La fin des quotas laitiers européens en 2015 a entrainé une chute vertigineuse des prix … et une hausse massive des exportations. Les producteurs européens ne gagnent plus leur vie… et les petits producteurs laitiers africains sont laminés par l’afflux de lait en poudre à bas coût.

 

En chute vertigineuse depuis deux ans, le prix du lait payé aux éleveurs européens ne couvre plus les coûts de production et le nombre d’exploitations en situation de cessation d’activité ne cesse de croitre. Dans le même temps, les chiffres du commerce extérieur européen des produits laitiers affichent une dynamique insolente avec un excédent commercial de 8,7 milliards € en 2015 et des produits laitiers français qui s’enorgueillissent d’être « des champions de l’export : sur 10 litres de lait collectés, 4 sont exportés ! »

Quel est ce système agro-alimentaire où l’excédent commercial laisse penser qu’un secteur se porte bien ?

Depuis la fin des quotas laitiers il y a deux ans, les éleveurs européens assistent à la baisse des cours. Il y a quelques mois, le prix du lait payé aux producteurs français variait entre 260 et 280 euros la tonne, contre 363 euros il y a encore deux ans. « Ces montants ne couvrent plus les coûts de production, qui se situent autour de 300 euros la tonne », explique André Pfimlin, économiste et auteur d’un ouvrage sur l’Europe laitière. En France, comme en Espagne ou en Pologne, les prix ont chuté de 14 % en un an,  et de  de 22 % à 25 % en Allemagne,  Irlande et au Royaume-Uni… C’est la conséquence de la forte hausse de la production européenne qui a voulu miser sur la demande des pays émergents. En 2015, Cette hausse s’est traduite par la mise sur le marché de 3,3 millions de tonnes supplémentaires, sans que ne soit anticipées les évolutions des besoins des principaux clients des producteurs laitiers européens ; les achats de la Chine, premier importateur mondial, au plus haut encore en 2014, n’ont cessé de diminuer depuis, ce pays ayant augmenté sa propre production et largement reconstitué ses stocks. Par ailleurs, l’embargo instauré par la Russie sur les produits laitiers européens a aussi eu des conséquences sur la demande.

… La réponse de la filière est passée par la transformation en poudre de lait qui déferle sur les marchés urbains des pays en développement. On a ainsi pu constater au Niger « que la plupart des mini-laiteries créées pour valoriser le lait local se sont tournées progressivement vers la poudre de lait. Toutes les laiteries industrielles ou locales, supposées proches des éleveurs, ont recours à la poudre de lait, (les laiteries de Niamey s’approvisionnent à 85 % en poudre de lait importée) produite par des agricultures ultra-compétitives et subventionnées ».

La course au rendement tue les producteurs

En zone sahélienne, les vaches produisent couramment moins de 10l par … semaine…  La bataille du rendement est perdue d’avance et pourtant, les systèmes agro-pastoraux sahéliens sont cruciaux pour la mise en valeur d’espaces naturels souvent arides et la création d’emplois  dans des pays où les paysans représentent encore 75% de la population.

Face aux « anomalies » du système, au Nord comme au Sud, des producteurs s’organisent pour remettre le bon sens au goût du jour : le concept de « lait équitable » du « European Milk Board » (EMB)  a notamment inspiré les  agriculteurs organisés au sein de la « FAIRKOPERATIV LËTZEBUERG » (FKL). Avec  D’fair Mëllech, « le producteur agricole est en mesure d’exercer une influence directe sur sa palette de produits et sur leur prix de vente. »

Par la vente directe et privilégiant le circuit court, l’agriculteur réussit à convaincre le consommateur, « grâce à une argumentation basée sur une production transparente, de se montrer solidaire en payant un prix juste pour un produit de qualité. »

Miser sur la transformation du lait local pour privilégier des revenus réguliers pour un grand nombre d’éleveurs, plutôt que des revenus importants pour un petit nombre d’éleveurs, telle est la devise des acteurs de la filière qui, du Nord au Sud, veulent redevenir maitre de leur destin.

 

Marine Lefebvre

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