A l’approche de la Conférence mondiale sur le climat (COP21), les décideurs doivent enfin accorder à l’agriculture et à la sécurité alimentaire la place qui devrait être la leur dans la lutte contre le changement climatique. Depuis le lancement de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) de 1992, le triple rôle de l’agriculture, tout à la fois un acteur, une victime et une solution au changement climatique, n’a pas été pris en compte.

L’agriculture est une des principales causes du changement climatique : l’ensemble du système agro-alimentaire est en effet à l’origine d’un tiers des émissions anthropiques actuelles de gaz à effet de serre (GES), conséquences de nos modes de production et de consommation. En retour, les aléas du changement climatique (sécheresse, inondation, évènement climatique extrême, etc.) impactent lourdement le secteur agricole. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) prévoit une baisse de 10% des rendements agricoles d’ici 2050 en Afrique sub-saharienne. Dans ces régions, la majeure partie de la population dépend de l’agriculture. Le changement climatique est une réelle menace pour la sécurité alimentaire. Ces paysans subissent d’ores et déjà les aléas climatiques avec, au Sahel en particulier, des saisons de pluies de plus en plus irrégulières, occasionnant des perturbations sur le calendrier et la productivité des récoltes.

Face au changement climatique, le modèle agricole dominant est confronté à un double dilemme : alléger son empreinte sur l’environnement et garantir la sécurité alimentaire d’une population mondiale croissante. Il est donc nécessaire d’enclencher un changement radical du modèle agro-productiviste en faveur d’un modèle agricole durable, diversifié, performant, juste, écologique et à taille humaine.

Pour répondre aux enjeux agricoles et climatiques, l’organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé en 2014 l’approche Climate-Smart Agriculture (CSA). Soutenu par des instances internationales, des grands pays exportateurs agricoles et de nombreuses entreprises privées, le concept CSA englobe de nombreuses pratiques agricoles contradictoires : OGM, engrais de synthèse, pesticides ou encore les pratiques agroécologiques. Ce concept nébuleux inquiète une grande partie de la société civile qui s’interroge sur l’accaparement de ce concept pour servir les intérêts de l’agrobusiness sans remettre en cause le modèle agricole conventionnelle et ses effets néfastes sur le climat et l’environnement et donc sur l’agriculture… L’agroécologie utilisée comme alibis par ce concept « fourre-tout » apparait comme une réelle alternative au modèle agroindustrielle.

L’agriculture familiale et les pratiques agroécologiques : modèle agricole durable

L’agroécologie est une pratique agricole basée sur des techniques et des savoirs traditionnels adaptés à l’agriculture familiale paysanne. Ce modèle agricole durable et à petite échelle permet d’accroitre l’autonomie et la résilience des exploitations agricoles qui, de facto, ne dépendent plus des intrants chimiques et peuvent  diversifier  leur production en fonction du marché local, comme du contexte économique, météorologique, etc.

De nombreuses études ont démontré l’efficacité des méthodes agroécologiques en termes de rendements agricoles. L‘étude IAASTD, commanditée par les principaux organismes impliqués dans le développement (FAO, PNUE, Banque mondiale, etc.) et qui a impliqué des centaines d’experts internationaux, a démontré que certains systèmes agricoles traditionnels et les pratiques agroécologiques sont tout aussi productifs, voire davantage, que l’agriculture conventionnelle. Malgré ses conséquences désastreuses sur l’environnement et le climat, l’agriculture productiviste continue toutefois d’imposer  sa domination qui sert les intérêts de l’industrie agroalimentaire. En effet, les transnationales de l’agrobusiness, omniprésentes au sein du système alimentaire mondial, orientent les politiques agricoles  à leur avantage en maintenant un système de production intensif et énergivore, indispensable à leurs profits.

Une volonté politique forte est donc nécessaire pour changer l’ensemble du système agricole en dépit des pressions des industries agroalimentaires. Face à la menace qui touche la sécurité alimentaire mondiale, la COP21 ne pourra pas ignorer la question de l’agriculture, et aura tout intérêt à la traiter comme étant une partie de la solution pour lutter contre le réchauffement climatique.

La solution se trouve aussi dans notre assiette…

L’alimentation est donc un levier d’action pertinent pour réduire les émissions de GES via une transformation profonde de l’ensemble des filières : production, distribution, conservation, transformation, consommation. En tant que consommateur, nous avons donc un rôle essentiel à jouer pour encourager la transition  vers des systèmes alimentaires durables.

« Les consommateurs doivent comprendre qu’ils participent au sauvetage de l’humanité en achetant des produits durables, c’est à dire des produits issus d’une agriculture certifiée, qui ne causent aucun dommage » déclare Hans Herren, du mouvement Regeneration International.

Afin d’inciter les responsables politiques à prendre leurs responsabilités, nous, citoyens, pouvons d’ores et déjà agir à notre niveau : « Changeons de Menu ! » (campagne de SOS Faim).

La veille de l’ouverture du sommet, des citoyens de tous les pays descendront dans les rues et demanderont aux responsables de tous les gouvernements de s’engager en faveur d’un accord ambitieux à la hauteur des enjeux. Afin de contribuer à cette marche mondiale pour le climat, Votum Klima organise la « Luxembourg Climate Marche »  le lundi 30 novembre. En tant que membre de la plateforme Votum Klima, SOS Faim soutient cette action et invite ses membres à y participer.

Ensemble nous pouvons amener le monde à un accord pour lutter contre le changement climatique. Ensemble écrivons l’histoire, ne la subissons pas, participons à la Luxembourg Climate March le lundi 30 novembre à 18h Place Clairefontaine.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

 

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Imaginons plusieurs scénarii… Vous tombez malade et vous ne pouvez pas payer votre traitement. Vous avez un accident qui vous empêche de pouvoir continuer à travailler, vous ne percevez dès lors plus de revenus : vos enfants doivent travailler au lieu d’aller à l’école. La sécheresse touche votre région, les prix des denrées alimentaires s’envolent et les pertes de votre bétail s’accumulent : vous ne pouvez plus nourrir votre famille. Votre récolte est ravagée, vous ne pouvez pas acheter les engrais et semences indispensables pour votre future récolte : vous ne pouvez pas continuer votre activité agricole, vous vendez votre exploitation, vous n’avez plus de logement. Vous travaillez toute votre vie mais vous ne percevrez pas de pension : vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins et ceux de votre famille.

Ces scénarii vous semblent-ils invraisemblables ? Et pourtant, cette réalité touche  plus de 70% de la population mondiale qui vit sans protection sociale. La sécurité sociale est considérée comme un droit fondamental reconnu par l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[2] :

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Certains perçoivent la protection sociale comme un « luxe » dont les pays pauvres ne peuvent se doter ou encore comme un obstacle à l’optimalisation de la compétitivité économique pour les pays riches. Pourtant, de nombreux exemples démontrent qu’il est possible de poser les jalons d’un système de protection sociale, quel que soit le niveau de développement économique d’un pays et ce, tout en favorisant le développement économique de ce dernier.

Prenons l’exemple d’un pays émergent : le Brésil. Celui-ci a lancé en 2003 un programme visant à stimuler la croissance et le progrès social au sein de son pays à travers  le programme intitulé « Bolsa Familia Program (BFP)». Ce programme a permis d’accélérer l’extension de la couverture de protection sociale et l’augmentation des salaires minimaux tout en maintenant la croissance du développement économique. Le Brésil n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui tend à démontrer que la protection sociale favorise la croissance inclusive, la justice sociale, le développement humain et la stabilité politique d’un pays.

Le 16 octobre 2015, nous célébrons la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) avec comme thème central : « Protection sociale et agriculture – briser le cercle vicieux de la pauvreté rurale ». La protection sociale est définie par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme:

« un ensemble de mesures, de programmes et d’interventions visant à protéger les individus qui connaissent la pauvreté et l’insécurité alimentaire ou sont susceptibles d’y être exposés».

La protection sociale est un droit fondamental reconnu pour ses effets bénéfiques. Et pourtant, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 73% des êtres humains n’ont pas accès à la protection sociale. La majorité d’entre eux vit dans les zones rurales des pays en développement et dépend essentiellement de l’agriculture. A travers le monde, 500 millions d’agriculteurs veulent vivre de leur travail et nourrir leur famille. Ces paysans n’ont ni tracteur, ni subvention de la Politique agricole commune (PAC), ni couverture sociale. Ils sont les premiers à subir les aléas climatiques avec, au Sahel en particulier, des saisons de pluies de plus en plus irrégulières occasionnant des perturbations importantes dans le calendrier agricole, des sécheresses, des inondations, une désertification galopante, etc…

« Éradiquer la faim » fait partie des objectifs du développement durables (ODD) adoptés par l’ONU en septembre. Dans le monde, 870 millions d’êtres humains souffrent de la faim. La protection sociale a un impact immédiat sur la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, mais elle demeure toutefois un privilège ! Selon la FAO, les programmes de protection sociale peuvent contribuer à « l’accroissement des revenus tirés des exploitations agricoles, du rendement des cultures et de la productivité de l’élevage ». La protection sociale est donc tout sauf un luxe. C’est un droit fondamental de lutte contre les inégalités et la pauvreté.

« Nous devons non seulement lutter contre la faim, mais aussi contre les conditions qui en sont à l’origine… Il est indispensable de construire un avenir pour tous afin d’assurer un avenir acceptable : soyons la génération faim zéro ! » (FAO, 2015)

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

SPOT de la FAO à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation 2015:

Cette incantation prononcée par Ibrahima Coulibaly en décembre 2014 a malheureusement trouvé un écho prophétique avec les récents naufrages des bateaux de réfugiés où 156 de ses compatriotes maliens ont trouvé la mort.

Invité par SOS Faim au Luxembourg fin 2014 en sa qualité d’Ambassadeur spécial des Nations Unies pour l’Année Internationale de l’agriculture familiale, Ibrahima Coulibaly avait tiré la sonnette d’alarme face à la montée des périls en Afrique de l’Ouest : « Les jeunes n’ont pas accès à une éducation, ils n’ont pas la santé, ils n’ont pas un emploi digne ; ils ne croient plus à l’agriculture par ce qu’ils ont vu leurs parents pauvres toute leur vie. Ils entendent que l’Europe c’est l’eldorado ; ils prennent le bateau et cette tendance va augmenter avec l’Accord de Libre-échange (APE) que l’UE entend imposer aux pays d’Afrique de l’Ouest ; c’est la pire des catastrophes, le pire scénario pour la simple raison que, si cet accord est mis en œuvre, ce qui ne fonctionne pas dans nos pays aujourd’hui va davantage s’aggraver ! Car, quand vous ne pouvez pas vendre ce que vous produisez, pourquoi produire plus ?! » Et d’ajouter : « Il y aura bientôt des milliers de bateaux qui vont partir vers l’Europe ; si on détruit les seules sources de revenus qu’on a, que vont faire les jeunes ? Soit ils vont venir en Europe, soit ils vont prendre les armes ! »

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I. Coulibaly, Luxembourg, 4 décembre 2014

Reflet des opinions des Organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest et plus largement de nombreuses organisations des sociétés civiles, les propos d’Ibrahima Coulibaly sont basés sur l’expérience des 30 dernières années : « Avant, on pouvait se nourrir uniquement avec les productions nationales, mais la Banque mondiale a imposé les programmes d’ajustement structurels à partir des années 80 et a effacé l’Etat au profit du libre-marché ; c’est alors que les vrais problèmes ont commencé pour nos paysans. »
Incapable de remettre en cause le dogme du libre-marché, malgré sa faillite patente à sortir les pauvres de la pauvreté, l’Union Européenne poursuit sur sa lancée! Pire, elle se contente d’une approche sécuritaire (la sécurité de ses frontières !) pour traiter les migrants qui viennent s’échouer sur ses côtes !
De quelle coopération au développement et de quelle solidarité peut-on encore prétendre parler tant que les institutions européennes défendront de fausses solutions ? Quelle « libre circulation » promeut-on quand seules les marchandises sont concernées et les hommes sont parqués dans des camps ?
Ces échecs sont pourtant réversibles !
En vertu de son histoire, en application des principes sur lesquels elle a fondé sa construction, en respect de ses engagements internationaux, l’UE se doit non seulement d’accueillir les réfugiés que ses politiques économiques ont contribué à produire, mais aussi de mettre en œuvre toutes les mesures utiles pour sécuriser leur voyage vers nos frontières. En amont, pour réduire le flux, la solution préconisée par les Organisations paysannes est désormais clairement définie : un soutien sans équivoque à l’agriculture familiale, afin de répondre aux défis économiques, environnementaux et sanitaires du XXIè s. et de garantir la souveraineté alimentaire des peuples qui veulent en finir avec la concurrence déloyale des pays industrialisés. Et pour cela, abandonner les négociations commerciales en faveur du libre-échange (APE et autres) qui rend les plus pauvres toujours plus dépendants des plus riches.

Marine Lefebvre

Après avoir chassé du pouvoir le président Compaoré voilà six mois, la société civile du Burkina Faso poursuit ses efforts pour achever de démanteler les héritages de 27 ans de régime autoritaire. Entre autres legs peu reluisants, la culture du coton OGM dont le Burkina Faso avait accepté d’être la tête de pont en Afrique de l’Ouest, mais pour quels bénéfices ?

Au Burkina Faso, les premiers essais de coton OGM remontent à 2001- 2003, sous la houlette de la multinationale Monsanto, et ce, en total violation de la Convention sur la diversité biologique de 1992 et du protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000. En 2008, les premières semences de coton génétiquement modifié, le coton Bt, sont distribuées aux paysans.
L’ambition affichée par les trois entreprises cotonnières et relayée par le gouvernement burkinabé est alors de redresser une filière qui concerne 3 millions de personnes et d’atteindre une hausse du rendement estimée à 45 %. Pour ce faire, l’Etat subventionne l’achat des semences qui sont nettement plus onéreuses que les semences conventionnelles : un sac pour ensemencer 1 hectare en coton génétiquement modifié coûte 27 000 FCFA (41 euros) contre 841 FCFA (1,21 euro) en variété conventionnelle.

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Las, années après années, les paysans constatent une dégradation de la qualité du coton : le coton Bt produit moins de graines que le coton conventionnel et ses fibres sont plus courtes. Rémunéré au poids de sa récolte, le paysan est perdant. Sans compter le coût additionnel des pesticides qui ont été nécessités par des attaques non prévues par les vendeurs de semences !
Aujourd’hui, plus de 70 % du coton burkinabé est génétiquement modifié, mais, malgré les promesses, ni les rendements, ni les revenus des cotonculteurs n’ont été améliorés ; un constat finalement reconnu par la firme Monsanto début 2015 !
Pour autant, Monsanto ne fait pas machine arrière et prépare la mise sur le marché du Burkina Faso d’un nouveau coton OGM et résistant au Roundup (herbicide particulièrement puissant et toxique).
En apportant 1,5 milliard de FCFA à l’institut national INERA, Monsanto a également obtenu l’autorisation d’expérimenter le maïs OGM et reste active pour tenter de développer des variétés modifiées de sorgho et de niébé. « C’est extrêmement préoccupant, s’alarme Aline Zongo, responsable de formation des paysans pour l’ONG africaine Inades, Il ne s’agit plus d’un pari économique sur une production de rente, mais d’une mainmise des biotechnologies sur des cultures alimentaires de base de millions de personnes… »

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Une véritable hypothèque sur l’avenir de l’environnement, de la biodiversité, de la santé humaine et animale, au risque d’une destruction massive de l’agriculture familiale pour le seul profit de l’agro-business ! Après le Burkina Faso, les autres pays de l’Afrique de l’Ouest risqueraient de subir le même sort via le grand marché sous régional avec l’UEMOA, la CEDEAO… En marque du refus que le peuple burkinabè devienne « les vrais cobayes, grandeur nature, d’une alimentation 100 % OGM dans la décennie à venir », les organisations paysannes et les associations interpellent les autorités de la transition sur une situation dont le citoyen n’a jamais eu droit au chapitre et organisent une une grande marche à Ouagadougou contre Monsanto et pour la souveraineté alimentaire qui se tiendra simultanément le 23 Mai dans une cinquantaine d’autres pays.

Marine Lefebvre

Paru dans le Quotidien

Messieurs les Présidents,
Un adage nous enseigne que : « si nous nous ne nous occupons pas de
nous-mêmes d’autres viendront le faire comme bon leur semblera ! ».
La CEDEAO regroupe 15 pays et a un PIB de 675 milliards de dollars en 2013.
Elle compte 300 millions d’habitants en 2014 et selon les prévisions, 425
millions en 2030. Elle fait 5 millions de km2. Elle est la 1ère productrice
mondiale de cacao. Elle est une grande productrice de bananes, d’ananas, de
gomme arabique, de noix de cajou, d’huile de palme, de céréales, arachide,
et bien nantie en produits d’élevage et de pêche, etc. A cela s’ajoute, les
grandes richesses minières, forestières et les grands fleuves.
Le processus d’intégration a commencé il y a 35 ans. La population
ouest-africaine était estimée alors à 109 millions dont 65% de jeunes. Ceux
qui avaient entre 20 et 35 ans à l’époque ont aujourd’hui entre 55 et 70 ans
et ils sont toujours en attente de sursauts permettant d’améliorer leurs
conditions de vie.
 Mamadou Cissokho, Président d'Honneur du Cncr
Pourquoi et comment cette région est, et continue d’être victime, de la
coopération internationale ?
Est-ce lié au fait que : (i) nous avons été colonisés ; (ii) nous n’avons
pas de secteur privé suffisamment consolidé ni d’industries ; (iii) nos
monnaies ne nous appartiennent pas ; (iv) nous sommes pauvres ; (v) le
discours d’intégration reste théorique à côté des pratiques nationalistes
avec une multiplicité de systèmes d’éducation, de santé, d’administration,
et de langues officielles ?
Comment expliquer aux paysans de l’Afrique de l’Ouest, eux qui ont été
invités dans une méthodologie participative à élaborer les deux politiques
agricoles de notre région (PAU et ECOWAP) qui ont mis l’accent sur la
réappropriation de notre alimentation, de nos marchés et de notre sécurité
et souveraineté alimentaires. Ces politiques qui ont demandé aux paysans de
s’engager dans la transformation maîtrisée de leurs systèmes de
production...
Comment les convaincre que la compétition avec les produits agricoles de
l’Union Européenne va faire leur bonheur en mettant entre parenthèse
l’application de ces politiques agricoles ?
Après plusieurs accords et conventions, ceux de Yaoundé et Lomé, celle de
Cotonou en 2000 se compose de deux chapitres : (i) "le Fonds Européen de
Développement – FED" avec moins de 30 milliards d’euros pour les 77 pays sur
20 ans ; (ii) la négociation pour l’ouverture du marché dénommé "Accords de
Partenariat Economique – APE". Les américains en son temps avaient été plus
courageux en disant "Trade, Not Aid". Notons sur le FED (9ème, 10ème ou
11ème) que sa dotation par habitant et par an a toujours été d'environ 4
euros !

		
Les ACP, et en tête la CEDEAO, ont préféré le FED au développement de leurs pays. 
Initialement prévue pour 2007, la signature vient de se faire.
Nos chefs d’Etat nous ont dit à Dakar « une négociation a une limite » !
L’Union Européenne nous a signifié cette limite : « il n’y aura pas de fonds FED si 
on ne signe pas les APE » !
		« Ventre affamé n’a point d’oreilles ! »
Dans toutes nos interpellations, on nous dit que toutes les dispositions
sont prises pour un contrôle strict et des normes de rétrocession en cas de
besoin... en somme, utiliser les miettes de la signature pour développer nos pays !
Qu’en est-il de notre lutte à l’OMC pour notre coton ?
A notre humble avis, on s’attendait à ce que la CEDEAO cède et signe eu
égard au contexte sociopolitique difficile (la guerre civile dans le Sahel,
la crise politique en Côte d’Ivoire, les dernières élections au Ghana, Boko
Haram au Nigéria, Ebola,...) mais aussi à la pression de l’Europe sur les
Etats. Ceci malgré le fait que la raison juridique de l’engagement à l’OMC
qui était à l’origine de la légitimité des négociations des APE a pris du
plomb dans l’aile :
*	Le Doha Round processus de correction des contradictions dans les
négociations sur l’agriculture a été bloqué par le véto USA-Europe ;
*	Ces mêmes puissances se sont engagées dans des négociations
commerciales bilatérales.
L’Europe a bien profité de son amitié avec nos régimes pour nous mettre la
pression au moment où la stabilité base de développement est menacée. C’est
ça "le partenariat aussi" ? Profiter des faiblesses de ses partenaires pour
avancer des pions ? ... Bravo !

Dans notre région, les peuples sont habitués à des décisions prises sans
qu’ils ne comprennent jamais le pourquoi !
Comme le suicide collectif n’est ni permis, ni accepté, à ce jour de la signature
des APE, je voudrais tout simplement partager avec vous les responsables, 
notre désapprobation. Je constate qu’à partir de 2015,nous retournons à 
"la CEDEAO des Chefs d’Etat", après avoir créé "la CEDEAO des Etats" et espéré
"la CEDEAO des peuples" !
Les peuples prendront acte comme ils ont pris acte plusieurs fois au gré des
consensus et des politiques contre leurs intérêts.
J’espère que les hommes et les femmes particulièrement les paysans, les paysannes
et les militants de l’intégration pour un avenir radieux dans notre région, 
continueront de résister parce que, dans une partie de l’Afrique, et avec toute
l’Afrique, l’apartheid a été vaincu.
C’est cet espoir qui nous fait croire que l’histoire jugera !
Je vous souhaite une bonne fin d’année dans la préparation d’un PASA 
("Plan d'ajustement structurel agricole", allusion aux politiques du FMI et de la
Banque mondiale)continu et encadré ! 

Mamadou CISSOKHO 
Exploitant familial à Bamba Thialène (Koumpentoum) Sénégal
Le 12 décembre 2014

(suite…)

Tandis que le scandale de la fraude à la viande de cheval remet en question l’organisation des filières agroalimentaires, et plus largement tout notre système de production et de transformation alimentaires, le moment est peut-être venu enfin d’écouter, et d’ENTENDRE la voix des paysans !?

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Mis récemment sur le devant de la scène, ces problèmes reflètent la mutation de la chaine de production et du rapport entre les producteurs et les consommateurs dénoncés depuis une vingtaine d’années par le mouvement international des paysans, Via Campesina dont le coordinateur général, Henry Saragih était de passage au Luxembourg le 20 février.

Avec l’instauration d’un système de règles néolibérales qui a donné au commerce mondial un cadre juridique fondamentalement favorable aux grandes entreprises, la petite paysannerie des pays du Nord comme des pays du Sud a été laminée, contrainte à se transformer en exploitants agricoles sous contrat, en travailleurs agricole pour les fermes industrielles, ou marginalisée et réduite à l’exode.

L’Urugway Round qui s’est déroulé dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) avant de donner naissance à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, a marqué la prise de conscience et le début de la résistance qui s’est traduite par l’émergence des mouvements sociaux de lutte contre la mondialisation. Parmi eux, la Via Campesina est rapidement devenue la tête de pont de la résistance, remettant en cause le paradigme agroalimentaire actuel.

(suite…)

Les exploitations familiales agricoles sont les principales pourvoyeuses de nourriture et de richesses en Afrique de l’Ouest. C’est l’un des enseignements du forum international qui s’est tenu à Dakar fin novembre.

ASouveraineté alimentaireu cours des 25 dernières années, la croissance de la production agricole a toujours été plus forte que celle de la population ouest-africaine et 80% des besoins alimentaires de la population de la région ont été couverts par les productions domestiques.. Or, les exploitations agricoles qui concourent à cette vitalité sont  entre 80 et 90% des exploitations agricoles de type familial. Pourtant, le financement de cette agriculture demeure une forte contrainte : bien qu’elles  assurent 90% de la production agricole, les exploitations agricoles familiales sont handicapées pour accéder au crédit. Suite aux politiques d’ajustement structurel des années 90, les banques de développement ont été sacrifiées, privant les Etats d’instruments et de mécanismes adaptés pour le financement de l’agriculture.  Les Etats ont en revanche soutenu les filières d’exportation, abandonnant les productions domestiques qui ont peu bénéficié d’efforts en matière de recherche agricole, comme de soutiens pour l’organisation des acteurs et de financement.

(suite…)