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Le Niger est régulièrement confronté à des crises alimentaires à présent aggravés par un conflit armé et une croissance démographique sans précédents !

Classé 188ème sur 188 pays selon l’Indice de Développement Humain, le Niger affiche des indicateurs peu enviables: une espérance de vie de 61 ans, une population dont 48% vit en dessous du seuil national de pauvreté, une situation alimentaire dramatique (13% de la population sous-alimentée), une mortalité infantile de plus de 8% et un revenu national brut par habitant de 410 USD. Le Niger est confronté à de nombreux défis pour répondre aux besoins d’une population jeune, en pleine croissance.

Alors qu’ils n’étaient que 3 millions en 1960 lors de l’indépendance, la population nigérienne a atteint les 20,5 millions en 2015 contre 13,9 millions en 2005. Cette rapide évolution s’explique par une baisse générale du taux de mortalité et un maintien du taux de fécondité à un niveau élevé (une moyenne de 6,89 enfants par femme !). Selon les projections de l’ONU, la population nigérienne devrait atteindre les 72 millions en 2050 et 209 millions d’ici 2100. Cette croissance pose d’importants défis dans les domaines de l’agriculture, de l’environnement, de la santé, de l’éducation, de l’emploi, de l’habitat, etc. Le maintien du taux annuel de croissance démographique qui a atteint les 3,8%, compromettra tous les efforts de développement qui seront entrepris dans les années à venir. Dans quelle mesure le Niger va-t-il pouvoir répondre à ce boom démographique?

La population du Niger est une population rurale, quasi exclusivement dépendante de sa production agricole. La croissance démographique du Niger va entrainer une augmentation de la demande alimentaire. On estime  que le Niger devra produire 180 000 tonnes supplémentaires de céréales chaque année pour nourrir sa population. La situation alimentaire est pourtant déjà dramatique : un Nigérien sur 5 n’a pas accès aux trois repas quotidien et un enfant sur deux âgés de 0 à 5 ans souffre de malnutrition chronique. Le développement du secteur agricole est donc essentiel tant pour nourrir cette population grandissante que pour offrir des possibilités d’emplois à ces millions d’hommes et de femmes qui voient dans l’agriculture leur seul moyen de subsistance.

Et pourtant, le Niger possède de nombreux atouts pour le développement de l’agriculture et l’amélioration de la sécurité alimentaire de sa population. Ces atouts ce sont notamment des terres, des ressources en eau de surface et souterraine, des filières prometteuses (oignon, niébé, gomme arabique, etc.). Bien décidé à saisir ces opportunités de développement, le gouvernement nigérien à lancé en 2012 l’« Initiative 3N – Les Nigériens nourrissent les Nigériens », une stratégie nationale de lutte contre l’insécurité alimentaire et de développement agricole. Cette initiative vise à mettre les Nigériens à l’abri de la faim et donner au secteur agricole les moyens de jouer pleinement son rôle de vecteur de la croissance économique.

Malheureusement, à l’heure d’aujourd’hui la priorité de l’État semble être de renforcer son potentiel militaire en riposte aux menaces du groupe terroriste Boko Haram. Depuis février 2015, la région de Diffa, au sud Est du Niger est le théâtre de combats et de violences faisant de nombreuses victimes. La région accueille également des dizaines de milliers de déplacés interne et réfugiés qui fuient le Nigeria. La production agricole essentiellement localisée sur les berges du lac Tchad a chuté en raison des risques d’attaques. Des milliers d’éleveurs nomades sont bloqués dans des régions où le pâturage et l’eau sont insuffisants pour le bétail. Cette situation pèse davantage sur les ressources et les moyens de subsistances des communautés locales qui se trouvent déjà dans une situation précaire…

De nombreux défis pour le Niger qui ne pourront être relevés sans un plan démographique durable visant à diminuer le taux de fertilité et ainsi enclencher une réelle transition démographique pour que les naissances d’aujourd’hui ne deviennent pas un fardeau pour la société de demain.

Cécile Havard

www.sosfaim.lu

Près d’un milliard d’être humains souffrent chaque jour de la faim… Et pourtant près d’un tiers de la consommation humaine mondiale, soit 1,3 milliards de tonnes sont jetés chaque année à la poubelle.

Une polémique autour du gaspillage alimentaire a récemment ressurgi dans l’actualité suite au « scandale du pain » déclenché fin avril par des photos de poubelles débordantes de pains à Luxembourg. Le gaspillage alimentaire est le fait de jeter ou de supprimer des aliments encore comestibles. Mais qui adopterait de telles pratiques alors que près d’un milliards d’êtres humains souffrent chaque jour de la faim ?

Et pourtant, au Luxembourg chaque habitant jette en moyenne 115kg de nourriture par an ! Le poids le plus élevé des pays en développement à en croire l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ce gaspillage alimentaire survient tout au long de la chaine alimentaire : des champs à nos poubelles, en passant en passant par les usines de l’industrie alimentaires et la grande distribution. En Europe et aux Etats Unis, ce gâchis se produit toutefois majoritairement au niveau de la consommation. D’après une étude de la Commission européenne, les foyers seraient à l’origine de 42 % des déchets alimentaires européens, suivis de près par l’industrie agroalimentaire (39 %). Problème de riches me diriez-vous, caractérisé par l’abondance alimentaire, le rejet des produits un peu moins appétissants à nos yeux, des normes sanitaires parfois excessives « obligeant » les restos et magasins à jeter leurs invendus mais surtout un manque cruel d’information. Ce phénomène est d’autant plus dramatique que sans gaspillage, tout le monde pourrait manger à sa faim.

La clef du changement des comportements en matière de gaspillage alimentaire réside donc dans une évolution des mentalités, en particulier des consommateurs ! Mais la lutte anti-gaspillage commence petit à petit à s’organiser à tous les niveaux. L’adoption récente en France d’une loi anti-gaspillage alimentaire ou encore l’inauguration en février dernier au Danemark d’un magasin de produits alimentaires « périmés » ne sont que deux exemples pour démontrer la croissante prise de conscience des européens de pallier à ce fléau.

Au Luxembourg, de plus en plus de communes mettent à la disposition des citoyens des poubelles prévues pour le recyclage des déchets organiques qui, une fois récoltés sont valorisés énergétiquement. Des associations récupèrent les denrées alimentaires invendues des supermarchés pour les redistribuer aux personnes à revenus modestes. C’est le cas de l’asbl Den Cent Buttek qui se charge de collecter les surplus alimentaires des grandes surfaces, commerçants et artisans pour les trier et les distribuer à des familles nécessiteuses…

Le monde peut produire assez d’aliments pour nourrir les 6 milliards d’habitants de la planète. Cependant, nombreux sont ceux qui n’ont pas accès à suffisamment de nourriture pour vivre décemment. La faim dans le monde est donc une réalité, mais pas une fatalité ! Mettre fin au gaspillage colossal des ressources sera déjà une bonne solution du problème. L’enjeu réside donc dans l’équilibre, le partage et le non gaspillage des ressources tout autant que de leur volume. Ainsi, gaspiller, surtout de la nourriture, n’est ni écologique, ni inacceptable d’un point de vue éthique. Alors ne perdez pas une miette : achetez mieux, conservez mieux, cuisinez les restes, compostez vos déchets ! Vous pouvez agir à votre échelle pour faire face à ce gaspillage alimentaire mondial. Pour plus d’informations consultez notre site Internet changeonsdemenu.lu et suivez-nous sur Facebook pour un tas de trucs et astuces pour gaspiller moins et ainsi agir à votre niveau à la lutte contre la faim dans le monde.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

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Quel bilan tirer de l’accord de Paris, le premier accord universel sur le climat, obtenu lors de la conférence mondiale sur le climat (COP21) de décembre et qui a fêté, hier, ses quatre mois d’existence ?


Un succès pour certains, un désastre pour d’autres. On doit bien l’admettre, l’accord signé à Paris est largement insuffisant, mais il a l’immense mérite de relancer la lutte contre les changements climatiques à l’échelle de la planète. L’accord est donc positif mais tardif car le temps presse si l’on veut limiter les effets du changement climatique.

L’élément marquant du texte est la revue à la hausse de l’objectif international pour faire face au réchauffement climatique : « Maintenir la hausse de température bien en deçà de 2°C et poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C  ». Cet objectif ambitieux, ainsi que les lignes directrices et principes pour y arriver, furent applaudis par l’ensemble de la communauté internationale lors de son adoption. Mais cet objectif est-il réalisable ? L’accord n’est que très faiblement contraignant et ne propose pas d’aller plus loin que les contributions nationales actuelles en matière de réduction des émissions… Ce qui nous laisse dans une trajectoire de 3°C supplémentaire d’ici la fin du siècle. Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime qu’au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, la communauté internationale dispose de 20 ans seulement pour ramener ses émissions de carbone à zéro si elle veut limiter la hausse à 2°C.

Malgré l’urgence, les étapes à franchir sont encore très nombreuses avant que l’accord ne soit réellement ratifié puis mis en œuvre. En effet, il n’entrera en vigueur qu’en 2020, à condition que 55 pays, représentants 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le ratifient. La première étape du processus de ratification débutera le 22 avril à New York avec l’ouverture du registre de signatures de l’accord pour une durée de un an. Nous avons donc le temps alors que celui-ci presse… En effet, nous n’avons pas encore atteint les +1°C que déjà se multiplient les épisodes climatiques dramatiques tout autour de la planète. Et le pire reste à venir…

Une menace pour la sécurité alimentaire !

Selon une étude du « programme de recherche du CGIAR* sur le changement climatique,  l’agriculture et la sécurité alimentaire », si des actions d’atténuation des effets du changement climatique ne sont pas menées, la production de certaines cultures vivrières sera impossible dans certains endroits d’Afrique subsaharienne. Selon cette étude, celle-ci pourrait perdre jusqu’à 30% de ses zones de production de maïs et de bananes et jusqu’à 60% de celle des haricots… Le changement climatique est donc une menace sans précédent pour la sécurité alimentaire de centaines de millions de personnes dont les moyens  de  subsistance  proviennent  des  petites  exploitations agricoles.

 

 A SOS Faim, nous pensons que, face à cette situation, il est indispensable de renforcer dès à présent les capacités des petits agriculteurs qui voient dans leur récolte leur seul moyen de subsistance.  Pour Facilitators for Change (FC), une ONG éthiopienne partenaire de SOS Faim depuis 2003, l’insécurité alimentaire est directement liée à la fréquence et l’intensité de catastrophes naturelles. Malheureusement, ces dernières augmentent de manière spectaculaire en partie à cause du changement climatique, laissant les petits agriculteurs avec une capacité de production insuffisante pour assurer l’approvisionnement en aliments de base pour l’année. Cette tendance représente une menace pour les enfants, les femmes, les jeunes et les petites exploitations agricoles. FC a donc développé une politique de gestion du risque, Disaster Risk Reduction (DRR), qui vise à renforcer la capacité de résistance des communautés vulnérables contre les catastrophes et ainsi assurer le développement durable de la région.

Le projet de production et de commercialisation de foyers améliorés par un groupement de 9 « Self-Help Group » (SHG), composés de femmes en situation très vulnérable, s’inscrit aussi dans cette dynamique. Dans la région Amhara, FC a dispensé à pas moins de 200 femmes des formations tant sur les aspects techniques qu’organisationnels. Aujourd’hui, ces femmes possèdent un atelier de production de foyers de cuisson améliorés qui leur assure des revenus. En outre, ces foyers permettent également de faire des économies de bois et d’améliorer l’évacuation de fumées, ce qui est bénéfique pour la santé et l’environnement.

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Formation à la production de foyers améliorés en Ethiopie

 

Cet exemple illustre bien la mission de SOS Faim. A travers nos partenaires, notre objectif vise à fournir aux populations rurales une aide technique, organisationnelle et financière afin qu’elles améliorent elles-mêmes leur situation alimentaire, économique et sociale de façon durable pour qu’au final, elles soient moins vulnérables et plus autonomes face aux crises climatiques.

L’Accord de Paris ne sauvera pas la planète, il sera ce que nos décideurs politiques en feront ! Pouvons-nous prendre le risque d’attendre que le changement climatique mette en péril la sécurité alimentaire de centaines de millions de personnes qui dépendent de l’agriculture comme moyens de subsistance ? A SOS Faim, nous pensons qu’il est temps d’agir dès à présent pour renforcer les capacités d’adaptation des petits paysans du sud.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

* Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale

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La sécurité alimentaire de 10,2 millions d’Ethiopiens est compromise par les mauvaises récoltes, les pertes de bétail et le manque d’eau !


ethiopieEn 2015, l’Ethiopie a été touchée par une combinaison d’aléas climatiques déstabilisant fortement la sécurité alimentaire et la nutrition de la population. Les pluies du printemps, connues sous le nom de « Belg », ont été tardives, insuffisantes, irrégulières et suivies de périodes de sécheresses inhabituellement longues. L’arrivée d’un des plus violents épisodes du phénomène météorologique El Niño a eu un impact sur les pluies de l’été, primordiales pour les récoltes agricoles du pays et les réserves d’eau potable. Ce déficit pluviométrique a plongé le pays dans « la pire sécheresse depuis 30 ans », comme l’a souligné le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, au Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba.

L’Ethiopie est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. La majeure partie de la population vit en milieu rural et dépend de l’agriculture comme moyen de subsistance. Avec une économie qui repose essentiellement sur l’agriculture, principale source d’alimentation, l’Ethiopie voit la sécheresse augmenter considérablement le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire.

Les besoins en aide humanitaire d’urgence ont désormais triplé par rapport à début 2015 portant à 10,2 millions le nombre d’Ethiopiens en attente d’une aide alimentaire nécessaire à leur survie. L’ONU a récemment lancé un appel à la solidarité internationale pour mobiliser les 1,3 milliards d’euros nécessaires pour faire face à la menace de famine, car « l’urgence est d’une trop grande ampleur pour un seul gouvernement ». Le gouvernement Ethiopien a déjà pu mobiliser 381 millions de dollars, soit moins de la moitié de la somme nécessaire.  Selon l’ONU, les besoins en aide alimentaire pourraient doubler en quelques mois, les prévisions laissent donc à craindre le pire… Le gouvernement éthiopien et le Programme Alimentaire Mondial (PAM)  appellent donc à la solidarité internationale pour éviter une situation extrême.

Pour faire face à cette sécheresse, près de 80 000 Ethiopiens se sont réfugiés au Yémen en 2015 tandis que d’autres restent dépendants de l’aide humanitaire. Cet épisode fait ressurgir les spectres des terribles famines des années 1980 qui avaient fait des millions de morts. Certes, le phénomène El Nino va régresser au cours de l’année 2016, mais son passage a décimé les moyens de production nécessaires (semences, cheptel, etc.) aux agriculteurs et aux éleveurs pour entamer la nouvelle saison. La mise à mal de la capacité productive de l’agriculture familiale et du pastoralisme risque d’impacter davantage la sécurité alimentaire et l’économie du pays au cours des années à venir.

L’Ethiopie a connu un développement impressionnant au cours de la dernière décennie avec notamment une croissance économique sans précédent et un recul de la pauvreté (même si 30% de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté). Ces efforts sont, entre autres, le fruit de bonnes récoltes successives et de l’investissement du gouvernement dans le secteur agricole. Toutefois, les derniers épisodes démontrent la fragilité de ces progrès car le pays reste hautement vulnérable aux chocs, particulièrement aux phénomènes climatiques comme la sécheresse. Il est dès lors important de renforcer les capacités des agriculteurs et des éleveurs éthiopiens afin d’éviter qu’une telle situation se reproduise à l’avenir.

En tant qu’ONG de développement, SOS Faim soutient l’agriculture familiale en Éthiopie afin de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire en milieu rural. A travers nos partenaires, notre objectif vise à fournir aux populations rurales une aide technique, organisationnelle et financière afin qu’ils améliorent eux-mêmes leur situation alimentaire, économique et sociale de façon durable et, au final, qu’ils soient moins vulnérables et plus autonomes face aux crises climatiques.

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

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 Article publié dans la rubrique « Paroles du Sud« , « Le Quotidien » 09 mars 2016

En ce mois de février, SOS Faim vous lance un défi : manger davantage bio et équitable et ainsi soutenir des modes de production durables !

Vous désirez retourner à un commerce de proximité et à des produits naturels basés sur des modes de production durables ? Mais, connaissez-vous les points de vente près de chez vous ? « Zoom par chez nous » ! SOS Faim vous propose de découvrir le profil d’une épicerie luxembourgeoise pas comme les autres chez qui vous pouvez vous approvisionner en produits biologiques, équitables, locaux et même sans emballages…

[Zoom par chez nous : portrait de la Eis Epicerie Zolwer!]

Zoom Eis EpicerieMais qui sont-ils ?

« Eis Epicerie Zolwer » est la première épicerie solidaire du Luxembourg lancée en juin 2015 au sein de la Cooéprative Episol par l’asbl Ecosol-Sanem en collaboration avec la Commune de Sanem, l’Office Social.

Les inégalités extrêmes s’accentuent de jours en jours à travers le monde et cette montée en puissance des inégalités, tant sociales qu’économiques, n’échappe pas au Luxembourg. La «Eis Epicerie Zolwer» a vu le jour suite à la prise de conscience de ses membres fondateurs de la nécessité d’enclencher une transition sociale vers des systèmes alimentaires plus durables et accessibles à tous. L’objectif de cette épicerie est donc de permettre à chacun d’accéder à une alimentation biologique, locale et/ou équitable tout en soutenant l’économie locale et l’emploi.

« On veut offrir à tous ceux qui le désirent une alternative au mode de consommation en outrance qui sévit dans notre société, mais également tisser un lien social, juste et solidaire de proximité »

A peine rentré dans l’épicerie, on comprend déjà que derrière cette enseigne se cache bien plus qu’une épicerie ordinaire : des sacs de pommes de terre et des œufs fraichement livrés, un espace kiosque où on peut lire un livre en dégustant un délicieux café équitable, un espace de jeux pour les enfants, des sourires, des rires, etc. Bref, c’est chaleureux et on s’y sent immédiatement bien ! On est accueilli par Myriam, la présidente de « EpiSol », qui nous propose un café que l’on déguste en l’écoutant nous raconter l’histoire de cette épicerie…

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Myriam Cecchetti, présidente de Episol

Tout au long de son récit, on sent bien que ce projet lui tient à cœur. On ne s’étonne donc pas quand elle nous explique que ce projet murît dans sa tête et celle de plusieurs acteurs politiques et sociaux convaincus de la Commune de Sanem depuis plus de dix ans. De fil en aiguille, on comprend rapidement que cet endroit est bien plus qu’une épicerie…

… une épicerie « responsable » 

Dans cette épicerie pas de produits issus de grandes marques multinationales que l’on retrouve dans les supermarchés tels que Coca-Cola (sans vouloir citer une marque en particulier) ! Leur philosophie vise à encourager les consommateurs luxembourgeois à :

« Acheter autrement, à savoir ce qu’ils mangent, à acheter des produit à plus-value sociétale tels que des confitures, du pain, des viennoiseries, du chocolat des ateliers protégés ou des fruits et légumes de Co-labor »

En pratique, on retrouve des produits biologiques, locaux et/ou équitables. Il faut préciser que leur définition du local englobe un périmètre de 150 kms aux alentours. En pratiquant des prix raisonnés, ils veulent démontrer que manger des produits bio et locaux ne nécessite pas un budget plus élevé que pour des produits conventionnels à condition d’acheter de saison et de manière raisonnée.

« Les gens se cachent derrière le prix, mais un paquet de pommes de terre conventionnel de 10kg à -50% pour jeter la moitié, ça n’a pas de sens. Si les gens regardaient ce qu’ils mettent dans leur caddie et s’ils achetaient uniquement ce qu’ils ont réellement besoin, ils pourraient acheter du bio sans soucis »

A la Eis Epicerie, on fait particulièrement attention au gaspillage alimentaire et tous les aliments ont droit à une seconde chance, car au lieu de jeter le surplus du magasin, les aliments sont transformés en « Menu du jour » au bistro de l’épicerie.

Chaque produit est le fruit d’une histoire tissée entre l’épicerie et de nombreux producteurs et artisans locaux et des initiatives de réinsertions socioprofessionnelles. Ces partenariats sont précieux pour l’épicerie, car ils permettent de créer des emplois locaux mais surtout de reconnecter le consommateur aux producteurs, aux aliments, à la nature…

… une épicerie « de quartier »

En tant qu’épicerie de quartier, son rôle est d’assurer d’être en mesure de pouvoir répondre à la demande des clients. Un des obstacles majeurs de l’épicerie est la disponibilité des produits bio au Luxembourg :

« L’enjeu, c’est que les gens puissent faire toutes leurs courses chez nous. Si on ne prend que des produits bio locaux, le magasin serait à moitié vide et on risquerait de perdre des clients. L’enjeu c’est de trouver l’équilibre entre bio, local et équitable »

Cet enjeu démontre la carence de l’offre en produits bio au Luxembourg. Un autre rôle joué par la « Eis Epicerie » est ainsi de démontrer à certains producteurs locaux l’ampleur de la demande en produits bio locaux et ainsi tenter d’influencer leur reconversion. Un autre rôle majeur est également de sensibiliser les consommateurs à apprendre à consommer autrement :

« Les consommateurs sont habitués à avoir toujours tout à leur disposition dans les supermarchés, mais tout dépend de la saison ! C’est logique mais les gens l’oublient, ils doivent réapprendre à consommer »

… une épicerie solidaire

Une politique de prix spécifiques a été développée afin de garantir à tout le monde la possibilité d’accéder à une alimentation saine et responsable. Les clients de l’Office Social de Sanem peuvent ainsi bénéficier de prix solidaires et des actions de récolte de fonds sont organisées par l’asbl Eco Sol. L’objectif étant de favoriser la mixité sociale, mais surtout de lutter contre la stigmatisation.

… Un espace de rencontre et de cohésion sociale

La « Eis Epicerie Zolwer », c’est également un bistro avec petite restauration « Meet & Greet », un espace de formation, un système de livraison à domicile, un espace kiosque, une aire de jeux pour les enfants, un coin troc de livres, des ateliers découvertes animés par des associations locales ou des citoyens.

En d’autres mots, la « Eis Epicerie Zolwer », c’est bien plus qu’une épicerie : c’est un petit coin du Luxembourg où les rencontres et le partage de savoir font vibrer la cohésion sociale. Et ils ne manquent pas d’idées pour le faire vivre : « ça prend du temps, mais on a des idées comme organiser des cours de cuisine, de couture, de réparation. L’objectif c’est que ce soit un endroit qui bouge, qui vit ». Et nous on sent surtout que cet endroit nous réserve bien des surprises ! C’est pourquoi on vous invite à le découvrir par vous-mêmes et à participer à son développement et ainsi devenir des « consomm’acteurs ».

Où les trouver : vous les trouverez au sein de la commune de Soleuvre, près de la place de l’indépendance au 2 rue du Knapp.

Quand ? du lundi au vendredi de 7h30 à 19h00 et le samedi de 8h00 à 14h00.

En tout cas nous sommes déjà conquis !

*Propos de Cecchetti Myriam, présidente de « Epi Sol » recueillis par Cécile Havard

Une occasion de découvrir la Eis Epicerie:

Le mercredi 3 mars, SOS Faim organise un atelier sur les emballages alimentaires dans le cadre de sa campagne « changeons de Menu ! » à la « Eis Epicerie ».Venez apprendre tout sur les emballages des denrées alimentaires et découvrir cette épicerie

Et si ce n’est pas encore fait, découvrez le site de notre campagne « Changeons de Menu ! » –>  http://changeonsdemenu.lu/ et rejoignez nous sur Facebook .

 

Le développement des pays du sud mis en péril par la fuite des capitaux.

Pour financer leurs politiques publiques et ainsi investir dans les services publics de premières nécessités tels que l’éducation et la santé, les pays en développement (PED) doivent augmenter leur budget. Oui, mais « comment ? » alors qu’après six décennies d’appuis financier externes le continent africain reste pauvre. Et pourtant, derrière cette image de continent dépendant de l’aide internationale et corrompue se cache une toute autre réalité.

L’architecture financière internationale actuelle facilite une fuite des capitaux privant chaque année les pays en développement d’un montant bien supérieur à ce qu’ils ne reçoivent de l’aide internationale ! Selon l’ONG Global Financial Integrity, les flux financiers illicites  se sont élevés en 2013 à 1 100 milliards de dollars en défaveur des PED, alors que cette même année, la totalité de l’aide publique au développement (APD) s’élevait à 99,3 milliards de dollars. On peut donc dire que pour chaque dollar versé aux PED à travers l’APD, 10 $ sont perdus via les flux financiers illicites ! Selon Raymond Baker, un des plus grand spécialistes de ces flux illicites, ceux-ci se divisent en trois composantes : la corruption, estimée à hauteur de 3% du total, 30 à 35 % issus d’activités criminelles en tout genre et enfin 60 à 65% résultant de manipulations commerciales (falsification totale ou partielle du prix d’échanges transfrontaliers de biens ou services par les entreprises). Les activités commerciales représentent donc une part importante et non négligeable qui prive les pays en développement d’une recette fiscale vitale pour leur propre développement.

A titre d’exemple, le Niger, un des états les plus pauvres du monde, est le deuxième fournisseur d’uranium de la société française Areva, l’un des leaders mondiaux de l’énergie nucléaire. De nombreuses organisations dénoncent un régime fiscal plus qu’accommodant pour la multinationale qui exploite l’uranium nigérien depuis 1971. Les deux filiales d’Areva au Niger bénéficient de nombreux avantages fiscaux : exemptions sur les droits de douane, exonérations de TVA, une exonération sur les taxes sur les carburants ainsi qu’une « provision pour reconstitution de gisement » qui leur permet de mettre de côté 20% de leurs bénéfices, qui échappent ainsi à l’impôt sur les sociétés. La contribution fiscale de cette société au pays ne reflète en aucun cas la véritable valeur stratégique de cette ressource naturelle dont dépendent les profits de l’entreprise. Rien qu’en 2012, le Niger a perdu 16 millions d’euros en raison d’exonérations de TVA accordées à Areva… Dans un pays où 62% de la population vit sous le seuil de pauvreté, ce manque à gagner fiscal est un obstacle majeur au développement du pays qui, de facto, entretien une dépendance envers l’aide internationale.

  • Le besoin de mesures plus ambitieuses !

Cette réalité est le fruit de notre système fiscal mondial injuste qui permet aux plus riches de faire usage de leur pouvoir pour façonner l’économie et creuser davantage le fossé entre eux et le reste du monde. L’ensemble des pays du monde sont confrontés à des stratégies d’optimisation fiscale aggressives des firmes transnationales qui transfèrent leur bénéfice dans des territoires où ils ne sont pas ou peu imposés et ce, par exemple à travers l’utilisation de prix de transfert entre différentes filiales de l’entreprise. Ces pratiques d’évitement fiscal immorales privent chaque année les États de milliards d’euros de recettes fiscales nécessaires pour assurer leur mission. L’évasion fiscale n’est certes pas un acte illégal en soit mais peut être remis en cause d’un point de vue éthique et morale.

Touchés également par cette déperdition des ressources fiscales, les pays développés sont de plus en plus mobilisés contre l’injustice fiscale. Des avancées significatives existent tels que le Projet OCDE/G20 de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) ou encore la Norme AEOI sur l’échange automatique d’informations. Bien qu’allant dans le bon sens, ces initiatives sont insuffisantes pour rétablir un équilibre de la répartition des recettes fiscales dans le monde et particulièrement en faveur des pays en développement. Il est important de mettre en place des mesures plus ambitieuses en faveur d’une justice fiscale internationale afin de permettre aux pays plus vulnérables de générer des ressources internes et ainsi de réduire leur dépendance vis-à-vis de l’APD.

Mettre fin à l’ère des paradis fiscaux c’est ainsi faire un pas en avant vers la lutte contre les inégalités et de facto contre la pauvreté…

Au vu de l’importance de la place financière luxembourgeoise, il est à craindre que le Luxembourg joue un rôlecertain dans cette fuite de capitaux. Dans ce sens, le nouvellement créé «Collectif Tax Justice Lëtzebuerg» appelle à un débat public posant la question de l’utilité, de la légitimité et du bien-fondé de l’exploitation abusive de modèles d’optimisation fiscale agressive par le Luxembourg.

Cécile Havard

www.sosfaim.org

Du 15 au 17 décembre dernier s’est tenue à Nairobi la 10e conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en présence des Ministres Jean Asselborn et Romain Schneider. Sans guère susciter l’intérêt de nos medias et sans le moindre contrôle parlementaire.

En amont de cette conférence, le Cercle des ONG avait adressé à Monsieur Asselborn une lettre que 453 ONG de plus de 150 pays, y compris du Luxembourg, avaient signée sous la coordination du réseau « Our World Is Not for Sale (OWINFS) ». Parmi eux des syndicats, comme la Fédération Internationale des Syndicats, (ITUC), des fermiers, des écologistes, des militants des services publics et du développement.

Dans cette lettre le Cercle a demandé que le Luxembourg s’engage, avec les autres Etats membres de l’OMC, pour que la conférence ministérielle prenne des décisions concrètes en faveur du développement, des plus démunis de la planète, en particulier des petits paysans qui représentent la moitié des personnes qui ont faim. Il importe donc que l’OMC réserve aux pays en développement et surtout aux moins avancés plus d’espace politique pour leur permettre d’investir dans la production agricole nationale afin d’atteindre la sécurité et la souveraineté alimentaires.

Serait ainsi à mettre en place un mécanisme spécial de sauvegarde qui aurait permis aux pays en développement d’augmenter temporairement les droits de douane sur les produits agricoles sensibles pour se préserver d’importations soudaines. Celles-ci proviennent normalement des pays industrialisés.

Hélas, les pays riches n’ont pu accepter cette proposition ni celle qui devait établir un accord définitif suite à celui, provisoire, conclu à Bali en 2013 qui a permis à des pays comme l’Inde de créer des réserves publiques pour la sécurité alimentaire en achetant aux petits paysans des produits à des prix qui se situent au-dessus du « prix du marché » ce que les règles de l’OMC interdisaient jusque-là.

Ces refus ont ainsi révélé le caractère fallacieux de l’agenda des objectifs de développement durable adopté par les Chefs d’Etat du monde entier en septembre dernier. Cet agenda veut éliminer la faim, d’ici 2030, en augmentant la productivité agricole et le revenu des petits exploitants en particulier pour les femmes, les communautés indigènes, les exploitations familiales, les éleveurs nomades et les pêcheurs. Les investissements dans l’agriculture seraient à renforcer. 25 000 personnes surtout des enfants continueront donc de mourir de faim chaque jour.

Suppression des subsides agricoles: quel progrès?

La ministérielle a certes trouvé un accord sur l’élimination des subventions à l’exportation des produits agricoles. La Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, s’en est félicitée. L’impact de cette élimination est toutefois minime. Les Etats-Unis et l’Union européenne n’utilisent plus ces subventions. Mais cette décision n’affecte pas les aides internes que l’UE continue de verser massivement à ses fermiers ce qui permet aux exportateurs de vendre en dessous du prix de revient sur les marchés des pays tiers. A l’OMC, l’UE a réussi l’artifice – certains experts parlent de tricherie – consistant à faire inclure ces aides dans la “boîte verte” qui comprend des aides n’ayant pas ou que très peu d’effet de distorsion du commerce.

Deux autres questions ont divisé la conférence. Les pays industrialisés ont souhaité mettre à l’ordre du jour de l’OMC de nouveaux sujets intéressant les multinationales tels les investissements, le droit à la concurrence et les marchés publics. Cette demande a été rejetée une nouvelle fois par les pays en développement.

Enfin, s’agissant des négociations du cycle de Doha, certains Etats membres – en fait la très grande majorité – veulent les poursuivre alors que d’autres et surtout les Etats-Unis ne le veulent pas.

Bien que ce fût la première conférence ministérielle organisée en Afrique, les pays en développement n’ont pas tiré grand-chose de cette conférence. Les pays africains et surtout les moins avancés sont restés exclus des véritables négociations. Dans une déclaration séparée des ONG africaines ont dénoncé cette discrimination.

L’OMC, au service de qui ?

L’OMC a été établie en 1995 dans le cadre des accords de Marrakech concluant les négociations de l’Uruguay Round. Elle a succédé au GATT (Accord général sur les tarifs et le commerce), créé en 1947 par 23 Etats. Aujourd’hui, l’OMC regroupe plus de 160 Etats. Ces accords ont compris, pour la première fois, des chapitres sur l’agriculture, les services et la propriété intellectuelle. Sur le plan du commerce, les marchés sont libéralisés ce qui est un des principaux objectifs de l’OMC. Les pays industrialisés et notamment les Etats-Unis étaient ainsi parvenus à faire prévaloir largement leurs intérêts et à consolider leur hégémonie économique mondiale. Ce qui a conduit Noam Chomsky à affirmer que l’ OMC n’est rien d’autre qu’ »un instrument de politique étrangère des Etats-Unis ». Pierre Bourdieu a appelé l’OMC « Big Brother », ensemble avec les entreprises multinationales, le FMI et la Banque mondiale exerçant son pouvoir sur le monde, de manière non transparente.

Sous l’impulsion des pays en développement soucieux de rééquilibrer l’édifice mis en place, l’OMC a lancé en 2001 un nouveau cycle de négociations, le « Programme de Doha pour le développement ». Un traitement spécial et différencié devait même y être réservé aux pays en développement. Depuis 2011, ces négociations restent dans l’impasse. Car pour les Etats-Unis les conditions ont changé depuis le lancement en 2001 de ce cycle de négociations et les pays émergents en particulier la Chine devraient ouvrir davantage leurs marchés aux produits industriels. Ce que ces derniers rejettent. Le développement promis devra attendre.

Ce blocage des travaux de l’OMC renforcera l’élan des pays riches à poursuivre la défense de leurs intérêts à travers la conclusion d’accords commerciaux entre pays intéressés comme le TISA ou d’accords régionaux ou bilatéraux, comme le TTIP.

Rick Rowden du Centre pour les Etudes Economiques de l’Université Nehru de New Delhi écrit que le but principal de l’OMC d’une « libéralisation progressive » a été une erreur intrinsèque pour les pays en développement dès le début étant donné que les pays industrialisés ont appris à libéraliser leurs barrières tarifaires seulement lorsque leurs industries étaient devenues compétitives sur les marchés mondiaux, pas avant. Mais les pays en développement ayant ouvert leurs marchés de façon prématurée, les pays riches les ont inondés avec des produits agricoles et des biens manufacturés subsidiés ».

 

Il conclut en se demandant  »Avec une telle politique du développement, est-il surprenant que certains de ces millions de jeunes désillusionnés et en chômage finissent par rejoindre les multitudes de migrants économiques en cherchant à entrer aux Etats-Unis ou en Europe ou, pire, à rejoindre les rangs de l’Etat Islamique, Boko Haram et Al-Shabaad?».

 

Jean Feyder

Ancien Ambassadeur, membre du CA de l’ASTM et de SOS Faim