février 2016


En ce mois de février, SOS Faim vous lance un défi : manger davantage bio et équitable et ainsi soutenir des modes de production durables !

Vous désirez retourner à un commerce de proximité et à des produits naturels basés sur des modes de production durables ? Mais, connaissez-vous les points de vente près de chez vous ? « Zoom par chez nous » ! SOS Faim vous propose de découvrir le profil d’une épicerie luxembourgeoise pas comme les autres chez qui vous pouvez vous approvisionner en produits biologiques, équitables, locaux et même sans emballages…

[Zoom par chez nous : portrait de la Eis Epicerie Zolwer!]

Zoom Eis EpicerieMais qui sont-ils ?

« Eis Epicerie Zolwer » est la première épicerie solidaire du Luxembourg lancée en juin 2015 au sein de la Cooéprative Episol par l’asbl Ecosol-Sanem en collaboration avec la Commune de Sanem, l’Office Social.

Les inégalités extrêmes s’accentuent de jours en jours à travers le monde et cette montée en puissance des inégalités, tant sociales qu’économiques, n’échappe pas au Luxembourg. La «Eis Epicerie Zolwer» a vu le jour suite à la prise de conscience de ses membres fondateurs de la nécessité d’enclencher une transition sociale vers des systèmes alimentaires plus durables et accessibles à tous. L’objectif de cette épicerie est donc de permettre à chacun d’accéder à une alimentation biologique, locale et/ou équitable tout en soutenant l’économie locale et l’emploi.

« On veut offrir à tous ceux qui le désirent une alternative au mode de consommation en outrance qui sévit dans notre société, mais également tisser un lien social, juste et solidaire de proximité »

A peine rentré dans l’épicerie, on comprend déjà que derrière cette enseigne se cache bien plus qu’une épicerie ordinaire : des sacs de pommes de terre et des œufs fraichement livrés, un espace kiosque où on peut lire un livre en dégustant un délicieux café équitable, un espace de jeux pour les enfants, des sourires, des rires, etc. Bref, c’est chaleureux et on s’y sent immédiatement bien ! On est accueilli par Myriam, la présidente de « EpiSol », qui nous propose un café que l’on déguste en l’écoutant nous raconter l’histoire de cette épicerie…

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Myriam Cecchetti, présidente de Episol

Tout au long de son récit, on sent bien que ce projet lui tient à cœur. On ne s’étonne donc pas quand elle nous explique que ce projet murît dans sa tête et celle de plusieurs acteurs politiques et sociaux convaincus de la Commune de Sanem depuis plus de dix ans. De fil en aiguille, on comprend rapidement que cet endroit est bien plus qu’une épicerie…

… une épicerie « responsable » 

Dans cette épicerie pas de produits issus de grandes marques multinationales que l’on retrouve dans les supermarchés tels que Coca-Cola (sans vouloir citer une marque en particulier) ! Leur philosophie vise à encourager les consommateurs luxembourgeois à :

« Acheter autrement, à savoir ce qu’ils mangent, à acheter des produit à plus-value sociétale tels que des confitures, du pain, des viennoiseries, du chocolat des ateliers protégés ou des fruits et légumes de Co-labor »

En pratique, on retrouve des produits biologiques, locaux et/ou équitables. Il faut préciser que leur définition du local englobe un périmètre de 150 kms aux alentours. En pratiquant des prix raisonnés, ils veulent démontrer que manger des produits bio et locaux ne nécessite pas un budget plus élevé que pour des produits conventionnels à condition d’acheter de saison et de manière raisonnée.

« Les gens se cachent derrière le prix, mais un paquet de pommes de terre conventionnel de 10kg à -50% pour jeter la moitié, ça n’a pas de sens. Si les gens regardaient ce qu’ils mettent dans leur caddie et s’ils achetaient uniquement ce qu’ils ont réellement besoin, ils pourraient acheter du bio sans soucis »

A la Eis Epicerie, on fait particulièrement attention au gaspillage alimentaire et tous les aliments ont droit à une seconde chance, car au lieu de jeter le surplus du magasin, les aliments sont transformés en « Menu du jour » au bistro de l’épicerie.

Chaque produit est le fruit d’une histoire tissée entre l’épicerie et de nombreux producteurs et artisans locaux et des initiatives de réinsertions socioprofessionnelles. Ces partenariats sont précieux pour l’épicerie, car ils permettent de créer des emplois locaux mais surtout de reconnecter le consommateur aux producteurs, aux aliments, à la nature…

… une épicerie « de quartier »

En tant qu’épicerie de quartier, son rôle est d’assurer d’être en mesure de pouvoir répondre à la demande des clients. Un des obstacles majeurs de l’épicerie est la disponibilité des produits bio au Luxembourg :

« L’enjeu, c’est que les gens puissent faire toutes leurs courses chez nous. Si on ne prend que des produits bio locaux, le magasin serait à moitié vide et on risquerait de perdre des clients. L’enjeu c’est de trouver l’équilibre entre bio, local et équitable »

Cet enjeu démontre la carence de l’offre en produits bio au Luxembourg. Un autre rôle joué par la « Eis Epicerie » est ainsi de démontrer à certains producteurs locaux l’ampleur de la demande en produits bio locaux et ainsi tenter d’influencer leur reconversion. Un autre rôle majeur est également de sensibiliser les consommateurs à apprendre à consommer autrement :

« Les consommateurs sont habitués à avoir toujours tout à leur disposition dans les supermarchés, mais tout dépend de la saison ! C’est logique mais les gens l’oublient, ils doivent réapprendre à consommer »

… une épicerie solidaire

Une politique de prix spécifiques a été développée afin de garantir à tout le monde la possibilité d’accéder à une alimentation saine et responsable. Les clients de l’Office Social de Sanem peuvent ainsi bénéficier de prix solidaires et des actions de récolte de fonds sont organisées par l’asbl Eco Sol. L’objectif étant de favoriser la mixité sociale, mais surtout de lutter contre la stigmatisation.

… Un espace de rencontre et de cohésion sociale

La « Eis Epicerie Zolwer », c’est également un bistro avec petite restauration « Meet & Greet », un espace de formation, un système de livraison à domicile, un espace kiosque, une aire de jeux pour les enfants, un coin troc de livres, des ateliers découvertes animés par des associations locales ou des citoyens.

En d’autres mots, la « Eis Epicerie Zolwer », c’est bien plus qu’une épicerie : c’est un petit coin du Luxembourg où les rencontres et le partage de savoir font vibrer la cohésion sociale. Et ils ne manquent pas d’idées pour le faire vivre : « ça prend du temps, mais on a des idées comme organiser des cours de cuisine, de couture, de réparation. L’objectif c’est que ce soit un endroit qui bouge, qui vit ». Et nous on sent surtout que cet endroit nous réserve bien des surprises ! C’est pourquoi on vous invite à le découvrir par vous-mêmes et à participer à son développement et ainsi devenir des « consomm’acteurs ».

Où les trouver : vous les trouverez au sein de la commune de Soleuvre, près de la place de l’indépendance au 2 rue du Knapp.

Quand ? du lundi au vendredi de 7h30 à 19h00 et le samedi de 8h00 à 14h00.

En tout cas nous sommes déjà conquis !

*Propos de Cecchetti Myriam, présidente de « Epi Sol » recueillis par Cécile Havard

Une occasion de découvrir la Eis Epicerie:

Le mercredi 3 mars, SOS Faim organise un atelier sur les emballages alimentaires dans le cadre de sa campagne « changeons de Menu ! » à la « Eis Epicerie ».Venez apprendre tout sur les emballages des denrées alimentaires et découvrir cette épicerie

Et si ce n’est pas encore fait, découvrez le site de notre campagne « Changeons de Menu ! » –>  http://changeonsdemenu.lu/ et rejoignez nous sur Facebook .

 

Le développement des pays du sud mis en péril par la fuite des capitaux.

Pour financer leurs politiques publiques et ainsi investir dans les services publics de premières nécessités tels que l’éducation et la santé, les pays en développement (PED) doivent augmenter leur budget. Oui, mais « comment ? » alors qu’après six décennies d’appuis financier externes le continent africain reste pauvre. Et pourtant, derrière cette image de continent dépendant de l’aide internationale et corrompue se cache une toute autre réalité.

L’architecture financière internationale actuelle facilite une fuite des capitaux privant chaque année les pays en développement d’un montant bien supérieur à ce qu’ils ne reçoivent de l’aide internationale ! Selon l’ONG Global Financial Integrity, les flux financiers illicites  se sont élevés en 2013 à 1 100 milliards de dollars en défaveur des PED, alors que cette même année, la totalité de l’aide publique au développement (APD) s’élevait à 99,3 milliards de dollars. On peut donc dire que pour chaque dollar versé aux PED à travers l’APD, 10 $ sont perdus via les flux financiers illicites ! Selon Raymond Baker, un des plus grand spécialistes de ces flux illicites, ceux-ci se divisent en trois composantes : la corruption, estimée à hauteur de 3% du total, 30 à 35 % issus d’activités criminelles en tout genre et enfin 60 à 65% résultant de manipulations commerciales (falsification totale ou partielle du prix d’échanges transfrontaliers de biens ou services par les entreprises). Les activités commerciales représentent donc une part importante et non négligeable qui prive les pays en développement d’une recette fiscale vitale pour leur propre développement.

A titre d’exemple, le Niger, un des états les plus pauvres du monde, est le deuxième fournisseur d’uranium de la société française Areva, l’un des leaders mondiaux de l’énergie nucléaire. De nombreuses organisations dénoncent un régime fiscal plus qu’accommodant pour la multinationale qui exploite l’uranium nigérien depuis 1971. Les deux filiales d’Areva au Niger bénéficient de nombreux avantages fiscaux : exemptions sur les droits de douane, exonérations de TVA, une exonération sur les taxes sur les carburants ainsi qu’une « provision pour reconstitution de gisement » qui leur permet de mettre de côté 20% de leurs bénéfices, qui échappent ainsi à l’impôt sur les sociétés. La contribution fiscale de cette société au pays ne reflète en aucun cas la véritable valeur stratégique de cette ressource naturelle dont dépendent les profits de l’entreprise. Rien qu’en 2012, le Niger a perdu 16 millions d’euros en raison d’exonérations de TVA accordées à Areva… Dans un pays où 62% de la population vit sous le seuil de pauvreté, ce manque à gagner fiscal est un obstacle majeur au développement du pays qui, de facto, entretien une dépendance envers l’aide internationale.

  • Le besoin de mesures plus ambitieuses !

Cette réalité est le fruit de notre système fiscal mondial injuste qui permet aux plus riches de faire usage de leur pouvoir pour façonner l’économie et creuser davantage le fossé entre eux et le reste du monde. L’ensemble des pays du monde sont confrontés à des stratégies d’optimisation fiscale aggressives des firmes transnationales qui transfèrent leur bénéfice dans des territoires où ils ne sont pas ou peu imposés et ce, par exemple à travers l’utilisation de prix de transfert entre différentes filiales de l’entreprise. Ces pratiques d’évitement fiscal immorales privent chaque année les États de milliards d’euros de recettes fiscales nécessaires pour assurer leur mission. L’évasion fiscale n’est certes pas un acte illégal en soit mais peut être remis en cause d’un point de vue éthique et morale.

Touchés également par cette déperdition des ressources fiscales, les pays développés sont de plus en plus mobilisés contre l’injustice fiscale. Des avancées significatives existent tels que le Projet OCDE/G20 de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) ou encore la Norme AEOI sur l’échange automatique d’informations. Bien qu’allant dans le bon sens, ces initiatives sont insuffisantes pour rétablir un équilibre de la répartition des recettes fiscales dans le monde et particulièrement en faveur des pays en développement. Il est important de mettre en place des mesures plus ambitieuses en faveur d’une justice fiscale internationale afin de permettre aux pays plus vulnérables de générer des ressources internes et ainsi de réduire leur dépendance vis-à-vis de l’APD.

Mettre fin à l’ère des paradis fiscaux c’est ainsi faire un pas en avant vers la lutte contre les inégalités et de facto contre la pauvreté…

Au vu de l’importance de la place financière luxembourgeoise, il est à craindre que le Luxembourg joue un rôlecertain dans cette fuite de capitaux. Dans ce sens, le nouvellement créé «Collectif Tax Justice Lëtzebuerg» appelle à un débat public posant la question de l’utilité, de la légitimité et du bien-fondé de l’exploitation abusive de modèles d’optimisation fiscale agressive par le Luxembourg.

Cécile Havard

www.sosfaim.org