Depuis 29 ans, ce mensuel d’information accompagne des millions d’hommes et de femmes qui s’investissent dans le monde agro-pastoral sur l’ensemble du territoire national.

Par Josiane Kouagheu, collaboratrice d’Agribusiness TV – juin

En cette matinée ensoleillée du mois de mars, David Momo claudique d’un point à l’autre de sa porcherie plantée en plein cœur du quartier Ngoulmekong, à 17 Km de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Au milieu du couinement des animaux, l’homme, la soixantaine entamée, dos légèrement vouté, aidé de ses employés, nettoie, nourrit et abreuve. Des gestes qu’il accomplit minutieusement. « Au début, je n’avais que 8 truies et un verrat, se souvient l’éleveur, souriant à pleines dents. J’étais un ignorant dans la filière porcine. Il me fallait trouver quelqu’un qui me montre la voie de sortie, la voie d’entrée ».

Cette « voie » sera La Voix du Paysan (LVDP), célèbre mensuel camerounais dédié depuis 29 ans au monde agro-pastoral. « C’est à travers La Voix du Paysan que j’ai rencontré des organisations non gouvernementales (ONG) qui sont venues à mon secours. On avait des projets et on ne pouvait pas les financer », assure David, délégué du Groupement d’initiative commune « La fierté du monde rural » (GIC-LAFIMOR). A l’époque, il lit de « temps en temps » le journal. Il apprend au cours d’une de ses lectures qu’un séminaire est organisé au ministère du commerce.

David s’y rend et coup de chance, il rencontre des ONG qui financent des projets. Il postule et est retenu. Son cheptel passe de 9 à plus de 200 porcs. « Depuis ce jour, je n’ai plus lâché La Voix du Paysan », sourit-il. Au Cameroun, le journal fondé un jour d’octobre 1988 par Bernard Njonga, alors directeur de publication, entouré des paysans et autres amis, est lu aux quatre coins du pays, d’Est en l’Ouest, du Nord au Sud, jusque dans les champs.

Plus de 60 000 journaux imprimés en 2016

D’ailleurs, parmi les 64 500 journaux imprimés en 2016, 32 384 sont allés en milieu rural, soit 55,11% de l’ensemble des journaux diffusés. Une augmentation du taux de pénétration par rapport aux années 2014 et 2015 qui était respectivement de 40,5% et 52,28%. Dans les villages, beaucoup de paysans ne savent pas lire. Des groupes de lectures sont alors organisés. Article après article, ceux qui savent lire résument le contenu du journal pour leurs pairs.

Pour les agriculteurs, LVDP est leur « vitrine ». Ils y trouvent un peu de tout : témoignages de leurs compères, des histoires-à-succès, des nouvelles du marché, et surtout des fiches techniques pour améliorer leurs pratiques agricoles. « La Voix du Paysan est pour moi le seul organe de presse qui se préoccupe des problèmes de production du monde rural et qui a une certaine aura auprès du public », assure Auréole Sinclair Mbakop, ingénieur agro-industriel à la tête plusieurs hectares de champ d’ananas. Le jeune homme âgé de 38 ans a grandi en lisant ce journal. Il y a puisé sa passion pour l’agriculture, des éléments pour son mémoire, avant de s’investir après ses études dans le travail de la terre.

(suite…)

Publicités

Le Jeudi a publié le 8 mars 2012 une entretien avec Marine Lefebvre  de retour du Cameroun.

La partie noble de la coopération Sud-Nord: un exemple camerounais

Le Jeudi: «Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a amenée au Cameroun?»

Marine Lefebvre: «SOS Faim Luxembourg organise des voyages de donateurs au rythme d’environ un tous les deux ans. L’idée derrière ces voyages, au-delà de celle de la transparence des actions de l’ONG, est de permettre aux donateurs de mieux comprendre la complexité des régions où l’ONG est présente. Il n’y a rien de tel qu’un voyage de terrain. On peut écrire tout ce qu’on veut ici, on peut faire des émissions et des conférences, ce n’est qu’en rencontrant les partenaires du Sud, en voyant leurs réalités quotidiennes, qu’on va mieux comprendre les défis et à quoi il sert de les aider. Alors que, parmi les donateurs, plus de la moitié n’avaient jamais mis les pieds en Afrique, au retour plusieurs étaient désireux de s’investir plus personnellement dans l’ONG – ce qui est un autre « bénéfice » de ce type de voyage. Au Cameroun, je faisais donc partie de l’équipe d’encadrement.»

Le Jeudi: «Qui sont ces partenaires que vous avez rencontrés?»

M. L.: «Il s’agit essentiellement d’organisations paysannes, puisqu’au Cameroun, comme dans bon nombre de pays africains, c’est 60% de la population qui dépend de l’activité agricole. D’ailleurs, dans l’esprit de tous nos partenaires, il ne fait aucun doute que le développement du Cameroun passera par l’agriculture. Ils estiment unanimement que ce n’est certainement pas en excluant le monde agricole comme l’ont fait pendant des décennies les politiques d’ajustement structurel et les coupes sombres dans les budgets agricoles que le pays pourra se développer.

(suite…)