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Après avoir chassé du pouvoir le président Compaoré voilà six mois, la société civile du Burkina Faso poursuit ses efforts pour achever de démanteler les héritages de 27 ans de régime autoritaire. Entre autres legs peu reluisants, la culture du coton OGM dont le Burkina Faso avait accepté d’être la tête de pont en Afrique de l’Ouest, mais pour quels bénéfices ?

Au Burkina Faso, les premiers essais de coton OGM remontent à 2001- 2003, sous la houlette de la multinationale Monsanto, et ce, en total violation de la Convention sur la diversité biologique de 1992 et du protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000. En 2008, les premières semences de coton génétiquement modifié, le coton Bt, sont distribuées aux paysans.
L’ambition affichée par les trois entreprises cotonnières et relayée par le gouvernement burkinabé est alors de redresser une filière qui concerne 3 millions de personnes et d’atteindre une hausse du rendement estimée à 45 %. Pour ce faire, l’Etat subventionne l’achat des semences qui sont nettement plus onéreuses que les semences conventionnelles : un sac pour ensemencer 1 hectare en coton génétiquement modifié coûte 27 000 FCFA (41 euros) contre 841 FCFA (1,21 euro) en variété conventionnelle.

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Las, années après années, les paysans constatent une dégradation de la qualité du coton : le coton Bt produit moins de graines que le coton conventionnel et ses fibres sont plus courtes. Rémunéré au poids de sa récolte, le paysan est perdant. Sans compter le coût additionnel des pesticides qui ont été nécessités par des attaques non prévues par les vendeurs de semences !
Aujourd’hui, plus de 70 % du coton burkinabé est génétiquement modifié, mais, malgré les promesses, ni les rendements, ni les revenus des cotonculteurs n’ont été améliorés ; un constat finalement reconnu par la firme Monsanto début 2015 !
Pour autant, Monsanto ne fait pas machine arrière et prépare la mise sur le marché du Burkina Faso d’un nouveau coton OGM et résistant au Roundup (herbicide particulièrement puissant et toxique).
En apportant 1,5 milliard de FCFA à l’institut national INERA, Monsanto a également obtenu l’autorisation d’expérimenter le maïs OGM et reste active pour tenter de développer des variétés modifiées de sorgho et de niébé. « C’est extrêmement préoccupant, s’alarme Aline Zongo, responsable de formation des paysans pour l’ONG africaine Inades, Il ne s’agit plus d’un pari économique sur une production de rente, mais d’une mainmise des biotechnologies sur des cultures alimentaires de base de millions de personnes… »

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Une véritable hypothèque sur l’avenir de l’environnement, de la biodiversité, de la santé humaine et animale, au risque d’une destruction massive de l’agriculture familiale pour le seul profit de l’agro-business ! Après le Burkina Faso, les autres pays de l’Afrique de l’Ouest risqueraient de subir le même sort via le grand marché sous régional avec l’UEMOA, la CEDEAO… En marque du refus que le peuple burkinabè devienne « les vrais cobayes, grandeur nature, d’une alimentation 100 % OGM dans la décennie à venir », les organisations paysannes et les associations interpellent les autorités de la transition sur une situation dont le citoyen n’a jamais eu droit au chapitre et organisent une une grande marche à Ouagadougou contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire qui se tiendra simultanément le 23 Mai dans une cinquantaine d’autres pays.

Marine Lefebvre

Paru dans le Quotidien

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Tandis que les dirigeants mondiaux se rassemblent cette semaine à Londres à l’occasion du très médiatisée ‘Sommet de la faim’ pour avaliser des initiatives visant la “modernisation” de l’agriculture africaine, 57 organisations d’agriculteurs et de la société civile de 37 pays ont dénoncé ces projets, les qualifiant de « nouvelle vague de colonialisme ».

Transport du coton au Mali, copyright SOS Faim
« La mainmise des grands groupes sur l’agriculture et la terre ne peut qu’exacerber la faim », affirment les associations des sociétés civiles africaines. « Les initiatives actuelles de “modernisation” de l’agriculture africaine cachent une manœuvre qui ne vise qu’à ouvrir les marchés et à fournir aux multinationales de l’espace pour garantir leurs bénéfices. Les technologies de la Révolution verte – et les changements juridiques et institutionnels introduits pour la mettre en place – ne serviront qu’à quelques-uns, en laissant de côté la grande majorité. »

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