mars 2012


Les élections ne reflétant parfois qu’un simulacre de démocratie, les peuples de certains pays continuent certes d’élire leur président, mais ont appris à ne pas compter sur eux. En RD Congo ou au Cameroun, les présidents sortants y ont été reconduits mais les sociétés civiles se prennent en main.

 Au Cameroun, le président Biya réélu depuis novembre vit essentiellement en Suisse où il suit des soins médicaux. Gouverner un pays depuis un autre continent n’est pas chose aisée et les Camerounais qui l’ont réélu semblent s’en accommoder. Mais comment ne pas s’accommoder si l’on risque sa vie à s’opposer ?

Les Congolais partagent la même analyse : plutôt qu’une opposition frontale et forcément stérile, se rassembler sur des projets concrets, sans se mêler de politique, tisser des liens et des réseaux, est une alternative pour faire évoluer la société.

Au Cameroun, le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) a été l’initiatrice du mouvement paysan camerounais et l’instigatrice de services techniques et d’informations à travers La Voix du paysan qui, d’un bulletin de liaison est devenue en quinze ans un véritable mensuel d’information paysanne diffusé sur l’ensemble du pays. Et elle fait des émules à l’extérieur : en février, l’équipe de la toute jeune Voix du Paysan congolais est venue de Kinshasa profiter de l’expérience de son ainée camerounaise. « La période actuelle n’est pas moins catastrophique que sous Mobutu par ce qu’il n’y a pas eu de réforme pour donner sa chance à la population. Ce qu’on note, ce sont des avancées dans la liberté d’expression mais la démocratie ça doit être aussi le développement économique… Là il n’y a rien et c’est notre combat ! », témoigne le rédacteur en chef du mensuel congolais.

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Le Jeudi a publié le 8 mars 2012 une entretien avec Marine Lefebvre  de retour du Cameroun.

La partie noble de la coopération Sud-Nord: un exemple camerounais

Le Jeudi: «Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a amenée au Cameroun?»

Marine Lefebvre: «SOS Faim Luxembourg organise des voyages de donateurs au rythme d’environ un tous les deux ans. L’idée derrière ces voyages, au-delà de celle de la transparence des actions de l’ONG, est de permettre aux donateurs de mieux comprendre la complexité des régions où l’ONG est présente. Il n’y a rien de tel qu’un voyage de terrain. On peut écrire tout ce qu’on veut ici, on peut faire des émissions et des conférences, ce n’est qu’en rencontrant les partenaires du Sud, en voyant leurs réalités quotidiennes, qu’on va mieux comprendre les défis et à quoi il sert de les aider. Alors que, parmi les donateurs, plus de la moitié n’avaient jamais mis les pieds en Afrique, au retour plusieurs étaient désireux de s’investir plus personnellement dans l’ONG – ce qui est un autre « bénéfice » de ce type de voyage. Au Cameroun, je faisais donc partie de l’équipe d’encadrement.»

Le Jeudi: «Qui sont ces partenaires que vous avez rencontrés?»

M. L.: «Il s’agit essentiellement d’organisations paysannes, puisqu’au Cameroun, comme dans bon nombre de pays africains, c’est 60% de la population qui dépend de l’activité agricole. D’ailleurs, dans l’esprit de tous nos partenaires, il ne fait aucun doute que le développement du Cameroun passera par l’agriculture. Ils estiment unanimement que ce n’est certainement pas en excluant le monde agricole comme l’ont fait pendant des décennies les politiques d’ajustement structurel et les coupes sombres dans les budgets agricoles que le pays pourra se développer.

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