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Nous avons lu avec intérêt la tribune parue lundi 15 mai dans Le Monde et intitulée « En Afrique, l’innovation financière est une clé pour une révolution doublement verte » signée par Clément Chenost et Adrien Henry, directeurs d’investissement de Moringa Partnership. A SOS Faim, ONG d’aide au développement intervenant sur les questions agricoles, plusieurs expressions et certains concepts ont retenu notre attention, notamment ces deux phrases :  « les fondations, les gouvernements et les bailleurs, en plus d’apporter une aide sous forme de dons, de prêts préférentiels ou de garanties, pourraient créer des incubateurs pour aider les premiers pas des start-up du secteur. Ces incubateurs pourraient devenir des pépinières reliant les investisseurs aux projets qui répondent à leurs attentes en matière de rendement financier et d’impact environnemental« .

Oui, ces deux phrases, à l’image de toute la tribune, nous ont amenés à nous poser des questions sur la réalité que les auteurs évoquent ou plus exactement telle qu’ils la perçoivent… Nous nous sommes demandés s’ils avaient déjà entendu parler de l’agriculture qui nourrit une très large part de la population africaine : l’agriculture familiale. Ont-ils pris le temps de s’entretenir avec les hommes et les femmes qui, en Afrique de l’Ouest, du Centre, de l’Est ou encore du Maghreb, s’engagent dans des coopératives ou des syndicats ? Ont-ils déjà échangé avec des agriculteurs et des éleveurs sur la réalité de leur vie et de leurs activités ? Sur les capacités d’adaptation et d’innovation dont ils ont fait preuve depuis des décennies malgré le démantèlement de tous les dispositifs publics d’appui à l’agriculture ? Sur leur capacité à gérer une très grande complexité dans laquelle se combinent paramètres sociaux, culturels, politiques et économiques ? Sur leurs contraintes : dans leur accès à des services publics de qualité pour leurs familles ou à des infrastructures en bon état dont l’absence pénalise gravement leurs activités économiques ? Sur leur difficile accès à des services financiers de proximité adaptés, le plus souvent inexistants ? Sur leurs batailles pour des politiques publiques consistantes qui répondent à leurs besoins et leur permettent de mieux produire, mieux vendre et donc vivre décemment ? Sur leur combat pour lutter contre des politiques commerciales internationales qui font la part belle à la concurrence déloyale et à une honteuse spéculation qui enrichit une poignée et en affament des millions ? Sur les défis qui se posent à eux en matière de structuration et de formation (conseil agricole), notamment à la base, dans les villages ; mais aussi en termes d’insertion économique des jeunes et de création d’emplois non agricoles en milieu rural ? MM. Chesnot et Henry ont-ils déjà entendu parler de la souveraineté alimentaire et du droit à l’alimentation ?

Nous nous demandons finalement quelle est la finalité de cette tribune truffée de mots à la mode et empreinte d’une approche exclusivement technique et financière qui fleure bon la culture des cabinets de conseil : s’agit-il de trouver des réponses à la complexité des défis qui se posent aujourd’hui aux agricultures africaines et à celles et ceux qui la font vivre ? Ou plutôt de séduire des investisseurs à l’affût de nouvelles niches de profit estampillées « développement durable » ? MM. Chesnot et Henry sont-ils réellement convaincus que la force transformatrice des agricultures africaines viendra des investisseurs privés étrangers, des start-up et autres incubateurs pépiniarisés ? Si oui, font-ils le pari que les populations rurales et les paysans en particulier en sortiront gagnants ?

Puissent les agriculteurs africains et les organisations qui les représentent se montrer très vigilants vis à vis de ce genre d’initiatives car si, par chance, elles ne desservent pas avec brutalité leurs intérêts de citoyens et d’acteurs économiques, nous doutons fort qu’elles contribuent à améliorer leurs conditions de vie et leurs droits.

Pour notre part, nous pensons que l’avenir des agricultures et des systèmes alimentaires en Afrique doit avant tout être construit par les Africains eux-mêmes, avec des politiques publiques volontaristes et ambitieuses qui promeuvent la souveraineté alimentaire et le droit à l’alimentation, tout en protégeant les paysans des processus de prédation divers ; avec des organisations de producteurs agricoles fortes qui reçoivent le soutien nécessaire pour développer une gamme de services adaptés aux besoins de leurs membres et participent à la mise en œuvre des politiques qui les concernent; avec des financements privés adaptés qui soutiennent autant les activités de production que les réseaux de petites et moyennes entreprises agro-alimentaires ; avec des dispositifs de formation de qualité et pérennes qui aident les jeunes à s’installer ; avec enfin des politiques commerciales équitables et des politiques d’aide au développement, de long terme, qui promeuvent la durabilité sociale et environnementale, la redevabilité et la responsabilisation des acteurs qu’elles sont censées soutenir.

Pour nous, si révolution il doit y avoir c’est celle du système de l’aide : un système de l’aide rénové qui replace les enjeux politiques au centre des processus de développement et fait la part belle aux approches systémiques. Une révolution qui considère avant tout les paysans comme des citoyens acteurs de changement et non comme des bénéficiaires de projets ou d’investissements.

Nedjma Bennegouch, responsable des partenariats à SOS Faim

Près d’un milliard d’être humains souffrent chaque jour de la faim… Et pourtant près d’un tiers de la consommation humaine mondiale, soit 1,3 milliards de tonnes sont jetés chaque année à la poubelle.

Une polémique autour du gaspillage alimentaire a récemment ressurgi dans l’actualité suite au « scandale du pain » déclenché fin avril par des photos de poubelles débordantes de pains à Luxembourg. Le gaspillage alimentaire est le fait de jeter ou de supprimer des aliments encore comestibles. Mais qui adopterait de telles pratiques alors que près d’un milliards d’êtres humains souffrent chaque jour de la faim ?

Et pourtant, au Luxembourg chaque habitant jette en moyenne 115kg de nourriture par an ! Le poids le plus élevé des pays en développement à en croire l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ce gaspillage alimentaire survient tout au long de la chaine alimentaire : des champs à nos poubelles, en passant en passant par les usines de l’industrie alimentaires et la grande distribution. En Europe et aux Etats Unis, ce gâchis se produit toutefois majoritairement au niveau de la consommation. D’après une étude de la Commission européenne, les foyers seraient à l’origine de 42 % des déchets alimentaires européens, suivis de près par l’industrie agroalimentaire (39 %). Problème de riches me diriez-vous, caractérisé par l’abondance alimentaire, le rejet des produits un peu moins appétissants à nos yeux, des normes sanitaires parfois excessives « obligeant » les restos et magasins à jeter leurs invendus mais surtout un manque cruel d’information. Ce phénomène est d’autant plus dramatique que sans gaspillage, tout le monde pourrait manger à sa faim.

La clef du changement des comportements en matière de gaspillage alimentaire réside donc dans une évolution des mentalités, en particulier des consommateurs ! Mais la lutte anti-gaspillage commence petit à petit à s’organiser à tous les niveaux. L’adoption récente en France d’une loi anti-gaspillage alimentaire ou encore l’inauguration en février dernier au Danemark d’un magasin de produits alimentaires « périmés » ne sont que deux exemples pour démontrer la croissante prise de conscience des européens de pallier à ce fléau.

Au Luxembourg, de plus en plus de communes mettent à la disposition des citoyens des poubelles prévues pour le recyclage des déchets organiques qui, une fois récoltés sont valorisés énergétiquement. Des associations récupèrent les denrées alimentaires invendues des supermarchés pour les redistribuer aux personnes à revenus modestes. C’est le cas de l’asbl Den Cent Buttek qui se charge de collecter les surplus alimentaires des grandes surfaces, commerçants et artisans pour les trier et les distribuer à des familles nécessiteuses…

Le monde peut produire assez d’aliments pour nourrir les 6 milliards d’habitants de la planète. Cependant, nombreux sont ceux qui n’ont pas accès à suffisamment de nourriture pour vivre décemment. La faim dans le monde est donc une réalité, mais pas une fatalité ! Mettre fin au gaspillage colossal des ressources sera déjà une bonne solution du problème. L’enjeu réside donc dans l’équilibre, le partage et le non gaspillage des ressources tout autant que de leur volume. Ainsi, gaspiller, surtout de la nourriture, n’est ni écologique, ni inacceptable d’un point de vue éthique. Alors ne perdez pas une miette : achetez mieux, conservez mieux, cuisinez les restes, compostez vos déchets ! Vous pouvez agir à votre échelle pour faire face à ce gaspillage alimentaire mondial. Pour plus d’informations consultez notre site Internet changeonsdemenu.lu et suivez-nous sur Facebook pour un tas de trucs et astuces pour gaspiller moins et ainsi agir à votre niveau à la lutte contre la faim dans le monde.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

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En ce mois de février, SOS Faim vous lance un défi : manger davantage bio et équitable et ainsi soutenir des modes de production durables !

Vous désirez retourner à un commerce de proximité et à des produits naturels basés sur des modes de production durables ? Mais, connaissez-vous les points de vente près de chez vous ? « Zoom par chez nous » ! SOS Faim vous propose de découvrir le profil d’une épicerie luxembourgeoise pas comme les autres chez qui vous pouvez vous approvisionner en produits biologiques, équitables, locaux et même sans emballages…

[Zoom par chez nous : portrait de la Eis Epicerie Zolwer!]

Zoom Eis EpicerieMais qui sont-ils ?

« Eis Epicerie Zolwer » est la première épicerie solidaire du Luxembourg lancée en juin 2015 au sein de la Cooéprative Episol par l’asbl Ecosol-Sanem en collaboration avec la Commune de Sanem, l’Office Social.

Les inégalités extrêmes s’accentuent de jours en jours à travers le monde et cette montée en puissance des inégalités, tant sociales qu’économiques, n’échappe pas au Luxembourg. La «Eis Epicerie Zolwer» a vu le jour suite à la prise de conscience de ses membres fondateurs de la nécessité d’enclencher une transition sociale vers des systèmes alimentaires plus durables et accessibles à tous. L’objectif de cette épicerie est donc de permettre à chacun d’accéder à une alimentation biologique, locale et/ou équitable tout en soutenant l’économie locale et l’emploi.

« On veut offrir à tous ceux qui le désirent une alternative au mode de consommation en outrance qui sévit dans notre société, mais également tisser un lien social, juste et solidaire de proximité »

A peine rentré dans l’épicerie, on comprend déjà que derrière cette enseigne se cache bien plus qu’une épicerie ordinaire : des sacs de pommes de terre et des œufs fraichement livrés, un espace kiosque où on peut lire un livre en dégustant un délicieux café équitable, un espace de jeux pour les enfants, des sourires, des rires, etc. Bref, c’est chaleureux et on s’y sent immédiatement bien ! On est accueilli par Myriam, la présidente de « EpiSol », qui nous propose un café que l’on déguste en l’écoutant nous raconter l’histoire de cette épicerie…

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Myriam Cecchetti, présidente de Episol

Tout au long de son récit, on sent bien que ce projet lui tient à cœur. On ne s’étonne donc pas quand elle nous explique que ce projet murît dans sa tête et celle de plusieurs acteurs politiques et sociaux convaincus de la Commune de Sanem depuis plus de dix ans. De fil en aiguille, on comprend rapidement que cet endroit est bien plus qu’une épicerie…

… une épicerie « responsable » 

Dans cette épicerie pas de produits issus de grandes marques multinationales que l’on retrouve dans les supermarchés tels que Coca-Cola (sans vouloir citer une marque en particulier) ! Leur philosophie vise à encourager les consommateurs luxembourgeois à :

« Acheter autrement, à savoir ce qu’ils mangent, à acheter des produit à plus-value sociétale tels que des confitures, du pain, des viennoiseries, du chocolat des ateliers protégés ou des fruits et légumes de Co-labor »

En pratique, on retrouve des produits biologiques, locaux et/ou équitables. Il faut préciser que leur définition du local englobe un périmètre de 150 kms aux alentours. En pratiquant des prix raisonnés, ils veulent démontrer que manger des produits bio et locaux ne nécessite pas un budget plus élevé que pour des produits conventionnels à condition d’acheter de saison et de manière raisonnée.

« Les gens se cachent derrière le prix, mais un paquet de pommes de terre conventionnel de 10kg à -50% pour jeter la moitié, ça n’a pas de sens. Si les gens regardaient ce qu’ils mettent dans leur caddie et s’ils achetaient uniquement ce qu’ils ont réellement besoin, ils pourraient acheter du bio sans soucis »

A la Eis Epicerie, on fait particulièrement attention au gaspillage alimentaire et tous les aliments ont droit à une seconde chance, car au lieu de jeter le surplus du magasin, les aliments sont transformés en « Menu du jour » au bistro de l’épicerie.

Chaque produit est le fruit d’une histoire tissée entre l’épicerie et de nombreux producteurs et artisans locaux et des initiatives de réinsertions socioprofessionnelles. Ces partenariats sont précieux pour l’épicerie, car ils permettent de créer des emplois locaux mais surtout de reconnecter le consommateur aux producteurs, aux aliments, à la nature…

… une épicerie « de quartier »

En tant qu’épicerie de quartier, son rôle est d’assurer d’être en mesure de pouvoir répondre à la demande des clients. Un des obstacles majeurs de l’épicerie est la disponibilité des produits bio au Luxembourg :

« L’enjeu, c’est que les gens puissent faire toutes leurs courses chez nous. Si on ne prend que des produits bio locaux, le magasin serait à moitié vide et on risquerait de perdre des clients. L’enjeu c’est de trouver l’équilibre entre bio, local et équitable »

Cet enjeu démontre la carence de l’offre en produits bio au Luxembourg. Un autre rôle joué par la « Eis Epicerie » est ainsi de démontrer à certains producteurs locaux l’ampleur de la demande en produits bio locaux et ainsi tenter d’influencer leur reconversion. Un autre rôle majeur est également de sensibiliser les consommateurs à apprendre à consommer autrement :

« Les consommateurs sont habitués à avoir toujours tout à leur disposition dans les supermarchés, mais tout dépend de la saison ! C’est logique mais les gens l’oublient, ils doivent réapprendre à consommer »

… une épicerie solidaire

Une politique de prix spécifiques a été développée afin de garantir à tout le monde la possibilité d’accéder à une alimentation saine et responsable. Les clients de l’Office Social de Sanem peuvent ainsi bénéficier de prix solidaires et des actions de récolte de fonds sont organisées par l’asbl Eco Sol. L’objectif étant de favoriser la mixité sociale, mais surtout de lutter contre la stigmatisation.

… Un espace de rencontre et de cohésion sociale

La « Eis Epicerie Zolwer », c’est également un bistro avec petite restauration « Meet & Greet », un espace de formation, un système de livraison à domicile, un espace kiosque, une aire de jeux pour les enfants, un coin troc de livres, des ateliers découvertes animés par des associations locales ou des citoyens.

En d’autres mots, la « Eis Epicerie Zolwer », c’est bien plus qu’une épicerie : c’est un petit coin du Luxembourg où les rencontres et le partage de savoir font vibrer la cohésion sociale. Et ils ne manquent pas d’idées pour le faire vivre : « ça prend du temps, mais on a des idées comme organiser des cours de cuisine, de couture, de réparation. L’objectif c’est que ce soit un endroit qui bouge, qui vit ». Et nous on sent surtout que cet endroit nous réserve bien des surprises ! C’est pourquoi on vous invite à le découvrir par vous-mêmes et à participer à son développement et ainsi devenir des « consomm’acteurs ».

Où les trouver : vous les trouverez au sein de la commune de Soleuvre, près de la place de l’indépendance au 2 rue du Knapp.

Quand ? du lundi au vendredi de 7h30 à 19h00 et le samedi de 8h00 à 14h00.

En tout cas nous sommes déjà conquis !

*Propos de Cecchetti Myriam, présidente de « Epi Sol » recueillis par Cécile Havard

Une occasion de découvrir la Eis Epicerie:

Le mercredi 3 mars, SOS Faim organise un atelier sur les emballages alimentaires dans le cadre de sa campagne « changeons de Menu ! » à la « Eis Epicerie ».Venez apprendre tout sur les emballages des denrées alimentaires et découvrir cette épicerie

Et si ce n’est pas encore fait, découvrez le site de notre campagne « Changeons de Menu ! » –>  http://changeonsdemenu.lu/ et rejoignez nous sur Facebook .

 

Du 15 au 17 décembre dernier s’est tenue à Nairobi la 10e conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en présence des Ministres Jean Asselborn et Romain Schneider. Sans guère susciter l’intérêt de nos medias et sans le moindre contrôle parlementaire.

En amont de cette conférence, le Cercle des ONG avait adressé à Monsieur Asselborn une lettre que 453 ONG de plus de 150 pays, y compris du Luxembourg, avaient signée sous la coordination du réseau « Our World Is Not for Sale (OWINFS) ». Parmi eux des syndicats, comme la Fédération Internationale des Syndicats, (ITUC), des fermiers, des écologistes, des militants des services publics et du développement.

Dans cette lettre le Cercle a demandé que le Luxembourg s’engage, avec les autres Etats membres de l’OMC, pour que la conférence ministérielle prenne des décisions concrètes en faveur du développement, des plus démunis de la planète, en particulier des petits paysans qui représentent la moitié des personnes qui ont faim. Il importe donc que l’OMC réserve aux pays en développement et surtout aux moins avancés plus d’espace politique pour leur permettre d’investir dans la production agricole nationale afin d’atteindre la sécurité et la souveraineté alimentaires.

Serait ainsi à mettre en place un mécanisme spécial de sauvegarde qui aurait permis aux pays en développement d’augmenter temporairement les droits de douane sur les produits agricoles sensibles pour se préserver d’importations soudaines. Celles-ci proviennent normalement des pays industrialisés.

Hélas, les pays riches n’ont pu accepter cette proposition ni celle qui devait établir un accord définitif suite à celui, provisoire, conclu à Bali en 2013 qui a permis à des pays comme l’Inde de créer des réserves publiques pour la sécurité alimentaire en achetant aux petits paysans des produits à des prix qui se situent au-dessus du « prix du marché » ce que les règles de l’OMC interdisaient jusque-là.

Ces refus ont ainsi révélé le caractère fallacieux de l’agenda des objectifs de développement durable adopté par les Chefs d’Etat du monde entier en septembre dernier. Cet agenda veut éliminer la faim, d’ici 2030, en augmentant la productivité agricole et le revenu des petits exploitants en particulier pour les femmes, les communautés indigènes, les exploitations familiales, les éleveurs nomades et les pêcheurs. Les investissements dans l’agriculture seraient à renforcer. 25 000 personnes surtout des enfants continueront donc de mourir de faim chaque jour.

Suppression des subsides agricoles: quel progrès?

La ministérielle a certes trouvé un accord sur l’élimination des subventions à l’exportation des produits agricoles. La Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, s’en est félicitée. L’impact de cette élimination est toutefois minime. Les Etats-Unis et l’Union européenne n’utilisent plus ces subventions. Mais cette décision n’affecte pas les aides internes que l’UE continue de verser massivement à ses fermiers ce qui permet aux exportateurs de vendre en dessous du prix de revient sur les marchés des pays tiers. A l’OMC, l’UE a réussi l’artifice – certains experts parlent de tricherie – consistant à faire inclure ces aides dans la “boîte verte” qui comprend des aides n’ayant pas ou que très peu d’effet de distorsion du commerce.

Deux autres questions ont divisé la conférence. Les pays industrialisés ont souhaité mettre à l’ordre du jour de l’OMC de nouveaux sujets intéressant les multinationales tels les investissements, le droit à la concurrence et les marchés publics. Cette demande a été rejetée une nouvelle fois par les pays en développement.

Enfin, s’agissant des négociations du cycle de Doha, certains Etats membres – en fait la très grande majorité – veulent les poursuivre alors que d’autres et surtout les Etats-Unis ne le veulent pas.

Bien que ce fût la première conférence ministérielle organisée en Afrique, les pays en développement n’ont pas tiré grand-chose de cette conférence. Les pays africains et surtout les moins avancés sont restés exclus des véritables négociations. Dans une déclaration séparée des ONG africaines ont dénoncé cette discrimination.

L’OMC, au service de qui ?

L’OMC a été établie en 1995 dans le cadre des accords de Marrakech concluant les négociations de l’Uruguay Round. Elle a succédé au GATT (Accord général sur les tarifs et le commerce), créé en 1947 par 23 Etats. Aujourd’hui, l’OMC regroupe plus de 160 Etats. Ces accords ont compris, pour la première fois, des chapitres sur l’agriculture, les services et la propriété intellectuelle. Sur le plan du commerce, les marchés sont libéralisés ce qui est un des principaux objectifs de l’OMC. Les pays industrialisés et notamment les Etats-Unis étaient ainsi parvenus à faire prévaloir largement leurs intérêts et à consolider leur hégémonie économique mondiale. Ce qui a conduit Noam Chomsky à affirmer que l’ OMC n’est rien d’autre qu’ »un instrument de politique étrangère des Etats-Unis ». Pierre Bourdieu a appelé l’OMC « Big Brother », ensemble avec les entreprises multinationales, le FMI et la Banque mondiale exerçant son pouvoir sur le monde, de manière non transparente.

Sous l’impulsion des pays en développement soucieux de rééquilibrer l’édifice mis en place, l’OMC a lancé en 2001 un nouveau cycle de négociations, le « Programme de Doha pour le développement ». Un traitement spécial et différencié devait même y être réservé aux pays en développement. Depuis 2011, ces négociations restent dans l’impasse. Car pour les Etats-Unis les conditions ont changé depuis le lancement en 2001 de ce cycle de négociations et les pays émergents en particulier la Chine devraient ouvrir davantage leurs marchés aux produits industriels. Ce que ces derniers rejettent. Le développement promis devra attendre.

Ce blocage des travaux de l’OMC renforcera l’élan des pays riches à poursuivre la défense de leurs intérêts à travers la conclusion d’accords commerciaux entre pays intéressés comme le TISA ou d’accords régionaux ou bilatéraux, comme le TTIP.

Rick Rowden du Centre pour les Etudes Economiques de l’Université Nehru de New Delhi écrit que le but principal de l’OMC d’une « libéralisation progressive » a été une erreur intrinsèque pour les pays en développement dès le début étant donné que les pays industrialisés ont appris à libéraliser leurs barrières tarifaires seulement lorsque leurs industries étaient devenues compétitives sur les marchés mondiaux, pas avant. Mais les pays en développement ayant ouvert leurs marchés de façon prématurée, les pays riches les ont inondés avec des produits agricoles et des biens manufacturés subsidiés ».

 

Il conclut en se demandant  »Avec une telle politique du développement, est-il surprenant que certains de ces millions de jeunes désillusionnés et en chômage finissent par rejoindre les multitudes de migrants économiques en cherchant à entrer aux Etats-Unis ou en Europe ou, pire, à rejoindre les rangs de l’Etat Islamique, Boko Haram et Al-Shabaad?».

 

Jean Feyder

Ancien Ambassadeur, membre du CA de l’ASTM et de SOS Faim

 

Globalement, la faim dans le monde recule… Et pourtant près d’un milliard d’êtres humains en souffrent encore ! Certaines régions, notamment le Sahel, restent en situation d’insécurité alimentaire chronique.

Le changement climatique, la sécheresse en Afrique, l’augmentation de la population mondiale, la volatilité du prix des céréales sont généralement identifiés comme les causes majeures de la faim dans le monde. On oublie cependant trop souvent de s’interroger sur le rôle joué par nos habitudes alimentaires et plus particulièrement notre consommation de viande.

Au Luxembourg, la viande fait partie intégrante des habitudes culinaires. Il suffit de déguster les spécialités nationales, telles que la Mettwurscht, la Feierstengszalot, le Rieslingspaschtéit ou encore la Grillwurscht pour s’en apercevoir : de la viande et encore de la viande! Et pourtant comme le souligne l’économiste américain Jeremy Rifkin :

« Il suffirait de renoncer à la viande pour soulager la pénurie de grains tout en préservant l’environnement et notre santé ».

La consommation de viande a radicalement augmenté ces dernières années, atteignant une production totale de 300 millions de tonnes en 2014, soit cinq fois plus qu’en 1950. Les Luxembourgeois ne sont donc pas les seuls à raffoler de viandes, cette tendance à la hausse se fait ressentir dans tous les pays dont le niveau de vie est en augmentation, et particulièrement en Asie. Au vu des estimations de la croissance démographique mondiale, la consommation de viande devrait doubler au cours des 20 années à venir. Paradoxalement, l’expansion rapide du secteur de l’élevage constitue une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.

Pour satisfaire la demande et favoriser la croissance et les rendements du bétail, le régime alimentaire de l’élevage industriel dépend aujourd’hui des céréales et du soja: 7 à 10 kg de céréales ou de produits végétaux sont nécessaires pour produire 1 kg de boeuf ! La production mondiale de viande et d’alimentation destinée au bétail consomme à elle seule 2/3 des terres agricoles dans le monde et 90% de la production mondiale de soja. Adaptées à la consommation humaine, ces cultures pourraient subvenir aux besoins alimentaires des 870 millions de personnes qui souffrent actuellement de la faim. Et pourtant elles sont réservées à nourrir nos futurs steaks…

Au contraire de l’élevage industriel, l’élevage de bétail à petite échelle des exploitations agricoles familiales contribue à la survie d’un grand nombre de petits exploitants pauvres des pays en développement et constitue une source potentielle de lutte contre la sécurité alimentaire. Il est donc important de développer une agriculture paysanne moderne fondée sur les savoirs traditionnels et durables en opposition à la production animale industrielle. De nombreux acteurs, tels que SOS Faim, appuient ces producteurs familiaux africains, les premières victimes de la faim, pour développer une agriculture adaptée aux conditions et aux besoins locaux tout en respectant les limites écologiques, économiques et sociales. Nous pouvons toutefois également agir à notre échelle en diminuant significativement notre consommation de viande et en favorisant la consommation de produits issus de l’élevage durable et local. Ces gestes quotidiens sont une façon simple et efficace pour lutter individuellement contre la faim dans le monde. Alors à vous de jouer !

Tout au long du mois de janvier, SOS Faim vous invite à débattre sur cette question à travers des défis, des arguments pour, des conseils comment, des espaces d’expression et de partage d’expériences entre initiés et débutants, etc. Visitez notre site internet et participez à notre geste du mois #1 : je mange moins de viande !

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

Imaginons plusieurs scénarii… Vous tombez malade et vous ne pouvez pas payer votre traitement. Vous avez un accident qui vous empêche de pouvoir continuer à travailler, vous ne percevez dès lors plus de revenus : vos enfants doivent travailler au lieu d’aller à l’école. La sécheresse touche votre région, les prix des denrées alimentaires s’envolent et les pertes de votre bétail s’accumulent : vous ne pouvez plus nourrir votre famille. Votre récolte est ravagée, vous ne pouvez pas acheter les engrais et semences indispensables pour votre future récolte : vous ne pouvez pas continuer votre activité agricole, vous vendez votre exploitation, vous n’avez plus de logement. Vous travaillez toute votre vie mais vous ne percevrez pas de pension : vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins et ceux de votre famille.

Ces scénarii vous semblent-ils invraisemblables ? Et pourtant, cette réalité touche  plus de 70% de la population mondiale qui vit sans protection sociale. La sécurité sociale est considérée comme un droit fondamental reconnu par l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[2] :

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Certains perçoivent la protection sociale comme un « luxe » dont les pays pauvres ne peuvent se doter ou encore comme un obstacle à l’optimalisation de la compétitivité économique pour les pays riches. Pourtant, de nombreux exemples démontrent qu’il est possible de poser les jalons d’un système de protection sociale, quel que soit le niveau de développement économique d’un pays et ce, tout en favorisant le développement économique de ce dernier.

Prenons l’exemple d’un pays émergent : le Brésil. Celui-ci a lancé en 2003 un programme visant à stimuler la croissance et le progrès social au sein de son pays à travers  le programme intitulé « Bolsa Familia Program (BFP)». Ce programme a permis d’accélérer l’extension de la couverture de protection sociale et l’augmentation des salaires minimaux tout en maintenant la croissance du développement économique. Le Brésil n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui tend à démontrer que la protection sociale favorise la croissance inclusive, la justice sociale, le développement humain et la stabilité politique d’un pays.

Le 16 octobre 2015, nous célébrons la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) avec comme thème central : « Protection sociale et agriculture – briser le cercle vicieux de la pauvreté rurale ». La protection sociale est définie par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme:

« un ensemble de mesures, de programmes et d’interventions visant à protéger les individus qui connaissent la pauvreté et l’insécurité alimentaire ou sont susceptibles d’y être exposés».

La protection sociale est un droit fondamental reconnu pour ses effets bénéfiques. Et pourtant, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 73% des êtres humains n’ont pas accès à la protection sociale. La majorité d’entre eux vit dans les zones rurales des pays en développement et dépend essentiellement de l’agriculture. A travers le monde, 500 millions d’agriculteurs veulent vivre de leur travail et nourrir leur famille. Ces paysans n’ont ni tracteur, ni subvention de la Politique agricole commune (PAC), ni couverture sociale. Ils sont les premiers à subir les aléas climatiques avec, au Sahel en particulier, des saisons de pluies de plus en plus irrégulières occasionnant des perturbations importantes dans le calendrier agricole, des sécheresses, des inondations, une désertification galopante, etc…

« Éradiquer la faim » fait partie des objectifs du développement durables (ODD) adoptés par l’ONU en septembre. Dans le monde, 870 millions d’êtres humains souffrent de la faim. La protection sociale a un impact immédiat sur la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, mais elle demeure toutefois un privilège ! Selon la FAO, les programmes de protection sociale peuvent contribuer à « l’accroissement des revenus tirés des exploitations agricoles, du rendement des cultures et de la productivité de l’élevage ». La protection sociale est donc tout sauf un luxe. C’est un droit fondamental de lutte contre les inégalités et la pauvreté.

« Nous devons non seulement lutter contre la faim, mais aussi contre les conditions qui en sont à l’origine… Il est indispensable de construire un avenir pour tous afin d’assurer un avenir acceptable : soyons la génération faim zéro ! » (FAO, 2015)

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

SPOT de la FAO à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation 2015:

Compagnie familiale qui trouve ses origines à la fin du XIXè. siècle au Congo belge, la SOCFIN (Société Financières des Caoutchoucs) s’est formellement constituée en 1973, accueillant dans son capital le groupe BOLLORE à partir de 1998. La SOCFIN est aujourd’hui une holding multinationale exploitant 181 000 hectares de palmiers à huile et de caoutchouc en Asie et en Afrique.

« Depuis sa création il y a plus de cent ans, la SOCFIN et ses filiales locales ont toujours agi dans le respect des lois des pays où elles s’implantent et en harmonie avec les communautés qui avoisinent ses installations », annonce un communiqué du groupe tâchant de répondre aux mouvements sociaux qui se développent autour de ses plantations.

La société civile, organisée au sein de l’Alliance Internationale des Riverains, pourrait-elle ne colporter que des rumeurs ?

Elles sont pourtant persistantes et argumentées, et donnent lieu à des actions de plus en plus déterminées: La création d’une alliance réunissant les communautés de cinq pays concernés par les investissements du groupe a marqué une nouvelle étape dans la tentative des petits paysans de défendre leurs droits: selon l’ONG française ReAct, « Depuis 2008, les expansions des plantations de la SOCFIN sont continues. Les surfaces en Afrique exploitées par la société sont passées de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014, soit une augmentation de 24% et ce, au détriment des communautés locales ». Selon ces dernières, « Les accords ne sont pas respectés et les terres considérées comme « espace vital » pour les villageois sont accaparées comme les autres ».

Les manifestations lancées fin avril par l’Alliance Internationale des Riverains, avec le blocage des plantations au Cameroun entre le 23 et le 28 avril dernier, puis poursuivies au Liberia, au Cambodge et en Côte d’Ivoire, vont continuer. Partout, les communautés villageoises ont les mêmes revendications : que la SOCFIN leur rétrocède l’usage d’une partie des terres accaparées et qu’elle tienne ses engagements sur les compensations auxquelles les différents accords l’engagent.

SOCFIN

Malgré les nombreuses interpellations et appels à la négociation, les dirigeants de la SOCFIN sont restés muets. D’où l’idée d’interpeller directement les actionnaires à l’occasion de l’AG de la société, le 27 mai dernier à Luxembourg. Une semaine plus tard, le 4 juin en région parisienne, des militants se sont symboliquement « accaparé » la pelouse du siège social du groupe BOLLORE à l’occasion de son AG : « Nous n’avons plus de terres au pays, alors on plante le manioc sur votre pelouse ».

Une délégation a été reçue et de nouvelles promesses ont été faites par les instances dirigeants : «Nous allons peser tout faire pour que la SOCFIN soit autour de la table pour une nouvelle négociation internationale cet automne avec les représentants des communautés des différents pays». Les responsables du groupe ont reconnu que les promesses passées ne se sont pas toutes traduites dans les faits et se sont engagés à lancer une expertise indépendante sur les conflits fonciers dans les plantations.

Là-bas se comptent les pertes, ici les profits

 » BOLLORE encaisse les dividendes de la SOCFIN tout en récusant sa responsabilité », se lamente Emmanuel Elong, porte-parole de l’Alliance des Riverains.

Le rapport annuel de SOCFIN fait état d’un bénéfice consolidé de 100 millions EUR, sans rien révéler des pertes ni des dépenses ; en 2014, 37,3 millions EUR de dividendes ont été distribués aux actionnaires de la SOCFIN et 11,5 million au Conseil d’administration (dont MM. Vincent Bolloré and Hubert Fabri, responsable de la partie plantation du groupe).

Une récente étude d’EURODAD a, quant à elle, établi que la SOCFIN et le groupe BOLLORE sont « des compagnies qui ont recours à l’optimisation fiscale avec des pays en développement », notamment grâce aux « tax ruling » signés avec l’Etat luxembourgeois, avantage qui s’ajoute au statut fiscal des sociétés de droit luxembourgeois SOPARFI (Société de Participations Financières) exonérant l’intégralité des dividendes touchés par les actionnaires !
Pendant ce temps, Hubert Fabri est poursuivi par la justice belge pour évasion fiscale, blanchiment et faux. Le procès doit s’ouvrir en novembre. Une deuxième enquête est ouverte pour faits de corruption..

La SOCFIN est un exemple emblématique de sociétés incarnant un capitalisme financier socialement et environnementalement irresponsable. Le 27 mai dernier devant l’AG de la SOCFIN, SOS Faim réclamait « une redevabilité en matière de droits humains et de gestion durable de l’environnement » : la SOCFIN devra non seulement désormais compter avec la résistance des mouvements paysans des pays où elle mène ses activités, mais aussi avec les ONG des pays du Nord solidaires de ces mouvements!

Marine Lefebvre

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