octobre 2010


Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Chaque jour, 10 000 enfants meurent de malnutrition. A se focaliser sur les chiffres, on peine à percevoir la réalité de ce fléau. Mais Germain Ouedraogo, homme de théâtre et paysan du Burkina Faso qui a passé dix jours au Luxembourg, a apporté des éléments concrets au public venu assister au Festival cinéma du Sud…

«Je suis un privilégié», explique Germain Ouedraogo, co-fondateur et directeur de la troupe de théâtre ARCAN. Il poursuit : «Non pas tant par ce que j’ai l’occasion de voyager pour mon travail et de venir en Europe, mais parce que je prends deux repas par jour. Chez moi, en région sahélienne, au nord du Burkina Faso, la plupart des familles n’en prennent qu’un, et beaucoup ne réussissent à manger qu’une fois tous les deux jours. »

Comme moi peut-être, à cause des images de la famine du Biafra, vous avez longtemps cru que la faim, ce sont des êtres humains faméliques, assis dans la poussière sans autre perspective que la mort… Le monde manichéen est loin derrière nous et la faim a « gagné » en nuances. Elle s’est installé, a fortifié son emprise dans l’hémisphère sud. Exception faite de la RDC, ce fléau n’est plus tant dû aux situations de guerres, qu’à des choix politiques et économiques qui creusent les inégalités et privent une part croissante de la population mondiale d’accès aux ressources, donc de la satisfaction des besoins vitaux.
Dans la région de Ouahigouya où vit Germain, la privation fait partie du quotidien. Ce n’est pas une privation conjoncturelle, à la suite d’une mauvaise récolte, c’est une privation habituelle, consécutive de la désertification de la zone et du manque de revenus. Ce n’est pas parce que les marchés ou les boutiques sont vides de victuailles, mais parce que le pouvoir d’achat des familles, dont le travail est très mal rémunéré, n’est plus en phase avec le coût des aliments de première nécessité.
Naguère productrice de coton, la région de Ouahigouya a épuisé ses sols à cause d’une agriculture intensive, qui, dans les années 80, représentait la voie du salut proposée par les institutions internationales aux pays en voie de développement : produire des matières premières pour l’exportation et, grâce aux devises, importer de quoi nourrir sa population. L’agriculture vivrière a donc été sacrifiée sur l’autel de la monoculture d’exportation et les politiques agricoles ont été abandonnées. Dans le même temps, la politique agricole commune (PAC) qui avait été créée après guerre pour atteindre rapidement l’autosuffisance alimentaire, faisait face à des excédents croissants (lait, vin, céréales, viande bovine). Pour écouler ces excédents en développant ses exportations, la Communauté européenne mit en place des subventions massives.

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Conférence-débat par Son Excellence Monsieur Jean FEYDER, Ambassadeur du Luxembourg auprès des institutions internationales à Genève, qui se tiendra le jeudi 21 octobre 2010 à 19h30 à l’Université du Luxembourg, Campus Limpertsberg.


(Bâtiment des Sciences Salle 0.03) 162 a, avenue de la Faïencerie, L-1511 Luxembourg.

A cette occasion, Monsieur FEYDER présentera son nouveau livre « Mordshunger », qui sera en vente lors de la soirée. Entrée libre. Conférence en français.
En savoir plus…

(Article paru dans le Quotidien le 13 octobre 2010)

A l’approche de le Journée moniale de l’Alimentation, le Forum intitulé Droit à l’alimentation et souveraineté alimentaire qui se tiendra au Niger, l’un des pays les plus gravement touchés cette année par la crise alimentaire, manifeste la volonté et la capacité des pays concernés à prendre en main leur destin alimentaire pour ne plus rester à la merci des aides d’urgence du Nord.

 

Au cours de ces trente dernières années, les pays sahéliens ont été confrontés à des crises alimentaires aigues, dont les plus dramatiques furent celles de 1984, 2005 et 2010. Après  un  demi-siècle  d’indépendance,  les  pays  sahéliens  restent  en  proie  à  une insécurité  alimentaire  chronique. En  l’espace de  trente  ans, un pays  comme  le Niger  a enregistré  16  saisons  agricoles  déficitaires  et,  cinq  ans  seulement  après  la  crise alimentaire  de  2005  qui  a  touché  3,6  millions  de  personnes, ce sont plus de 7 millions de personnes qui sont touchées en 2010.

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«Utiliser ses faiblesses comme force»

Six acteurs de la troupe de théâtre ARCAN du Burkina Faso sont au Luxembourg. L’occasion de faire connaissance avec leur «théâtre au service du développement»*.

Propos recueillis pas D. Broman article paru dans Le Jeudi le 30 septembre 2010

 

Photo: D.Broman (Le Jeudi)

 

À deux cents kilomètres au nord de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, se trouve Ouahigouya, ville où plus de 65.000 habitants luttent quotidiennement pour leur survie.«Là, c’est déjà le Sahel.» Germain Ouedraogo, est fondateur et directeur de la troupe de théâtre ARCAN…

«Le Burkina Faso est un petit pays avec beaucoup de frontières mais peu de ressources. C’est un des pays les plus pauvres du monde quia bâti sa survie autour de l’agriculture et de l’élevage. Ouahigouya souffre de la sécheresse depuis les années 1970.

Les gens y ont développé des comportements de survie axés principalement sur la sauvegarde des productions alimentaires et, par conséquent, sur la protection de la nature.» C’est que dans la région, la saison humide dure à peine trois mois, avec des pluies intenses et irrégulières. En moyenne 700mm d’un coup et puis plus rien.

«Pour assurer malgré tout la sécurité alimentaire, poursuit Germain Ouedraogo, nous devons exploiter la contre-saison, en cherchant l’eau dans les bas-fonds naturels, et en diversifiant les cultures, comme la tomate, la pomme de terre, le haricot.» Une situation sur le terrain qui détermine la réalité socio- économique.

«Comme la pauvreté engendre l’analphabétisme –le taux moyen du pays est de 70%–, les paysans se sentent –et sont –exclus des circuits de l’information. C’est de ce constat qu’est né ARCAN en 1995.»

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