Sécurité Alimentaire


Le 9 février 2018 à Niamey, des milliers de manifestants ont commémoré la mémoire des trois jeunes martyrs tués 28 ans plus tôt par les forces de l’ordre qui avaient ouvert le feu sur une manifestation pacifique dans la capitale nigérienne.
Cette commémoration est intervenue dans un moment de grande tension au Niger où de premières manifestations ont été organisées fin janvier dans le but de dénoncer la loi de finances 2018 et l’installation des bases militaires étrangères.

Un collectif nommé CADRE DE CONCERTATION ET D’ACTIONS CITOYENNES DE LA SOCIETE CIVILE NIGERIENNE INDEPENDANTE s’est formé. Dans ses publications, il a rappelé que la tragédie survenue en 1990 a d’autant plus marqué les esprits qu’elle a été le point de départ du processus de démocratisation du pays qui marque également le début de la coopération avec le Luxembourg, notamment.

Or, près de 30 ans après, c’est l’amertume qui l’a emporté, face à un régime qui inspire la défiance à ses concitoyens : « le Président Issoufou Mahamadou a réussi l’extraordinaire exploit de transformer le Niger en une véritable république bananière où prospèrent les intérêts étrangers. D’abord, ceux des grandes puissances occidentales, notamment la France et les États Unis, qui se sont vues octroyer gracieusement, sans aucune consultation du parlement, le droit d’y installer des bases militaires où sont déployés des centaines de soldats équipés d’armements ultra sophistiqués. Ensuite, ceux des grandes compagnies multinationales qui, comme les sociétés de téléphonie, bénéficient d’avantages fiscaux faramineux, et qui, comme AREVA et la CNPC, exploitent les ressources du sous-sol dans les conditions qu’elles ont choisies », écrit Moussa Tchangari, Secrétaire Général d’Alternative Espaces Citoyens (AEC).

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est la loi de finances 2018, aussi appelée « loi scélérate » : « En dépit de ces signaux évidents, il est frappant de constater que le Président Isssoufou et ses principaux soutiens internes et externes (…) pensent pouvoir continuer à mettre le pays sous coupe réglée à travers la mise en œuvre d’une politique antisociale, dont la loi de finances 2018 n’est qu’une étape. (…) Le vote de cette loi de finances constitue la preuve éloquente que les autorités nigériennes, mais aussi leurs amis extérieurs, sont encore loin de prendre la mesure de la colère qui gronde au sein du peuple », poursuit Moussa Tchangari tandis que le collectif dénonce :

« qu’au moment où le gouvernement accorde des cadeaux fiscaux et des exonérations fantaisistes à des multinationales bien nanties, on institue des impôts et taxes sur des produits (biens et services) de première nécessité et que les recettes collectées servent à financer des dépenses de prestige et des emplois fictifs au détriment des services sociaux de base comme la Santé et l’Education. A l’heure où nous parlons, des contractuels de la santé et de l’éducation peinent à jouir de leurs pécules régulièrement. Ceux de la santé enregistrent aujourd’hui, six mois d’impayés pour des pécules de misère d’à peine 55000F par mois dans ce contexte de renchérissement tout azimut du coût de la vie. »

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Comment vivre dans un pays où l’économie est une jungle majoritairement informelle, soumise à la volatilité des prix (autour de 50 % d’inflation annuelle), et où les seules exportations sont constituées de matières premières alors que les devises viennent à manquer pour l’importation des denrées alimentaires ?

En République démocratique du Congo, 65 à 70% de la population, soit plus de 50 millions d’habitants, n’a que l’agriculture pour vivre. La RDC compte environ 800.000 km² de terres arables qui ne sont exploitées qu’à hauteur de 10%, alors qu’il n’existe aucun soutien à la production. Les potentialités de développement de l’agriculture sont par conséquent très importantes et pourtant, paradoxalement, plus de 75% de la population restent sous-alimentés.


Dans ce pays qui n’a pas connu d’alternance pacifique depuis son indépendance en 1960, Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir au delà de la fin de son mandat, grâce à un accord avec l’opposition et au report des élections, désormais prévues décembre 2018. Processus de démocratisation en panne, absence de services et d’infrastructures publiques et une espérance de vie qui n’atteint pas 50 ans pour les hommes : « On ne voit pas la voie de sortie », a témoigné Urbain BISIMWA RUTEGA Secrétaire Général de l’Union Paysanne pour le Développement Intégral (UPDI) lors de sa visite au Luxembourg en décembre dernier à l’invitation de SOS faim, avant d’ajouter :

« dans ce contexte, la lueur d’espoir c’est la vie elle-même ; nous sommes là, nous nous battons au quotidien pour survivre. Nous travaillons avec ceux qui ont conscience que la vie ne peut continuer comme ça ».

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Avec 11 % de la population mondiale qui reste soumise à une sous-nutrition chronique, la faim dans le monde progresse, en même temps que les inégalités. Un hasard ? Certainement pas ! « Le problème ce n’est pas le manque de nourriture (on est même en surproduction), mais la pauvreté et le manque de pouvoir d’achat », explique l’agronome Marc Dufumier.

A contrario de l’engouement de certains investisseurs pour une agriculture de plus en plus productiviste, l’enjeu est bien davantage de parvenir à améliorer la disponibilité des aliments et le fonctionnement du marché, afin que cette production soit répartie en fonction des besoins, et non plus en fonction des moyens : « l’ouverture toujours plus grande des frontières ne permet pas d’assurer la sécurité alimentaire. Tant que les produits alimentaires ne seront pas protégés, le droit à l’alimentation ne pourra réellement s’appliquer », explique le juriste François Collart-Dutilleul, qui ajoute que, plutôt que de faire face à des urgences alimentaires en se fournissant sur les marchés internationaux, il importe de « permettre aux agriculteurs locaux de vivre de leur activité. »
Songeons aux aberrations engendrées par la mondialisation : c’est moins la disponibilité des aliments que le prix du fuel qui est devenu le déterminant majeur de celui des produits alimentaires ! Or, il est désormais avéré que, depuis les années 80, pour le patrimoine comme pour les revenus, les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres n’ont cessé de croître à l’échelle de la planète. Rendu public en décembre 2017, le « rapport sur les inégalités mondiales » du World Wealth and Income Database (WID.world), rassemblant les travaux d’une centaine d’économistes issus de quelque 70 pays, a mis en évidence une réalité suggérée dès 2013 par l’ouvrage de Thomas Piketty, Le capital au XXIè.s.

La disparition des « communaux »
En ouvrant les frontières aux marchandises (et en les fermant aux pauvres), la mondialisation a parallèlement considérablement renforcé la marchandisation des échanges et la privatisation: alors que traditionnellement, et dans toutes les cultures, existaient des « communaux », ces terres d’accès libre où les paysans pouvaient laisser paître leurs bêtes, couper du bois, tailler des ajoncs, le développement de la propriété privée a fait disparaître une grande partie de ces biens communs, et pas seulement en Occident. En reliant cette notion des communs aux droits fondamentaux, l’alimentation apparait de toute évidence comme un commun, tant elle est nécessaire à la survie de chaque être. Cette conception qui voudrait faire de l’alimentation un Bien commun repose sur une éthique forte : nul ne devrait disposer d’un monopole sur un bien vital au détriment d’un autre.


Mais comment s’y prendre ?

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Avec une croissance officielle à deux chiffres au cours des dix dernières années, et la plus forte hausse des nouveaux millionnaires, l’Ethiopie était devenue le modèle de développement pour le continent africain. Pourtant, de nombreux signaux sont au rouge… qui se traduisent notamment par l’inquiétude des partenaires de SOS Faim sur le terrain.

 

Au vue des indicateurs macroéconomiques, le tigre éthiopien a certes de quoi s’enorgueillir, mais force est de constater que la croissance n’élimine pas la pauvreté. Et si le spectre de la famine qui a hanté le pays dans les années 80 semblait désormais bien loin, de nouvelles alertes viennent souligner la fragilité du succès éthiopien et rappeler que le pays reste tributaire d’une agriculture de subsistance.  Au printemps 2016, la FAO signalait : « les taux d’insécurité alimentaire et de malnutrition sont alarmants dans ce pays de la Corne de l’Afrique qui compte quelque 10,2 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire. Un quart de tous les districts en Ethiopie sont officiellement classés en «crise de sécurité alimentaire et nutritionnelle», ajoutant que « Il est important de comprendre que la sécheresse en cours n’est pas juste une crise alimentaire — c’est avant tout une crise de moyens d’existence».

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Dans le même temps, le nombre de millionnaires (en dollars) dans le pays a augmenté de 108 % entre 2007 et 2013 pour atteindre 2 700 personnes, soit une hausse plus rapide que dans tout autre pays du continent !

Difficile de se réjouir du nombre de millionnaires quand plus de 30% de la population continue de vivre sous le seuil international de pauvreté. Et que dire d’un développement où, avec une population rurale a plus de 80%, les campagnes sont les grandes oubliées du développement ?

Le fait est que les populations laissées pour compte sont lasses de voir le miracle économique se dérouler non seulement sans elles, mais parfois même à leur détriment, en témoigne l’accaparement de terres orchestré par des dirigeants avides d’attirer des investisseurs étrangers.

Depuis 2015, plusieurs révoltes  des populations oromo et amhara, laissées-pour-compte de la croissance, ont été réprimées dans le sang, instaurant une atmosphère très pesante, comme l’ont constaté les chargés de mission de SOS Faim : « Les partenaires rencontrés nous ont fait part de leur sentiment d’inquiétude par rapport à la situation. La majeure partie de la région Oromo est aujourd’hui sous administration militaire. En outre, cette situation a un impact sur la totalité des activités en secteur rural et sur les actions de recouvrement menées par les institutions et microfinance en particulier. Notons enfin que les tensions politiques sont aussi dues au fait que les Oromos sont de plus en plus réticents à payer leurs taxes foncières, et ce en signe de protestation.» En écho de ce témoignage, celui, adressé récemment par mail d’un cadre éthiopien dont nous taisons le nom par mesure de sécurité : « Nous rencontrons de sérieuses difficultés ces temps-ci qui se répercutent sur les remboursements. Dans les deux tiers de nos agences, les gens sont restés chez eux durant toute la semaine car il était impossible de sortir et de circuler. Plusieurs agences ont même été incendiées. On ne peut encore savoir dans quelle mesure cette situation va affecter les activités des paysans alors que la saison des récoltes approche et que leurs revenus de toute une année dépendent de cette récolte et de sa vente… »

Peut-on se contenter de voir dans ses évènements l’un des revers de la médaille de la croissance ?

Selon le chercheur Jean-Nicolas Bach, l’Etat « dévelopementaliste » éthiopien correspond à  « un Etat très dirigiste qui contrôle son économie (…). Les limites politiques du projet dirigiste sont là : quand on contrôle tout, on ne crée pas la confiance indispensable pour attirer les financements extérieurs, ni pour que les Ethiopiens investissent. Ces troubles ont jeté une lumière crue sur une situation économique et politique moins glorieuse que celle affichée depuis dix ans. L’Ethiopie était jusqu’à récemment le pays le plus stable de la corne de l’Afrique. La communauté internationale fermait les yeux sur son autoritarisme pour favoriser cette stabilité. Mais privilégier l’autoritarisme à l’ouverture politique est une vision de court terme qui finit par créer une situation interne explosive. »

 

Marine Lefebvre

Quel bilan tirer de l’accord de Paris, le premier accord universel sur le climat, obtenu lors de la conférence mondiale sur le climat (COP21) de décembre et qui a fêté, hier, ses quatre mois d’existence ?


Un succès pour certains, un désastre pour d’autres. On doit bien l’admettre, l’accord signé à Paris est largement insuffisant, mais il a l’immense mérite de relancer la lutte contre les changements climatiques à l’échelle de la planète. L’accord est donc positif mais tardif car le temps presse si l’on veut limiter les effets du changement climatique.

L’élément marquant du texte est la revue à la hausse de l’objectif international pour faire face au réchauffement climatique : « Maintenir la hausse de température bien en deçà de 2°C et poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C  ». Cet objectif ambitieux, ainsi que les lignes directrices et principes pour y arriver, furent applaudis par l’ensemble de la communauté internationale lors de son adoption. Mais cet objectif est-il réalisable ? L’accord n’est que très faiblement contraignant et ne propose pas d’aller plus loin que les contributions nationales actuelles en matière de réduction des émissions… Ce qui nous laisse dans une trajectoire de 3°C supplémentaire d’ici la fin du siècle. Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime qu’au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, la communauté internationale dispose de 20 ans seulement pour ramener ses émissions de carbone à zéro si elle veut limiter la hausse à 2°C.

Malgré l’urgence, les étapes à franchir sont encore très nombreuses avant que l’accord ne soit réellement ratifié puis mis en œuvre. En effet, il n’entrera en vigueur qu’en 2020, à condition que 55 pays, représentants 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le ratifient. La première étape du processus de ratification débutera le 22 avril à New York avec l’ouverture du registre de signatures de l’accord pour une durée de un an. Nous avons donc le temps alors que celui-ci presse… En effet, nous n’avons pas encore atteint les +1°C que déjà se multiplient les épisodes climatiques dramatiques tout autour de la planète. Et le pire reste à venir…

Une menace pour la sécurité alimentaire !

Selon une étude du « programme de recherche du CGIAR* sur le changement climatique,  l’agriculture et la sécurité alimentaire », si des actions d’atténuation des effets du changement climatique ne sont pas menées, la production de certaines cultures vivrières sera impossible dans certains endroits d’Afrique subsaharienne. Selon cette étude, celle-ci pourrait perdre jusqu’à 30% de ses zones de production de maïs et de bananes et jusqu’à 60% de celle des haricots… Le changement climatique est donc une menace sans précédent pour la sécurité alimentaire de centaines de millions de personnes dont les moyens  de  subsistance  proviennent  des  petites  exploitations agricoles.

 

 A SOS Faim, nous pensons que, face à cette situation, il est indispensable de renforcer dès à présent les capacités des petits agriculteurs qui voient dans leur récolte leur seul moyen de subsistance.  Pour Facilitators for Change (FC), une ONG éthiopienne partenaire de SOS Faim depuis 2003, l’insécurité alimentaire est directement liée à la fréquence et l’intensité de catastrophes naturelles. Malheureusement, ces dernières augmentent de manière spectaculaire en partie à cause du changement climatique, laissant les petits agriculteurs avec une capacité de production insuffisante pour assurer l’approvisionnement en aliments de base pour l’année. Cette tendance représente une menace pour les enfants, les femmes, les jeunes et les petites exploitations agricoles. FC a donc développé une politique de gestion du risque, Disaster Risk Reduction (DRR), qui vise à renforcer la capacité de résistance des communautés vulnérables contre les catastrophes et ainsi assurer le développement durable de la région.

Le projet de production et de commercialisation de foyers améliorés par un groupement de 9 « Self-Help Group » (SHG), composés de femmes en situation très vulnérable, s’inscrit aussi dans cette dynamique. Dans la région Amhara, FC a dispensé à pas moins de 200 femmes des formations tant sur les aspects techniques qu’organisationnels. Aujourd’hui, ces femmes possèdent un atelier de production de foyers de cuisson améliorés qui leur assure des revenus. En outre, ces foyers permettent également de faire des économies de bois et d’améliorer l’évacuation de fumées, ce qui est bénéfique pour la santé et l’environnement.

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Formation à la production de foyers améliorés en Ethiopie

 

Cet exemple illustre bien la mission de SOS Faim. A travers nos partenaires, notre objectif vise à fournir aux populations rurales une aide technique, organisationnelle et financière afin qu’elles améliorent elles-mêmes leur situation alimentaire, économique et sociale de façon durable pour qu’au final, elles soient moins vulnérables et plus autonomes face aux crises climatiques.

L’Accord de Paris ne sauvera pas la planète, il sera ce que nos décideurs politiques en feront ! Pouvons-nous prendre le risque d’attendre que le changement climatique mette en péril la sécurité alimentaire de centaines de millions de personnes qui dépendent de l’agriculture comme moyens de subsistance ? A SOS Faim, nous pensons qu’il est temps d’agir dès à présent pour renforcer les capacités d’adaptation des petits paysans du sud.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

* Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale

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La sécurité alimentaire de 10,2 millions d’Ethiopiens est compromise par les mauvaises récoltes, les pertes de bétail et le manque d’eau !


ethiopieEn 2015, l’Ethiopie a été touchée par une combinaison d’aléas climatiques déstabilisant fortement la sécurité alimentaire et la nutrition de la population. Les pluies du printemps, connues sous le nom de « Belg », ont été tardives, insuffisantes, irrégulières et suivies de périodes de sécheresses inhabituellement longues. L’arrivée d’un des plus violents épisodes du phénomène météorologique El Niño a eu un impact sur les pluies de l’été, primordiales pour les récoltes agricoles du pays et les réserves d’eau potable. Ce déficit pluviométrique a plongé le pays dans « la pire sécheresse depuis 30 ans », comme l’a souligné le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, au Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba.

L’Ethiopie est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. La majeure partie de la population vit en milieu rural et dépend de l’agriculture comme moyen de subsistance. Avec une économie qui repose essentiellement sur l’agriculture, principale source d’alimentation, l’Ethiopie voit la sécheresse augmenter considérablement le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire.

Les besoins en aide humanitaire d’urgence ont désormais triplé par rapport à début 2015 portant à 10,2 millions le nombre d’Ethiopiens en attente d’une aide alimentaire nécessaire à leur survie. L’ONU a récemment lancé un appel à la solidarité internationale pour mobiliser les 1,3 milliards d’euros nécessaires pour faire face à la menace de famine, car « l’urgence est d’une trop grande ampleur pour un seul gouvernement ». Le gouvernement Ethiopien a déjà pu mobiliser 381 millions de dollars, soit moins de la moitié de la somme nécessaire.  Selon l’ONU, les besoins en aide alimentaire pourraient doubler en quelques mois, les prévisions laissent donc à craindre le pire… Le gouvernement éthiopien et le Programme Alimentaire Mondial (PAM)  appellent donc à la solidarité internationale pour éviter une situation extrême.

Pour faire face à cette sécheresse, près de 80 000 Ethiopiens se sont réfugiés au Yémen en 2015 tandis que d’autres restent dépendants de l’aide humanitaire. Cet épisode fait ressurgir les spectres des terribles famines des années 1980 qui avaient fait des millions de morts. Certes, le phénomène El Nino va régresser au cours de l’année 2016, mais son passage a décimé les moyens de production nécessaires (semences, cheptel, etc.) aux agriculteurs et aux éleveurs pour entamer la nouvelle saison. La mise à mal de la capacité productive de l’agriculture familiale et du pastoralisme risque d’impacter davantage la sécurité alimentaire et l’économie du pays au cours des années à venir.

L’Ethiopie a connu un développement impressionnant au cours de la dernière décennie avec notamment une croissance économique sans précédent et un recul de la pauvreté (même si 30% de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté). Ces efforts sont, entre autres, le fruit de bonnes récoltes successives et de l’investissement du gouvernement dans le secteur agricole. Toutefois, les derniers épisodes démontrent la fragilité de ces progrès car le pays reste hautement vulnérable aux chocs, particulièrement aux phénomènes climatiques comme la sécheresse. Il est dès lors important de renforcer les capacités des agriculteurs et des éleveurs éthiopiens afin d’éviter qu’une telle situation se reproduise à l’avenir.

En tant qu’ONG de développement, SOS Faim soutient l’agriculture familiale en Éthiopie afin de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire en milieu rural. A travers nos partenaires, notre objectif vise à fournir aux populations rurales une aide technique, organisationnelle et financière afin qu’ils améliorent eux-mêmes leur situation alimentaire, économique et sociale de façon durable et, au final, qu’ils soient moins vulnérables et plus autonomes face aux crises climatiques.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

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 Article publié dans la rubrique « Paroles du Sud« , « Le Quotidien » 09 mars 2016

Dans la région du Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo où plus de 64% de la population vit de l’agriculture, l’enchainement depuis 20 ans de conflits armés, a précarisé la vie et rendu difficile la pratique de l’agriculture, au point de menacer également la sécurité alimentaire. L’omniprésence de la violence met d’autant plus en valeur le courage des communautés qui s’efforcent de s’inscrire dans un processus de développement local pour sortir de la dépendance à l’aide d’urgence.

Si la situation sécuritaire s’est quelque peu améliorée depuis que la force spéciale de la MONUSCO a commencé en juillet 2013 à soutenir l’armée nationale dans la traque des rebelles du M23 et des autres milices, l’apaisement reste toutefois relatif et on dénombre 1 500 à 2 000 rebelles qui continuent de hanter les terres frontalières avec le Rwanda.

Charles Cikomola rencontre un groupement de femmes du Kivu

Malgré cet environnement particulièrement périlleux, Charles Cikomola, le fondateur et coordinateur d’ « Amis du Kivu », n’a jamais laché prise ni perdu espoir. Après avoir travaillé dans les camps de réfugiés de sa région natale, il s’est engagé dès 2004 dans une approche de développement en aidant les populations rurales à revenir vers leur village et à y reprendre leurs activités agricoles et pastorales. A travers l’ONG qu’il a fondée, il s’efforce de contribuer à l’amélioration des productions vivrières du Kivu en vue d’atteindre la sécurité alimentaire : fourniture d’intrants, d’outils et de têtes de bétail ont été des éléments clés de son action dans un contexte chaotique, où l’agriculture demeure familiale, extensive et peu productive.

Dans les zones de plaine, les paysans parviennent à produire non seulement pour répondre aux besoins alimentaires de leur famille, mais aussi pour vendre leurs surplus sur les marchés locaux. La situation reste plus délicate pour les villages enclavés des montagnes où les bénéficiaires d’Amis du Kivu ne relâchent pas pour autant leurs efforts.

« Après l’accès aux intrants et l’accès au marché pour l’écoulement de la production, la densité de population et le manque d’espace pour cultiver constituent l’un des principaux problèmes à surmonter du point de vue du développement agricole », selon Charles Cikomola. Si, pour certains, la solution serait de défricher de nouvelles terres, aux dépens de la préservation des ressources forestières, « Amis du Kivu » s’efforce plutôt d’encourager une meilleure valorisation et rentabilisation des espaces déjà cultivés tout en restaurant les sols dégradés. Ce défi reste entier mais l’équipe d’ingénieurs agronomes et d’animateurs s’y attèlent en faisant la promotion de techniques issues de l’agroécologie, telle que la préparation de fumure organique, le compostage et la lutte contre l’érosion des terres… Des sites à reboiser ont ainsi été identifiés et les espèces d’arbres et d’arbustes ont été sélectionnées. Un pépiniériste a été engagé dans chaque site pour préparer les jeunes plants avant que l’ONG ne sollicite bientôt la population pour le repiquage et la plantation.

Au fil des années, et malgré un contexte politique et sécuritaire instable, l’action d’Amis du Kivu a évolué : le soutien direct aux producteurs individuels a progressivement laissé la place a davantage d’appuis aux Organisations Paysannes de base. Cet effort de structuration des producteurs a été amorcé en 2007 avec la création de la FOPAC SK (Fédération d’organisations de producteurs agricoles du Congo au Sud Kivu) qui rassemble aujourd’hui 70 000 agriculteurs. Visant à représenter les intérêts des paysans au niveau national et provincial et à faciliter la formation de ses membres, ce réseau leur a d’ores et déjà apporté une certaine reconnaissance, mais c’est processus de longue haleine avant qu’ils n’assimilent pleinement les enjeux de leur adhésion à une organisation paysanne: la Responsable des partenariats au Kivu pour SOS Faim qui accompagne l’action d’Amis du Kivu et de la FOPAC SK a constaté sur place le chemin qui reste à parcourir : « certains producteurs adhèrent à plusieurs coopératives à la fois dans l’espoir de « recevoir » plus d’appui ; cela montre que le mouvement coopératif n’est pas encore envisagé à sa juste valeur par tous ». Car tel est bien l’enjeu : encourager les paysans de cette zone instable à développer des pratiques plus rentables et plus durables, mais également les accompagner vers une structuration forte pour les sécuriser sur le long terme.

Marine Lefebvre

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