La société civile burkinabé a reçu le prix ouest-africain 2015 du défenseur des droits de l’homme

Le 29 novembre, les Burkinabés étaient appelés aux urnes pour la première élection présidentielle depuis la chute du régime de Blaise Compaoré, à la tête du Burkina Faso depuis 1987. Ces élections devaient tourner la page de la transition politique mise en place après l’insurrection populaire de fin 2014 qui a contraint Compaoré à démissionner alors qu’il tentait de modifier la Constitution pour avoir accès à un nouveau mandat.

La jeunesse et les étudiants ont été les acteurs majeurs de ce soulèvement populaire. Prévues en octobre 2015, les élections ont dû être reportées après une tentative de coup d’Etat amorcée par des fidèles de Compaoré. Un nouveau soulèvement populaire déjoua ce coup d’Etat et permit au gouvernement de transition de revenir au pouvoir jusqu’aux élections présidentielles et législatives. Ces élections se sont déroulées dans le calme, la paix et le respect mutuel. Grâce à son combat pour la sauvegarde des acquis démocratiques, la société civile est la grande gagnante de ces élections. Cette victoire lui a valu  le prix 2015 décerné par le réseau ouest africain de défenseurs des droits de l’homme.

De passage au Luxembourg, nous avons pu nous entretenir avec Germain Ouédraogo, directeur de l’association burkinabé Arcan, sur le rôle joué par les associations locales face aux remous sociopolitiques récents. Selon lui, « cette mobilisation populaire découle d’une prise de conscience du peuple de son rôle à jouer dans le processus démocratique ».

Les citoyens veulent jouer un rôle actif dans le débat public

Au Burkina Faso comme dans de trop nombreux pays, la norme politique est de privilégier l’intérêt de certains individus au détriment de l’intérêt du peuple. Aujourd’hui, les citoyens veulent jouer un rôle actif dans le débat public et attendent du futur gouvernement  qu’il serve les intérêts du peuple. Germain Ouédraogo nous confiait que « le rôle joué par les acteurs locaux de développement a beaucoup contribué à la prise de conscience du peuple face aux problèmes du pays et au besoin de participer activement au développement du pays ». La culture joue un rôle central dans la société burkinabé. De nombreux artistes, tels que la troupe Arcan, utilisent la culture comme moyen d’enclencher un changement sociétal au service du développement du pays. Arcan a pour vocation d’utiliser les arts du spectacle et plus particulièrement le théâtre, la danse et la musique à des fins sociales. L’usage de la culture comme moyen de sensibilisation au service du développement est une pratique courante au Burkina Faso. La principale méthode de sensibilisation utilisée par la troupe est le théâtre-forum. Elle perçoit le théâtre comme un miroir de la société. Cette perception permet ainsi d’avoir un œil critique sur la société et ainsi d’en détecter les forces et les faiblesses. « Les arts du spectacle sont vivants et créent l’opportunité du débat, c’est grâce à ces méthodes que nous avons pu au Burkina éveiller la conscience du peuple » nous confiait Germain Ouédraogo.

Au Burkina Faso, l’heure est désormais à la reconstruction. Les élections présidentielles et législatives ne furent que la première étape du processus de démocratisation enclenché en 2014. L’enjeu est de taille pour le nouveau président, car tout est à refaire. La société civile maintiendra son droit de regard sur le monde politique pour éviter que les erreurs du passés ne ressurgissent. Le rôle joué par les acteurs locaux de développement et par la société civile burkinabé dans le processus de transition peut être un exemple pour d’autres pays africains. Bien davantage que de réaliser de beaux projets de développement, les acteurs de la société civile des pays du Nord, comme SOS Faim, doivent aussi intensifier leurs appuis en faveur des acteurs de changement social et démocratique des pays du Sud. Car leur développement ne se fera pas sans eux !

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

 

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La troupe Arcan du Burkina Faso lors de son séjour au Luxembourg du 16 au 23 novembre 2015

 

 

 

 

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Le Jeudi a publié le 8 mars 2012 une entretien avec Marine Lefebvre  de retour du Cameroun.

La partie noble de la coopération Sud-Nord: un exemple camerounais

Le Jeudi: «Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a amenée au Cameroun?»

Marine Lefebvre: «SOS Faim Luxembourg organise des voyages de donateurs au rythme d’environ un tous les deux ans. L’idée derrière ces voyages, au-delà de celle de la transparence des actions de l’ONG, est de permettre aux donateurs de mieux comprendre la complexité des régions où l’ONG est présente. Il n’y a rien de tel qu’un voyage de terrain. On peut écrire tout ce qu’on veut ici, on peut faire des émissions et des conférences, ce n’est qu’en rencontrant les partenaires du Sud, en voyant leurs réalités quotidiennes, qu’on va mieux comprendre les défis et à quoi il sert de les aider. Alors que, parmi les donateurs, plus de la moitié n’avaient jamais mis les pieds en Afrique, au retour plusieurs étaient désireux de s’investir plus personnellement dans l’ONG – ce qui est un autre « bénéfice » de ce type de voyage. Au Cameroun, je faisais donc partie de l’équipe d’encadrement.»

Le Jeudi: «Qui sont ces partenaires que vous avez rencontrés?»

M. L.: «Il s’agit essentiellement d’organisations paysannes, puisqu’au Cameroun, comme dans bon nombre de pays africains, c’est 60% de la population qui dépend de l’activité agricole. D’ailleurs, dans l’esprit de tous nos partenaires, il ne fait aucun doute que le développement du Cameroun passera par l’agriculture. Ils estiment unanimement que ce n’est certainement pas en excluant le monde agricole comme l’ont fait pendant des décennies les politiques d’ajustement structurel et les coupes sombres dans les budgets agricoles que le pays pourra se développer.

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«Utiliser ses faiblesses comme force»

Six acteurs de la troupe de théâtre ARCAN du Burkina Faso sont au Luxembourg. L’occasion de faire connaissance avec leur «théâtre au service du développement»*.

Propos recueillis pas D. Broman article paru dans Le Jeudi le 30 septembre 2010

 

Photo: D.Broman (Le Jeudi)

 

À deux cents kilomètres au nord de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, se trouve Ouahigouya, ville où plus de 65.000 habitants luttent quotidiennement pour leur survie.«Là, c’est déjà le Sahel.» Germain Ouedraogo, est fondateur et directeur de la troupe de théâtre ARCAN…

«Le Burkina Faso est un petit pays avec beaucoup de frontières mais peu de ressources. C’est un des pays les plus pauvres du monde quia bâti sa survie autour de l’agriculture et de l’élevage. Ouahigouya souffre de la sécheresse depuis les années 1970.

Les gens y ont développé des comportements de survie axés principalement sur la sauvegarde des productions alimentaires et, par conséquent, sur la protection de la nature.» C’est que dans la région, la saison humide dure à peine trois mois, avec des pluies intenses et irrégulières. En moyenne 700mm d’un coup et puis plus rien.

«Pour assurer malgré tout la sécurité alimentaire, poursuit Germain Ouedraogo, nous devons exploiter la contre-saison, en cherchant l’eau dans les bas-fonds naturels, et en diversifiant les cultures, comme la tomate, la pomme de terre, le haricot.» Une situation sur le terrain qui détermine la réalité socio- économique.

«Comme la pauvreté engendre l’analphabétisme –le taux moyen du pays est de 70%–, les paysans se sentent –et sont –exclus des circuits de l’information. C’est de ce constat qu’est né ARCAN en 1995.»

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Crise politique, vulnérabilité alimentaire, pauvreté endémique, le Niger cumule bien des handicaps. Face à l’incurie des gouvernements successifs, les paysans tentent de s’organiser : Mooriben, une Fédération rassemblant des groupements paysans, propose au monde rural un appui, des solutions…

La junte militaire qui a pris le pouvoir au Niger le 18 février 2010, après le coup d’Etat contre le président Mamadou Tandja, lui-même auteur d’un coup d’Etat constitutionnel quelques mois plus tôt, a, à la différence de son prédécesseur,  renoncé à nier les difficultés sur le plan alimentaire et humanitaire. Au contraire, il exhorte la communauté internationale à apporter de l’aide au Niger. Selon nos informations, le « droit à l’alimentation », aurait même trouvé sa place dans la future constitution…

Créée voici 20 ans, la FUGPN– Mooriben (Fédération des Unions de Groupements paysans du Niger) poursuit ses efforts au quotidien pour faire de l’agriculture une source de nourriture, de revenus et d’emplois décents.  Les crises alimentaires majeures comme celle qui sévit actuellement touchant, selon l’estimation de juin 2010, pas moins 47,7% de la population, soit plus de 7 millions de personnes, ne doit pas occulter les réalisations accomplies au sein de la société civile et ce, en dépit des autorités gouvernementales qui ont largement délaissé le monde rural.

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Malgré son importance, le secteur agricole de la zone sahélienne peine à se moderniser et reste largement tributaire des aléas climatiques, qui occasionnent régulièrement des crises alimentaires. Dans certains pays comme le Burkina Faso ou le Mali, la dernière production agricole  a été forte, sans empêcher des poches de déficits importants. Dans des pays comme le Niger ou le Tchad, la situation est beaucoup plus grave. Dans ce contexte de précarité, des initiatives locales existent pour limiter l’impact des aléas de production sur les paysans.

Si, en ce printemps 2010, le Niger est le pays le plus gravement touché avec seulement 16,8% de sa population rurale qui se trouve en situation de sécurité alimentaire suite à un déficit de plus de 20,3 millions de tonnes par rapport à la production de l’année passée, les autres pays des la zone sahélienne sont également affectés.

L’insuffisance et la mauvaise répartition des pluies aussi bien dans l’espace que dans le temps pendant la campagne agricole 2009/2010 ont entraîné des déficits céréalier et fourrager importants. Les ménages en insécurité alimentaire ne disposent suffisamment ni de revenus, ni de stocks alimentaires pour couvrir leurs besoins quotidiens. Ils consacrent en moyenne entre 70 et 72% de leur budget à l’alimentation, disposant ainsi de très peu de ressources pour faire face à d’autres besoins vitaux tels que la santé et l’éducation.  La détérioration des termes de l’échange entre le bétail et les produits vivriers figure parmi les principaux signes annonciateurs d’une crise alimentaire, les ménages étant contraints de vendre leur bétail quel qu’en soit le niveau des prix. L’absence d’eau ou de pâturage est  le problème le plus crucial. Au Niger, 86,9% des villages ont indiqué que la situation des pâturages s’est dégradée comparativement à celle de l’année dernière.

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La Fédération des Organisations Non Gouvernementales du Sénégal (FONGS) est l’émanation de 3 000 groupements villageois et touche plus de 2 millions de personnes dont 65 % de femmes. Créée en 1976 sur l’initiative de 09 leaders d’associations paysannes, elle a été reconnue officiellement le 12 octobre 1978 comme une organisation à vocation socio-économique sans but lucratif. La FONGS est un mouvement paysan autonome qui compte aujourd’hui plus de 150 000 membres actifs regroupés dans 32 associations paysannes de dimensions variées réparties sur l’ensemble des 11 régions du Sénégal. Son siège est à Thiès, à 70 km de Dakar, où est basée la coordination nationale. Au niveau de chaque région, une Coordination régionale a été implantée depuis 1996.

Depuis sa création en 1976, la FONGS s’est donnée comme finalité de constituer un mouvement associatif fort qui réhabilite le statut et l’identité du paysan par le biais de la responsabilisation et de l’autonomie dans la solidarité, ceci pour arriver à faire face aux défis qui interpellent le monde rural.
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