Tandis que les dirigeants mondiaux se rassemblent cette semaine à Londres à l’occasion du très médiatisée ‘Sommet de la faim’ pour avaliser des initiatives visant la “modernisation” de l’agriculture africaine, 57 organisations d’agriculteurs et de la société civile de 37 pays ont dénoncé ces projets, les qualifiant de « nouvelle vague de colonialisme ».

Transport du coton au Mali, copyright SOS Faim
« La mainmise des grands groupes sur l’agriculture et la terre ne peut qu’exacerber la faim », affirment les associations des sociétés civiles africaines. « Les initiatives actuelles de “modernisation” de l’agriculture africaine cachent une manœuvre qui ne vise qu’à ouvrir les marchés et à fournir aux multinationales de l’espace pour garantir leurs bénéfices. Les technologies de la Révolution verte – et les changements juridiques et institutionnels introduits pour la mettre en place – ne serviront qu’à quelques-uns, en laissant de côté la grande majorité. »


Avec la bénédiction des Etats qui y trouvent leur avantage, la raréfaction des fonds publics destinés au développement laissent la place aux fonds privés qui, sous couvert de philanthropie, visent en réalité à faciliter la pénétration des multinationales en Afrique. La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique, fait ainsi suite à l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) et à la mise en place du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA) de l’Union Africaine. Mais l’agenda de la Nouvelle Alliance, qui fait fi des cadres de développement agricoles existants sur le continent (tel l’ECOWAP…), comme des recommandations des organisations paysannes, est en partie téléguidé par la Fondation Gates elle-même : déjà aux commandes du programme AGRA qui se trouve ralentit par une hostilité croissante des populations visées, la fondation aurait décidé de lancer un nouvel outil pour promouvoir SA vision du développement de l’agriculture africaine. Telle est l’analyse de Mamadou Goïta qui suit de près le dossier AGRA depuis ses débuts et qui a eu l’occasion de dénoncer à la tribune des Nations Unies l’agenda caché d’AGRA et sa promotion non avouée des OGM. …
Dénonçant les collusions entre les gouvernants du G8 et les pseudo-philanthropes, M. Goïta fait remarquer que l’actuel Directeur de l’US AID, Rajiv Shah, n’est autre que l’ancien responsable de la Fondation Gates… !
Alors que les dirigeants du G8 et les géants de l’agroalimentaire donnent de plus en plus d’écho à leurs fausses solutions, de nombreuses et véritables alternatives, fondées sur le concept de la souveraineté alimentaire et sur le soutien de l’agriculture familiale, seraient nettement plus adaptées au continent africain. A cet égard, les propositions de l’Évaluation internationale des sciences et des techniques agricoles pour le développement (IAASTD), amplifiées par nombre d’autres études parues depuis 2008, plaident largement contre la Révolution verte en Afrique et pour des solutions basées sur l’agro-écologie.

‘’Nous exhortons le G8, AGRA et le PDDAA à reconnaître les réalités du terrain en Afrique et à fournir un soutien approprié et résolu’’ conclut Elizabeth Mpofu de Via Campesina Afrique au Zimbabwe, qui ajoute : « ces institutions doivent mettre fin à leurs tentatives de soumettre les semences, les techniques et les savoir-faire agricoles à la propriété privée; elles doivent investir et favoriser le développement de technologies open source dans des partenariats d’égal à égal avec nos agriculteurs.’’
Il est grand temps de tomber les masques de la philanthropie made in Gates !

Marine Lefebvre- http://www.sosfaim.org

Chronique SOS Faim- Le Quotidien-12 juin 2013- n°202