour les paysans.

En complément des droits universels de tout être humain, il est nécessaire de reconnaître des droits spécifiques pour permettre aux paysans de combattre les discriminations dont ils sont la cible. C’est à cette fin que des négociations se poursuivent devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU qui devraient déboucher sur une Déclaration des Nations unies.

À la différence d’une convention ou d’un pacte, une Déclaration n’est pas contraignante. Mais une Déclaration peut être reprise dans des textes internationaux obligatoires, ainsi qu’au niveau des États et des unions d’États, dans les constitutions et les législations. Les droits deviennent alors contraignants et leurs violations passibles de sanctions.

Cette perspective donne beaucoup d’espoir aux mouvements paysans du monde entier et notamment au premier d’entre eux, la Via Campesina, mais aussi à toutes les organisations de solidarité, dont SOS Faim : parvenir à protéger les pratiques paysannes garantes de résilience et de biodiversité et à rétablir un rapport de force moins déséquilibré avec les multinationales qui dominent le marché des semences protégées.

Pour la société civile, dont les mouvements paysans, il faut à présent veiller à ce que cet article soit maintenu dans la Déclaration et ne soit pas vidé de son contenu.

Marine Lefebvre

Nous avons lu avec intérêt la tribune parue lundi 15 mai dans Le Monde et intitulée « En Afrique, l’innovation financière est une clé pour une révolution doublement verte » signée par Clément Chenost et Adrien Henry, directeurs d’investissement de Moringa Partnership. A SOS Faim, ONG d’aide au développement intervenant sur les questions agricoles, plusieurs expressions et certains concepts ont retenu notre attention, notamment ces deux phrases :  « les fondations, les gouvernements et les bailleurs, en plus d’apporter une aide sous forme de dons, de prêts préférentiels ou de garanties, pourraient créer des incubateurs pour aider les premiers pas des start-up du secteur. Ces incubateurs pourraient devenir des pépinières reliant les investisseurs aux projets qui répondent à leurs attentes en matière de rendement financier et d’impact environnemental« .

Oui, ces deux phrases, à l’image de toute la tribune, nous ont amenés à nous poser des questions sur la réalité que les auteurs évoquent ou plus exactement telle qu’ils la perçoivent… Nous nous sommes demandés s’ils avaient déjà entendu parler de l’agriculture qui nourrit une très large part de la population africaine : l’agriculture familiale. Ont-ils pris le temps de s’entretenir avec les hommes et les femmes qui, en Afrique de l’Ouest, du Centre, de l’Est ou encore du Maghreb, s’engagent dans des coopératives ou des syndicats ? Ont-ils déjà échangé avec des agriculteurs et des éleveurs sur la réalité de leur vie et de leurs activités ? Sur les capacités d’adaptation et d’innovation dont ils ont fait preuve depuis des décennies malgré le démantèlement de tous les dispositifs publics d’appui à l’agriculture ? Sur leur capacité à gérer une très grande complexité dans laquelle se combinent paramètres sociaux, culturels, politiques et économiques ? Sur leurs contraintes : dans leur accès à des services publics de qualité pour leurs familles ou à des infrastructures en bon état dont l’absence pénalise gravement leurs activités économiques ? Sur leur difficile accès à des services financiers de proximité adaptés, le plus souvent inexistants ? Sur leurs batailles pour des politiques publiques consistantes qui répondent à leurs besoins et leur permettent de mieux produire, mieux vendre et donc vivre décemment ? Sur leur combat pour lutter contre des politiques commerciales internationales qui font la part belle à la concurrence déloyale et à une honteuse spéculation qui enrichit une poignée et en affament des millions ? Sur les défis qui se posent à eux en matière de structuration et de formation (conseil agricole), notamment à la base, dans les villages ; mais aussi en termes d’insertion économique des jeunes et de création d’emplois non agricoles en milieu rural ? MM. Chesnot et Henry ont-ils déjà entendu parler de la souveraineté alimentaire et du droit à l’alimentation ?

Nous nous demandons finalement quelle est la finalité de cette tribune truffée de mots à la mode et empreinte d’une approche exclusivement technique et financière qui fleure bon la culture des cabinets de conseil : s’agit-il de trouver des réponses à la complexité des défis qui se posent aujourd’hui aux agricultures africaines et à celles et ceux qui la font vivre ? Ou plutôt de séduire des investisseurs à l’affût de nouvelles niches de profit estampillées « développement durable » ? MM. Chesnot et Henry sont-ils réellement convaincus que la force transformatrice des agricultures africaines viendra des investisseurs privés étrangers, des start-up et autres incubateurs pépiniarisés ? Si oui, font-ils le pari que les populations rurales et les paysans en particulier en sortiront gagnants ?

Puissent les agriculteurs africains et les organisations qui les représentent se montrer très vigilants vis à vis de ce genre d’initiatives car si, par chance, elles ne desservent pas avec brutalité leurs intérêts de citoyens et d’acteurs économiques, nous doutons fort qu’elles contribuent à améliorer leurs conditions de vie et leurs droits.

Pour notre part, nous pensons que l’avenir des agricultures et des systèmes alimentaires en Afrique doit avant tout être construit par les Africains eux-mêmes, avec des politiques publiques volontaristes et ambitieuses qui promeuvent la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation, tout en protégeant les paysans des processus de prédation divers ; avec des organisations de producteurs agricoles fortes qui reçoivent le soutien nécessaire pour développer une gamme de services adaptés aux besoins de leurs membres et participent à la mise en œuvre des politiques qui les concernent; avec des financements privés adaptés qui soutiennent autant les activités de production que les réseaux de petites et moyennes entreprises agro-alimentaires ; avec des dispositifs de formation de qualité et pérennes qui aident les jeunes à s’installer ; avec enfin des politiques commerciales équitables et des politiques d’aide au développement, de long terme, qui promeuvent la durabilité sociale et environnementale, la redevabilité et la responsabilisation des acteurs qu’elles sont censées soutenir.

Pour nous, si révolution il doit y avoir c’est celle du système de l’aide : un système de l’aide rénové qui replace les enjeux politiques au centre des processus de développement et fait la part belle aux approches systémiques. Une révolution qui considère avant tout les paysans comme des citoyens acteurs de changement et non comme des bénéficiaires de projets ou d’investissements.

Nedjma Bennegouch, responsable des partenariats à SOS Faim

Présenté début mars devant le Conseil des Droits de l’Homme, un rapport d’experts de l’ONU met en lumière les mensonges de l’agro-industrie et les conséquences « catastrophiques » qu’elle fait peser sur la santé des hommes et de la planète, sur l’avenir en somme…

 

Le rapport cite et accuse  les multinationales (Syngenta, Monsanto, Bayer…)  de « déni systématique des effets négatifs », et d’appliquer un lobbying intensif qui « entrave les réformes et paralyse les restrictions mondiales en matière de pesticides. »

Pour les auteurs du rapport, Hilal Elver, rapporteuse spéciale pour le droit à l’alimentation, et Baskut Tuncak, rapporteur spécial sur les substances toxiques, «l’utilisation de plus en plus de pesticides n’a rien à voir avec la réduction de la faim [dans le monde]. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), nous pourrions nourrir 9 milliards de personnes aujourd’hui. La production augmente, mais le problème demeure la pauvreté, les inégalités et la distribution».

Au Bénin, Pascal Gbenou n’a pas attendu ces experts pour livrer bataille en montrant, à travers les pratiques de la ferme SAIN, un autre exemple, celui de l’agroécologie : « Il faut faire prendre conscience que les méthodes traditionnelles sont pleines de vertus et qu’il faut abandonner le mirage des produits de synthèses des blancs. » Sa démarche a précédé de beaucoup l’accumulation des preuves des effets néfastes des produits vantés par l’industrie, mais il s’inquiète aujourd’hui de voir progresser dans son pays l’utilisation d’herbicides qui tuent le bétail, les nappes phréatiques et affectent la santé des paysans.

Aux observations depuis le terrain répondent les chiffres établis par les experts de l’ONU qui évaluent à 200 000 le nombre de décès provoqués par les pesticides chaque année, tandis que plus  de  75% des  terres  arables  africaines sont concernées par la dégradation  (contre « seulement » 33%  des  terres  mondiales).

Le prédécesseur de H. Elver au poste de rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, le belge Olivier de Schutter, poursuit son engagement en lançant un  Groupe   international   d’experts   sur   les   systèmes alimentaires  durables  (IPES Food) en vue de  soutenir «  un  processus  de  réflexion  sur  l’avenir du  développement  agricole  en  Afrique  de  l’Ouest  où « les  enjeux  sont  particulièrement  importants avec une agriculture qui emploie 65% de la population » et où 36  millions  de personnes souffrent de la faim, dont 50% sont de petits exploitants  agricoles.

 

Les experts, nouveau contre-pouvoir

« Alors  que  l’agriculture  industrielle et les approches  de   la   « Révolution   verte»   promettent   des augmentations de productivité à court terme, elles n’ont pas encore apporté de réponses convaincantes à la capacité des pays à se nourrir par eux même. Plus particulièrement, ces approches ne parviennent pas à répondre aux enjeux  liés  à  la  dépendance  des  Etats  aux importations  de  denrées alimentaires et d’intrants agricoles, à leur adaptation au changement climatique, au maintien de leur base de ressources naturelles et à la provision d’une alimentation saine et équilibrée pour l’ensemble de la population. » De fait, avec la mondialisation des échanges, le continent africain est passé du statut d’exportateur net de denrées alimentaires en 1970, à celui d’importateur net, et accuse un déficit commercial  agricole  devenu structurel !

Grâce aux « nouveaux éléments  qui  suggèrent que les systèmes agroécologiques diversifiés ont  le potentiel d’offrir une stratégie pour sortir du modèle de l’agriculture industrielle tout en soutenant  des  systèmes  alimentaires  productifs  et  durables »,  les experts s’érigent en contre-pouvoir des multinationales : « Interdire et réglementer ne suffit plus: le moyen le plus efficace à long terme de réduire l’exposition à ces produits chimiques toxiques «est de renoncer progressivement à l’agriculture industrielle», conclut le rapport d’experts de l’ONU.

Marine Lefebvre

Évaluées à  quelques 202 millions d’hectares par la Banque mondiale, les terres agricoles africaines font l’objet de projets d’investissements étrangers croissants, mais qui n’ont que peu à voir avec l’amélioration des conditions de vie des populations locales.

 

L’association Alternative Espace Citoyen basée au Niger nous alerte sur un accord de partenariat public/ privé pour l’obtention d’un bail concernant 120 000 hectares de terres agricoles et pastorales dans le bassin du lac Tchad, terres largement occupées et utilisées aujourd’hui  par des petits producteurs et éleveurs. Dans un pays classé au dernier rang selon l’indice de développement humain (IDH), où la superficie moyenne des exploitations agricoles est seulement de 4,12 hectares, et où les rendements ne suffisent pas à couvrir les besoins alimentaires des ménages, la démarche des investisseurs venus du Royaume Saoudien est jugée suspecte. La société privée saoudienne Al Horaish se propose d’investir plusieurs milliards de franc CFA à travers une filiale nigérienne pour développer un projet d’agrobusiness recouvrant la plus vaste zone d’implantation jamais envisagée au Niger.

Plusieurs organisations de la société civile du Niger soutiennent le rapport de l’Observatoire sur le droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire au Niger, qui estime qu’en l’absence d’une étude d’impacts, les pouvoirs publics doivent prendre en considération trois principaux risques associés à de tels projets d’aménagement. Le principal risque est celui de voir « l’orientation vers les agro-carburants ou l’exportation» pénaliser « la sécurité alimentaire tout en ayant de faibles retombées fiscales pour les États»;  ensuite, celui de voir les investissements à  grande échelle provoquer « une crise des systèmes d’agriculture familiale en accentuant la pression sur les terres, et en provoquant une exclusion de l’élevage ».DSCN3345 Ultime risque, celui que « la forte mécanisation introduite dans le sillage de ces entreprises réduise l’emploi agricole et accélère ainsi l’exode rural ».

 

(suite…)

Alors que le gouvernement luxembourgeois et la BEI se félicitent des 11,7millions d’euros qui ont été mobilisés pour les projets de microfinance au cours de dix dernières années, les observateurs du secteur expriment des craintes face au processus de concentration en cours qui, de manière paradoxale, rend les services destinés aux plus pauvres de plus en plus inaccessibles aux plus déshérités.

DSCF4658

Aucun doute que la microfinance, renommée finance inclusive au cours des dernières années, soit devenue une industrie florissante avec une croissance à deux chiffres du portefeuille de crédits (+12,6%) et 111,7 millions de clients à travers le monde. C’est aussi, selon le ministère des Finances du Luxembourg, une bonne diversification de la place financière. Cependant, à certains égards, sa mission initiale semble se perdre : créée par des ONG pour servir les exclus du système, elle est entrée dans une logique de créations d’institutions de plus en plus grosses et de plus en plus rentables, suivant des schémas qui rappellent le secteur bancaire classique… D’après le baromètre de la microfinance édité par Convergences, les 100 IMF les plus importantes dans le monde dominent le marché avec 76,9% de l’encours global de crédits et près de 70% du nombre d’emprunteurs. Si l’évolution vers ce modèle commercial a eu un effet positif en améliorant l’accès au financement, ce mouvement est essentiellement vérifié au niveau des zones urbaines et semi rurales, ayant la plus forte densité de peuplement. Mais, dans les zones rurales isolées, les situations de conflits ou post-conflits, l’approche commerciale ne peut suffire à répondre aux besoins. SOS Faim en est bien conscient qui s’efforce de soutenir les acteurs essentiellement implantés dans le secteur rural comme en Ethiopie ou au Burkina Faso, ou ceux qui persistent à offrir des services financiers malgré un contexte politique très hostile, comme le PAIDEK ou TGD au Kivu (RDC). L’autre préoccupation des ONG concernent les taux d’intérêts élevés. Certes justifiés par les coûts opérationnels de la distribution de crédits de faibles montants, et par la prise de risques, les taux d’intérêts deviennent un problème crucial dans le financement des activités agricoles qui sont peu rémunératrices, sources de risques élevés en raison des aléas climatiques et qui nécessitent pourtant des investissements. Comme le dénonçait récemment Pascal Gbenou originaire du Bénin, « le taux d’intérêt des crédits chez nous n’est pas acceptable, à plus de 20%. Or, on a besoin de facilités pour avancer ; si j’avais un taux à 5%, je ferais des miracles ! ».

(suite…)

Page suivante »