Avec 11 % de la population mondiale qui reste soumise à une sous-nutrition chronique, la faim dans le monde progresse, en même temps que les inégalités. Un hasard ? Certainement pas ! « Le problème ce n’est pas le manque de nourriture (on est même en surproduction), mais la pauvreté et le manque de pouvoir d’achat », explique l’agronome Marc Dufumier.

A contrario de l’engouement de certains investisseurs pour une agriculture de plus en plus productiviste, l’enjeu est bien davantage de parvenir à améliorer la disponibilité des aliments et le fonctionnement du marché, afin que cette production soit répartie en fonction des besoins, et non plus en fonction des moyens : « l’ouverture toujours plus grande des frontières ne permet pas d’assurer la sécurité alimentaire. Tant que les produits alimentaires ne seront pas protégés, le droit à l’alimentation ne pourra réellement s’appliquer », explique le juriste François Collart-Dutilleul, qui ajoute que, plutôt que de faire face à des urgences alimentaires en se fournissant sur les marchés internationaux, il importe de « permettre aux agriculteurs locaux de vivre de leur activité. »
Songeons aux aberrations engendrées par la mondialisation : c’est moins la disponibilité des aliments que le prix du fuel qui est devenu le déterminant majeur de celui des produits alimentaires ! Or, il est désormais avéré que, depuis les années 80, pour le patrimoine comme pour les revenus, les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres n’ont cessé de croître à l’échelle de la planète. Rendu public en décembre 2017, le « rapport sur les inégalités mondiales » du World Wealth and Income Database (WID.world), rassemblant les travaux d’une centaine d’économistes issus de quelque 70 pays, a mis en évidence une réalité suggérée dès 2013 par l’ouvrage de Thomas Piketty, Le capital au XXIè.s.

La disparition des « communaux »
En ouvrant les frontières aux marchandises (et en les fermant aux pauvres), la mondialisation a parallèlement considérablement renforcé la marchandisation des échanges et la privatisation: alors que traditionnellement, et dans toutes les cultures, existaient des « communaux », ces terres d’accès libre où les paysans pouvaient laisser paître leurs bêtes, couper du bois, tailler des ajoncs, le développement de la propriété privée a fait disparaître une grande partie de ces biens communs, et pas seulement en Occident. En reliant cette notion des communs aux droits fondamentaux, l’alimentation apparait de toute évidence comme un commun, tant elle est nécessaire à la survie de chaque être. Cette conception qui voudrait faire de l’alimentation un Bien commun repose sur une éthique forte : nul ne devrait disposer d’un monopole sur un bien vital au détriment d’un autre.


Mais comment s’y prendre ?

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