Près de 3,5 millions de personnes sont en insécurité alimentaire dans la province du Sud-Kivu, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Plus élevé que l’année dernière à la même période, ce chiffre traduit la fragilité accrue des populations vivant à l’est de la République Démocratique du Congo, et leurs difficultés croissantes à produire, comme à acheter de la nourriture en quantité suffisante.

Avant d’être alimentaire, l’insécurité est physique dans une région en proie à des conflits armés sans fin, entre rébellions multiples et armée congolaise en perdition… Mais face à une situation qui dure depuis près de 20 ans, la réponse de la solidarité internationale ne saurait se limiter à la gestion de camps de réfugiés ! A la demande d’ONG locales, SOS Faim a soutenu un programme de sécurité alimentaire dans des villages du Sud Kivu, dont les bénéfices sont aujourd’hui consolidés par l’accompagnement d’ « Amis du Kivu ».

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Bukavu, RDCongo,  juillet 2011 :

Ni front ouvert, ni bombardement, la guerre qui n’en finit pas à l’est de la RDC est au centre de ce que les historiens  ont nommé la Première guerre mondiale africaine, déclenchée à la suite du génocide au Rwanda et au renversement du Président Mobutu du Congo, alors dénommé Zaïre. Depuis une quinzaine d’années, les populations y sont prises en étau entre les retournements d’alliance politiques et les changements de tactiques militaires des nombreux protagonistes  du conflit.

« Ici, ce n’est pas une guerre scientifique et il n’y a aucune règle qui s’applique » ironise Charles avec cet humour désopilant dont sont capables ceux qui ont tout vu et qui refusent de céder au désespoir. « Des groupes armés sont cachés dans les montagnes et surgissent de temps à autre dans les villages où ils pillent et violent, puis s’en retournent sans être inquiétés. »

Originaire de la capitale de la province du Sud Kivu, Bukavu, Charles Cikomola a travaillé auprès des déplacés dans les camps mais, très vite, il a senti l’importance de les aider à rentrer dans leurs villages pour retrouver leur autonomie. Si la situation sécuritaire est loin d’être revenue à la normale dans l’Est de la République Démocratique du Congo, il y a, depuis 2003, un semblant de stabilisation qui autorise les rapatriements et la relance d’activités.

« Certaines ONG étrangères continuent toujours de distribuer des sacs de riz, sans s’inquiéter de ce que cette charité décourage les villageois à mener leurs propres activités. Ce dont les paysans ont besoin, c’est de refaire leur cheptel et de retrouver des outils de production pour cultiver leurs champs, non pas de nourriture tombée du ciel qui les installe dans la dépendance de l’aide extérieure ! ».

Au volant de son véhicule 4×4 pour nous conduire vers les villages perdus dans la plaine de la Ruzizi, Charles se concentre pour franchir un passage à guet assez abrupt et poursuit : « Les provinces du Kivu n’ont aucune infrastructure mais on s’organise comme on peut ; ce ne sont pas les ONG qui peuvent financer des routes ou des branchements au réseau électrique mais il y a tant à faire, qu’on peut facilement améliorer bien des choses. »

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