mars 2015


Que peuvent les petits paysans d’Afrique face aux grosses exploitations de monocultures mécanisées ? …Avec de l’apprentissage et de la matière organique, ils pourraient devenir des acteurs majeurs de la transition vers un nouveau système de production agricole !

En 60 ans, le Luxembourg a perdu 10 000 de ses 13 578 exploitations agricoles. En moyenne, ce sont 2,5% des exploitations agricoles qui disparaissent chaque année. Dans le même temps, depuis les années 1950, la part de l’agriculture dans le PIB luxembourgeois est passée de 1 à 0,3% (chiffres cités par la plateforme MengLandwirtschaft).
Malgré ces chiffres éloquents, on continue de nous dire que la logique de la concentration (on est passé en moyenne de 10,6ha par exploitations, à 64ha) serait la seule susceptible de sauver le monde agricole !!?
Heureusement, de multiples « fermes expérimentales » ont montré au cours de ces dernières années que l’efficacité d’une exploitation dépend moins de son degré de technicité que de son intelligence : l’idée est de rechercher le système le plus efficace et le plus productif possible, utilisant le moins d’énergie, le moins de dépenses et d’éléments venant de l’extérieur, où l’agriculture devient un modèle d’économie circulaire, au service de l’épanouissement de l’être humain !

Cette approche dite « permaculturelle » passe par le retour aux bonnes pratiques acquises depuis des siècles par des paysans qui observaient la nature et que l’on a oubliées en recourant aux machines. Rien de passéiste ni de réactionnaire pour autant : en combinant les connaissances des anciens et les connaissances scientifiques d’aujourd’hui, on peut créer des petits écosystèmes qui entrent en interaction les uns avec les autres pour démultiplier leur efficacité : c’est la fin de la concurrence et le début de l’associativité, tel que défendu par Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi dans Le monde a-t-il un sens?

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Aux antipodes de l’agriculture industrielle, plus on est petit, plus on peut être efficace : avec ce type d’agriculture, il est possible de produire autant sur 1 000 mètres carrés, avec deux ou trois maraîchers, que sur un hectare et demi avec des méthodes conventionnelles et mécanisées. Une étude avec les ingénieurs de l’Inra [Institut national de la recherche agronomique] est en cours à la ferme du Bec Hellouin en Normandie dans le but de confirmer que, sur une surface de 1 000 m2, il est possible de créer un emploi annuel et décemment rémunéré.
En Afrique, les paysans n’ont souvent à disposition que des parcelles de moins de 5ha. Si cette taille demeure aujourd’hui bien souvent un frein à leur développement, et les entrave pour être concurrentiel sur le marché mondial, elle pourrait devenir un atout dans un contexte de raréfaction des ressources, telles que phosphates et énergies fossiles, dont  l’agriculture conventionnelle est vorace.
Une petite taille a l’avantage de pouvoir s’envisager partout, des petites parcelles des pays du Sud, aux zones péri-urbaines du monde entier. Limitation des frais de logistiques et de transports par la priorité donnée au marché local ; des produits sains et des emplois à la clé : ces petits systèmes agricoles rejoignent l’agriculture familiale traditionnelle, et y ajoutent les connaissances scientifiques du XXIe siècle. En produisant autant qu’avant sur dix fois moins de terre, on réduit considérablement la pression foncière et environnementale.
Si l’avenir appartient aux petites exploitations agricoles, les petits paysans du sud, qui représentent encore 70 à 85% des populations des pays en développement, pourraient bien tenir leur revanche et devenir les artisans d’un monde plus humain !

Marine Lefebvre

Paru dans le Quotidien le 11/03/15

Un article en provenance du RECA-Niger, un grand merci à Patrick Delmas!

En moyenne, milieu urbain et rural confondu, une famille achète 60% des produits alimentaires qu’elle consomme sur le marché. Evidemment pour les villes ce pourcentage est beaucoup plus élevé. En ville, les habitudes alimentaires changent. La ménagère ou la restauratrice recherche de plus en plus de produits « prêts à l’emploi », c’est-à-dire ne demandant pas une préparation et une cuisson longue. C’est pourquoi les boutiques de quartiers regorgent de couscous, pâtes alimentaires en tout genre, farines et autres aliments produits sur tous les continents. Certaines ONG et organisations de producteurs se sont engagées dans une bataille de longue haleine, proposer les mêmes produits transformés mais confectionnés avec des produits locaux. En premier il s’agissait des produits traditionnellement consommés au Niger : dégué, farine de mil, couscous de riz. Mais les transformatrices ont fait preuve d’innovations et proposent maintenant une gamme de produits assez extraordinaire : des farines mélangées avec deux ou trois composants (céréales et niébé, une graine plus riche en protéines), du dégué à base de niébé et de riz, du couscous de patate douce, du couscous niébé – riz, etc. Tout cela apporte une offre de nouvelles saveurs mais surtout des aliments plus équilibrés. Par rapport au Salon SAHEL 2014, les présentations des produits s’améliorent (emballage et étiquette).

Mais ces produits se vendent-ils, trouvent-ils des circuits de commercialisation et des acheteurs ?

RECA-P.Delmas
Nous sommes allés interroger une transformatrice qui est appuyée par l’ONG AcSSA Afrique verte. Pour celle-ci, le marché est en croissance régulière. L’année dernière elle a pu transformer 25 tonnes de mil et 10 tonnes de sorgho. Elle distribue maintenant ses produits dans 30 points de vente notamment les supermarchés et les boutiques alimentaires. Maintenant les produits commencent à être exposés « à de bonnes places » et en quantité suffisante. Si, au départ, ses clients proposaient des dépôts-ventes maintenant ils payent souvent « cash ». Les produits les plus consommés restent les produits classiques (farine, couscous, dégué) mais les « nouveaux produits » notamment à base de niébé commencent à percer. D’après elle, il faudrait quand même des campagnes de promotion pour les lancer véritablement et avoir accès à des emballages plus diversifiés et de meilleure qualité.

RECA-P.Delmas

Ces transformatrices innovent également en mettant en place des contrats avec les Organisations Paysannes pour l’ensemble de leur approvisionnement, notamment lors des bourses de céréales organisées chaque année par AcSSA Afrique verte. Certaines sont également en négociation pour distribuer leurs produits à travers les boutiques de sociétés de carburant. On est loin de l’AGR en échangeant avec ces transformatrices qui parlent stratégie de distribution, produits nouveaux, qualité, marketing… de véritables chefs d’entreprises engagées dans la croissance de leurs activités.

Les conseils du RECA : prenez le temps de faire le tour des transformatrices de toutes les régions, achetez leurs produits, gouttez les et faites les goutter.

Source : Le Journal du Salon
Salon de l’Agriculture, de l’Elevage, de l’Environnement et de l’Hydraulique – SAHEL 2015
Auteur : RECA