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Globalement, la faim dans le monde recule… Et pourtant près d’un milliard d’êtres humains en souffrent encore ! Certaines régions, notamment le Sahel, restent en situation d’insécurité alimentaire chronique.

Le changement climatique, la sécheresse en Afrique, l’augmentation de la population mondiale, la volatilité du prix des céréales sont généralement identifiés comme les causes majeures de la faim dans le monde. On oublie cependant trop souvent de s’interroger sur le rôle joué par nos habitudes alimentaires et plus particulièrement notre consommation de viande.

Au Luxembourg, la viande fait partie intégrante des habitudes culinaires. Il suffit de déguster les spécialités nationales, telles que la Mettwurscht, la Feierstengszalot, le Rieslingspaschtéit ou encore la Grillwurscht pour s’en apercevoir : de la viande et encore de la viande! Et pourtant comme le souligne l’économiste américain Jeremy Rifkin :

« Il suffirait de renoncer à la viande pour soulager la pénurie de grains tout en préservant l’environnement et notre santé ».

La consommation de viande a radicalement augmenté ces dernières années, atteignant une production totale de 300 millions de tonnes en 2014, soit cinq fois plus qu’en 1950. Les Luxembourgeois ne sont donc pas les seuls à raffoler de viandes, cette tendance à la hausse se fait ressentir dans tous les pays dont le niveau de vie est en augmentation, et particulièrement en Asie. Au vu des estimations de la croissance démographique mondiale, la consommation de viande devrait doubler au cours des 20 années à venir. Paradoxalement, l’expansion rapide du secteur de l’élevage constitue une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.

Pour satisfaire la demande et favoriser la croissance et les rendements du bétail, le régime alimentaire de l’élevage industriel dépend aujourd’hui des céréales et du soja: 7 à 10 kg de céréales ou de produits végétaux sont nécessaires pour produire 1 kg de boeuf ! La production mondiale de viande et d’alimentation destinée au bétail consomme à elle seule 2/3 des terres agricoles dans le monde et 90% de la production mondiale de soja. Adaptées à la consommation humaine, ces cultures pourraient subvenir aux besoins alimentaires des 870 millions de personnes qui souffrent actuellement de la faim. Et pourtant elles sont réservées à nourrir nos futurs steaks…

Au contraire de l’élevage industriel, l’élevage de bétail à petite échelle des exploitations agricoles familiales contribue à la survie d’un grand nombre de petits exploitants pauvres des pays en développement et constitue une source potentielle de lutte contre la sécurité alimentaire. Il est donc important de développer une agriculture paysanne moderne fondée sur les savoirs traditionnels et durables en opposition à la production animale industrielle. De nombreux acteurs, tels que SOS Faim, appuient ces producteurs familiaux africains, les premières victimes de la faim, pour développer une agriculture adaptée aux conditions et aux besoins locaux tout en respectant les limites écologiques, économiques et sociales. Nous pouvons toutefois également agir à notre échelle en diminuant significativement notre consommation de viande et en favorisant la consommation de produits issus de l’élevage durable et local. Ces gestes quotidiens sont une façon simple et efficace pour lutter individuellement contre la faim dans le monde. Alors à vous de jouer !

Tout au long du mois de janvier, SOS Faim vous invite à débattre sur cette question à travers des défis, des arguments pour, des conseils comment, des espaces d’expression et de partage d’expériences entre initiés et débutants, etc. Visitez notre site internet et participez à notre geste du mois #1 : je mange moins de viande !

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

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Imaginons plusieurs scénarii… Vous tombez malade et vous ne pouvez pas payer votre traitement. Vous avez un accident qui vous empêche de pouvoir continuer à travailler, vous ne percevez dès lors plus de revenus : vos enfants doivent travailler au lieu d’aller à l’école. La sécheresse touche votre région, les prix des denrées alimentaires s’envolent et les pertes de votre bétail s’accumulent : vous ne pouvez plus nourrir votre famille. Votre récolte est ravagée, vous ne pouvez pas acheter les engrais et semences indispensables pour votre future récolte : vous ne pouvez pas continuer votre activité agricole, vous vendez votre exploitation, vous n’avez plus de logement. Vous travaillez toute votre vie mais vous ne percevrez pas de pension : vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins et ceux de votre famille.

Ces scénarii vous semblent-ils invraisemblables ? Et pourtant, cette réalité touche  plus de 70% de la population mondiale qui vit sans protection sociale. La sécurité sociale est considérée comme un droit fondamental reconnu par l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[2] :

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Certains perçoivent la protection sociale comme un « luxe » dont les pays pauvres ne peuvent se doter ou encore comme un obstacle à l’optimalisation de la compétitivité économique pour les pays riches. Pourtant, de nombreux exemples démontrent qu’il est possible de poser les jalons d’un système de protection sociale, quel que soit le niveau de développement économique d’un pays et ce, tout en favorisant le développement économique de ce dernier.

Prenons l’exemple d’un pays émergent : le Brésil. Celui-ci a lancé en 2003 un programme visant à stimuler la croissance et le progrès social au sein de son pays à travers  le programme intitulé « Bolsa Familia Program (BFP)». Ce programme a permis d’accélérer l’extension de la couverture de protection sociale et l’augmentation des salaires minimaux tout en maintenant la croissance du développement économique. Le Brésil n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui tend à démontrer que la protection sociale favorise la croissance inclusive, la justice sociale, le développement humain et la stabilité politique d’un pays.

Le 16 octobre 2015, nous célébrons la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) avec comme thème central : « Protection sociale et agriculture – briser le cercle vicieux de la pauvreté rurale ». La protection sociale est définie par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme:

« un ensemble de mesures, de programmes et d’interventions visant à protéger les individus qui connaissent la pauvreté et l’insécurité alimentaire ou sont susceptibles d’y être exposés».

La protection sociale est un droit fondamental reconnu pour ses effets bénéfiques. Et pourtant, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 73% des êtres humains n’ont pas accès à la protection sociale. La majorité d’entre eux vit dans les zones rurales des pays en développement et dépend essentiellement de l’agriculture. A travers le monde, 500 millions d’agriculteurs veulent vivre de leur travail et nourrir leur famille. Ces paysans n’ont ni tracteur, ni subvention de la Politique agricole commune (PAC), ni couverture sociale. Ils sont les premiers à subir les aléas climatiques avec, au Sahel en particulier, des saisons de pluies de plus en plus irrégulières occasionnant des perturbations importantes dans le calendrier agricole, des sécheresses, des inondations, une désertification galopante, etc…

« Éradiquer la faim » fait partie des objectifs du développement durables (ODD) adoptés par l’ONU en septembre. Dans le monde, 870 millions d’êtres humains souffrent de la faim. La protection sociale a un impact immédiat sur la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, mais elle demeure toutefois un privilège ! Selon la FAO, les programmes de protection sociale peuvent contribuer à « l’accroissement des revenus tirés des exploitations agricoles, du rendement des cultures et de la productivité de l’élevage ». La protection sociale est donc tout sauf un luxe. C’est un droit fondamental de lutte contre les inégalités et la pauvreté.

« Nous devons non seulement lutter contre la faim, mais aussi contre les conditions qui en sont à l’origine… Il est indispensable de construire un avenir pour tous afin d’assurer un avenir acceptable : soyons la génération faim zéro ! » (FAO, 2015)

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

SPOT de la FAO à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation 2015:

Compagnie familiale qui trouve ses origines à la fin du XIXè. siècle au Congo belge, la SOCFIN (Société Financières des Caoutchoucs) s’est formellement constituée en 1973, accueillant dans son capital le groupe BOLLORE à partir de 1998. La SOCFIN est aujourd’hui une holding multinationale exploitant 181 000 hectares de palmiers à huile et de caoutchouc en Asie et en Afrique.

« Depuis sa création il y a plus de cent ans, la SOCFIN et ses filiales locales ont toujours agi dans le respect des lois des pays où elles s’implantent et en harmonie avec les communautés qui avoisinent ses installations », annonce un communiqué du groupe tâchant de répondre aux mouvements sociaux qui se développent autour de ses plantations.

La société civile, organisée au sein de l’Alliance Internationale des Riverains, pourrait-elle ne colporter que des rumeurs ?

Elles sont pourtant persistantes et argumentées, et donnent lieu à des actions de plus en plus déterminées: La création d’une alliance réunissant les communautés de cinq pays concernés par les investissements du groupe a marqué une nouvelle étape dans la tentative des petits paysans de défendre leurs droits: selon l’ONG française ReAct, « Depuis 2008, les expansions des plantations de la SOCFIN sont continues. Les surfaces en Afrique exploitées par la société sont passées de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014, soit une augmentation de 24% et ce, au détriment des communautés locales ». Selon ces dernières, « Les accords ne sont pas respectés et les terres considérées comme « espace vital » pour les villageois sont accaparées comme les autres ».

Les manifestations lancées fin avril par l’Alliance Internationale des Riverains, avec le blocage des plantations au Cameroun entre le 23 et le 28 avril dernier, puis poursuivies au Liberia, au Cambodge et en Côte d’Ivoire, vont continuer. Partout, les communautés villageoises ont les mêmes revendications : que la SOCFIN leur rétrocède l’usage d’une partie des terres accaparées et qu’elle tienne ses engagements sur les compensations auxquelles les différents accords l’engagent.

SOCFIN

Malgré les nombreuses interpellations et appels à la négociation, les dirigeants de la SOCFIN sont restés muets. D’où l’idée d’interpeller directement les actionnaires à l’occasion de l’AG de la société, le 27 mai dernier à Luxembourg. Une semaine plus tard, le 4 juin en région parisienne, des militants se sont symboliquement « accaparé » la pelouse du siège social du groupe BOLLORE à l’occasion de son AG : « Nous n’avons plus de terres au pays, alors on plante le manioc sur votre pelouse ».

Une délégation a été reçue et de nouvelles promesses ont été faites par les instances dirigeants : «Nous allons peser tout faire pour que la SOCFIN soit autour de la table pour une nouvelle négociation internationale cet automne avec les représentants des communautés des différents pays». Les responsables du groupe ont reconnu que les promesses passées ne se sont pas toutes traduites dans les faits et se sont engagés à lancer une expertise indépendante sur les conflits fonciers dans les plantations.

Là-bas se comptent les pertes, ici les profits

 » BOLLORE encaisse les dividendes de la SOCFIN tout en récusant sa responsabilité », se lamente Emmanuel Elong, porte-parole de l’Alliance des Riverains.

Le rapport annuel de SOCFIN fait état d’un bénéfice consolidé de 100 millions EUR, sans rien révéler des pertes ni des dépenses ; en 2014, 37,3 millions EUR de dividendes ont été distribués aux actionnaires de la SOCFIN et 11,5 million au Conseil d’administration (dont MM. Vincent Bolloré and Hubert Fabri, responsable de la partie plantation du groupe).

Une récente étude d’EURODAD a, quant à elle, établi que la SOCFIN et le groupe BOLLORE sont « des compagnies qui ont recours à l’optimisation fiscale avec des pays en développement », notamment grâce aux « tax ruling » signés avec l’Etat luxembourgeois, avantage qui s’ajoute au statut fiscal des sociétés de droit luxembourgeois SOPARFI (Société de Participations Financières) exonérant l’intégralité des dividendes touchés par les actionnaires !
Pendant ce temps, Hubert Fabri est poursuivi par la justice belge pour évasion fiscale, blanchiment et faux. Le procès doit s’ouvrir en novembre. Une deuxième enquête est ouverte pour faits de corruption..

La SOCFIN est un exemple emblématique de sociétés incarnant un capitalisme financier socialement et environnementalement irresponsable. Le 27 mai dernier devant l’AG de la SOCFIN, SOS Faim réclamait « une redevabilité en matière de droits humains et de gestion durable de l’environnement » : la SOCFIN devra non seulement désormais compter avec la résistance des mouvements paysans des pays où elle mène ses activités, mais aussi avec les ONG des pays du Nord solidaires de ces mouvements!

Marine Lefebvre

Une nouvelle tragédie humanitaire qui a coûté la vie à au moins 700 personnes, vient de se dérouler en Méditerranée. La question est inscrite à l’ordre du jour des plus hautes instances politiques de l’Union Européenne. Une fois de plus, elle risque de conduire nos responsables politiques à se consacrer uniquement aux symptômes du problème, c’est-à-dire aux améliorations éventuelles à apporter aux politiques migratoires et à négliger ses causes profondes. Il s’agirait de s’interroger sur les motivations profondes qui conduisent tant d’Africains à quitter leur continent pour prendre le bateau au risque de leur vie.

Pour la plupart, ce sont la misère, la faim, la pauvreté et l’absence de perspectives dans leur pays qui les conduisent à rechercher leur bonheur en Europe. Un certain nombre partent de même à cause de la violence et de la guerre qui sévit dans leur pays.

Jean-Claude Juncker, notre ancien Premier Ministre, a déjà mis en garde, il y a quelques années, devant les conséquences d’une répartition aussi inéquitable des richesses entre Européens et Africains. « Si par notre comportement nous privons ces populations de tout espoir à une vie digne et meilleure, nous ne pouvons pas nous attendre que leur désespoir reste sans conséquences pour notre vie. Même si seulement 10% des 1,5 milliard de personnes qui habiteront en 2020 le continent africain se mettent en mouvement, l’Europe se trouve devant d’énormes défis » (cité dans La faim tue, de Jean Feyder, l’Harmattan, 2012, page 12) .

Carole Reckinger

Carole Reckinger

Il a ajouté que « tandis que d’un côté la politique de coopération s’efforce d’aider les plus pauvres des pauvres à trouver le chemin d’une vie meilleure, on pratique souvent, en fait régulièrement, dans une des salles de conférence d’à côté, une pure politique du pouvoir dont le souci est de défendre les intérêts économiques de grandes entreprises occidentales. Les conséquences d’une telle politique ont un impact infiniment plus grand pour les pays en développement. Nous devons constater toujours à nouveau que ce que nous donnons avec la main droite, nous le reprenons deux ou trois fois avec la main gauche » (Ibidem).
Or, c’est précisément la politique néolibérale que nous ne cessons d’imposer depuis des décennies aux pays africains à travers les programmes d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du FMI, qui ont eu un impact désastreux sur le niveau de vie des populations africaines, sur les économies de ces pays et sur les ressources de leurs gouvernements. Nos exportations de produits alimentaires à des prix dumping détruisent sans cesse de nouveaux secteurs de leurs agricultures, des emplois, des sources de revenus. Une des conséquences de cette politique est d’abord un exode rural toujours plus massif. Pire, loin de reconnaître le caractère absurde et contraire à tout développement de telles politiques de libre-échange, l’UE s’applique maintenant à les poursuivre, à les aggraver par le biais des accords de partenariat économique (APE). « Les APE, c’est la pire des catastrophes », a affirmé, lors d’une conférence à Luxembourg début décembre dernier, Ibrahima Coulibaly, un des dirigeants paysans du Mali et Ambassadeur de la FAO. Maintenant, le Parlement européen est invité à ratifier un tel Accord APE avec la CEDEAO de l’Afrique de l’Ouest le 7 juillet prochain. Convaincue que ces APE ne contribuent en rien au développement, la société civile, tant européenne qu’africaine est lancée dans une campagne pour dire non à de tels accords et à une telle ratification. C’est une des réponses les plus substantielles à donner à la tragédie humanitaire qui se déroule en Méditerranée. Et il serait temps que le Commission de Jean-Claude Juncker tout comme nos Ministres en charge du Commerce, de l’Agriculture et de la Coopération au développement, prennent au sérieux ce que notre ancien Premier Ministre a écrit en 2010 : « …il est temps que nous arrivions à une politique cohérente vis-à-vis des pays en développement et que nous sortions d’une logique perverse dans laquelle la coopération au développement ne fait que recoller les morceaux de notre propre politique économique et commerciale ».

Jean Feyder,

Ancien ambassadeur et représentant permanent du Luxembourg auprès des Nations Unies.

Messieurs les Présidents,
Un adage nous enseigne que : « si nous nous ne nous occupons pas de
nous-mêmes d’autres viendront le faire comme bon leur semblera ! ».
La CEDEAO regroupe 15 pays et a un PIB de 675 milliards de dollars en 2013.
Elle compte 300 millions d’habitants en 2014 et selon les prévisions, 425
millions en 2030. Elle fait 5 millions de km2. Elle est la 1ère productrice
mondiale de cacao. Elle est une grande productrice de bananes, d’ananas, de
gomme arabique, de noix de cajou, d’huile de palme, de céréales, arachide,
et bien nantie en produits d’élevage et de pêche, etc. A cela s’ajoute, les
grandes richesses minières, forestières et les grands fleuves.
Le processus d’intégration a commencé il y a 35 ans. La population
ouest-africaine était estimée alors à 109 millions dont 65% de jeunes. Ceux
qui avaient entre 20 et 35 ans à l’époque ont aujourd’hui entre 55 et 70 ans
et ils sont toujours en attente de sursauts permettant d’améliorer leurs
conditions de vie.
 Mamadou Cissokho, Président d'Honneur du Cncr
Pourquoi et comment cette région est, et continue d’être victime, de la
coopération internationale ?
Est-ce lié au fait que : (i) nous avons été colonisés ; (ii) nous n’avons
pas de secteur privé suffisamment consolidé ni d’industries ; (iii) nos
monnaies ne nous appartiennent pas ; (iv) nous sommes pauvres ; (v) le
discours d’intégration reste théorique à côté des pratiques nationalistes
avec une multiplicité de systèmes d’éducation, de santé, d’administration,
et de langues officielles ?
Comment expliquer aux paysans de l’Afrique de l’Ouest, eux qui ont été
invités dans une méthodologie participative à élaborer les deux politiques
agricoles de notre région (PAU et ECOWAP) qui ont mis l’accent sur la
réappropriation de notre alimentation, de nos marchés et de notre sécurité
et souveraineté alimentaires. Ces politiques qui ont demandé aux paysans de
s’engager dans la transformation maîtrisée de leurs systèmes de
production...
Comment les convaincre que la compétition avec les produits agricoles de
l’Union Européenne va faire leur bonheur en mettant entre parenthèse
l’application de ces politiques agricoles ?
Après plusieurs accords et conventions, ceux de Yaoundé et Lomé, celle de
Cotonou en 2000 se compose de deux chapitres : (i) "le Fonds Européen de
Développement – FED" avec moins de 30 milliards d’euros pour les 77 pays sur
20 ans ; (ii) la négociation pour l’ouverture du marché dénommé "Accords de
Partenariat Economique – APE". Les américains en son temps avaient été plus
courageux en disant "Trade, Not Aid". Notons sur le FED (9ème, 10ème ou
11ème) que sa dotation par habitant et par an a toujours été d'environ 4
euros !

		
Les ACP, et en tête la CEDEAO, ont préféré le FED au développement de leurs pays. 
Initialement prévue pour 2007, la signature vient de se faire.
Nos chefs d’Etat nous ont dit à Dakar « une négociation a une limite » !
L’Union Européenne nous a signifié cette limite : « il n’y aura pas de fonds FED si 
on ne signe pas les APE » !
		« Ventre affamé n’a point d’oreilles ! »
Dans toutes nos interpellations, on nous dit que toutes les dispositions
sont prises pour un contrôle strict et des normes de rétrocession en cas de
besoin... en somme, utiliser les miettes de la signature pour développer nos pays !
Qu’en est-il de notre lutte à l’OMC pour notre coton ?
A notre humble avis, on s’attendait à ce que la CEDEAO cède et signe eu
égard au contexte sociopolitique difficile (la guerre civile dans le Sahel,
la crise politique en Côte d’Ivoire, les dernières élections au Ghana, Boko
Haram au Nigéria, Ebola,...) mais aussi à la pression de l’Europe sur les
Etats. Ceci malgré le fait que la raison juridique de l’engagement à l’OMC
qui était à l’origine de la légitimité des négociations des APE a pris du
plomb dans l’aile :
*	Le Doha Round processus de correction des contradictions dans les
négociations sur l’agriculture a été bloqué par le véto USA-Europe ;
*	Ces mêmes puissances se sont engagées dans des négociations
commerciales bilatérales.
L’Europe a bien profité de son amitié avec nos régimes pour nous mettre la
pression au moment où la stabilité base de développement est menacée. C’est
ça "le partenariat aussi" ? Profiter des faiblesses de ses partenaires pour
avancer des pions ? ... Bravo !

Dans notre région, les peuples sont habitués à des décisions prises sans
qu’ils ne comprennent jamais le pourquoi !
Comme le suicide collectif n’est ni permis, ni accepté, à ce jour de la signature
des APE, je voudrais tout simplement partager avec vous les responsables, 
notre désapprobation. Je constate qu’à partir de 2015,nous retournons à 
"la CEDEAO des Chefs d’Etat", après avoir créé "la CEDEAO des Etats" et espéré
"la CEDEAO des peuples" !
Les peuples prendront acte comme ils ont pris acte plusieurs fois au gré des
consensus et des politiques contre leurs intérêts.
J’espère que les hommes et les femmes particulièrement les paysans, les paysannes
et les militants de l’intégration pour un avenir radieux dans notre région, 
continueront de résister parce que, dans une partie de l’Afrique, et avec toute
l’Afrique, l’apartheid a été vaincu.
C’est cet espoir qui nous fait croire que l’histoire jugera !
Je vous souhaite une bonne fin d’année dans la préparation d’un PASA 
("Plan d'ajustement structurel agricole", allusion aux politiques du FMI et de la
Banque mondiale)continu et encadré ! 

Mamadou CISSOKHO 
Exploitant familial à Bamba Thialène (Koumpentoum) Sénégal
Le 12 décembre 2014

(suite…)

La souveraineté alimentaire est bien l’un des enjeux de la mobilisation populaire qui vient de mettre un terme aux 27 années de règne de Blaise Compaoré au Burkina Faso.

Elle témoigne du réveil d’une société civile qui ne veut plus se laisser conter des fariboles. Nous relayons deux témoignages qui sont aussi des analyses de la détermination qui anime ce peuple de 16 millions de personnes, dont 45% a moins de 15 ans, alors que le pays est classé 181ème sur 187, suivant l’indice de développement humain.

A la reconquête du « Pays des hommes intègres », par Inoussa Maïga, journaliste spécialisé dans le développement rural

 Les enfants sont particulièrement exposés à l'empoisonnement aux pesticides ET

La révolution des hommes intègres nous est également contée depuis Ouahigouya, au Nord du pays, près de la frontière malienne, par Germain Ouedraogo, fondateur et animateur de l’association Arcan:

31 octobre:
« Il y a une situation que les politiques ne comprennent pas; les peuples africains ont mûri très vite. L’opinion est assez alerte sur certaines questions, peut être en raison de l’accès aux TIC, peut être l’extrême jeunesse de la population; peut être le fait de la scolarisation, peut être les expériences malheureuses de nos jeunes états, peut être l’extrême pauvreté de la population.
Avant, il me semble que les politiciens manipulaient la rue mais aujourd’hui j’ai bien l’impression que c’est tout le contraire.
La rue demande le départ du président et une transition sous conduite de l’armée avec le Général Kouame LOUGUE à la tête. Cela me semble être la solution qui va nous satisfaire (pas seulement parce que je suis de la rue) car la classe politique a montré ses limites dans la gestion de l’état. Il faut restaurer l’autorité de l’Etat et qui mieux qu’un Général qui jouit de l’estime de la troupe ainsi que de la confiance de ses concitoyens? »

….

3 novembre:

« Mais, depuis le  départ de Blaise, c’est la confusion. Chacun veut le pouvoir, surtout ceux qui l’ont longtemps aidé à bâillonner son pauvre peuple (l’armée et les politiciens véreux). Le peuple après son acte courageux avait appelé le Général LOUGUE (Militaire à la retraite, patriote et digne) mais celui-ci n’a pas de commandement militaire et s’est heurté aux dictats des officiers supérieurs de l’armée corrompue à deux têtes. Alors, des organisations de la société civiles (que je dirais personnellement proches de la gauche) sont allés chercher le N°2 de la garde présidentielle (qui détient tout l’arsenal, la force militaire). Je pense à ça:
1. Le peuple, à travers les organisations de la société civile qui ont véritablement poussé Blaise à la sortie, n’a pas confiance dans la classe politique (même l’opposition qui pour la plupart a déjà composé avec Compaoré);
2. Les partis politiques d’opposition ont été surpris par la démission du président car ils (les politiciens) se satisfaisaient du retrait du projet de loi alors que le peuple a continué à mettre la pression sur le président pendant que les politiques ont montré que l’objectif était atteint, donc déjà il y a une distanciation entre les deux composantes;
3. Les partis d’opposition proches de la gauche (même si au Burkina ça ne semble pas vouloir dire grand chose), révolutionnaires ou Sankaristes semblent cautionner cette main mise de l’armée;
4.Les partis d’opposition ont réagi en retard en appelant à refuser le diktat de l’armée mais je pense que malgré la pression de la communauté internationale l’armée va s’accrocher un bout de temps.
NB: Je pense que le cas du Burkina est un cas d’école pour la succession d’un dictateur après un long règne: reste une société divisée dans ses composantes; d’abord l’armée car il y a toujours un corps d’élite surarmé (ici le régiment de sécurité présidentielle qui est une autre armée et qui a contribué à des rebellions en Afrique – Tchad pour installer Idriss Deby avant les années 90, Liberia, Sierra Leone, Angola en appui à l’UNITA de Jonas Savimbi à l’époque, Niger en appui à Feu Ibrahim Barre Mainassara, Au Togo pour Feu Eyadema, au Mali avec les rebelles Touarègues, au Rwanda avec Kagame, en Côte d’Ivoire avec les rebelles de Soro Guillaume- ) qui n’est jamais sur la même longueur d’ondes que le reste de la troupe; une opposition divisée car il y a toujours les opposants courageux qui n’ont jamais composé avec le dictateur et qui n’auront jamais totalement confiance dans les « Opposants » dits toujours « nouveaux », car ayant déjà composé avec le dinosaure (pour notre cas, les figures de proue de l’opposition sont surtout composées de cette deuxième catégorie); le dictateur comme ici, laisse une société civile divisée dans ses organisations car il aura fallu créer des organisations de la société civile phallocrates acquises à sa cause…
Et une communauté internationale qui intervient toujours après le départ du dictateur et qui n’aurait jamais rien fait pour le dissuader (ici CEDEAO, UA, UE, ONU…) mais qui vous envoie toujours des envoyés spéciaux (ce qu’ils auraient dû faire avec le dictateur pour l’amener à la raison)…
Ou est le peuple dans tout cela?
Aujourd’hui il me semble que notre impasse tient plus aux divisions de toutes ces factions voraces qu’à l’immaturité du peuple à gérer une transition qu’il a voulu et cherché.
J’ai le sentiment que l’armée va s’accrocher jusqu’en décembre prochain pour organiser les élections si la pression à présent des faiseurs de roi (les puissances France, USA et Union Européenne, ONU, UA et même CEDEAO) n’est pas forte, car l’opposition et la société civile vont continuer à se diviser et à regarder du côté de l’armée qui a déjà sauté sur le gâteau. Il reste également que le peuple peut encore avoir un sursaut d’orgueil face à ce que j’appellerais une « récupération de sa révolution » et, dans ce cas, je pense que ce sursaut pourrait venir des scolaires qui, durant la semaine de manifestation, avaient les classes fermées. Donc, c’est une impasse mais l’avenir ne s’est pas assombri, je crois que l’éclaircie est là, dans le regard de tous les Burkinabés, surtout les jeunes.
J’espère pouvoir vous conter encore l’évènement… »
Germain Ouedraogo

Les petits paysans constituent plus de la moitié de la population de la terre mais sont partout atteints par le rouleau compresseur de la globalisation des échanges. Droit à la terre, à la transmission des semences, à la souveraineté alimentaire… les motifs de luttes paysannes s’accumulent. Répression policière, suicides consécutifs de faillite ou maladie liées à l’abus de produits phytosanitaires, la mortalité paysanne est élevée.

Si 40 % de la population mondiale vit de l’agriculture (soit 2,6 milliards de personnes dont 1,3 milliards d’actifs), les agricultures familiales représentent l’écrasante majorité (500 millions d’exploitations agricoles). Ce sont elles qui créent le plus d’emplois et qui ont absorbé l’essentiel des 350 millions de nouveaux actifs agricoles des 30 dernières années.
A l’encontre des idées reçues, les exploitations disposant de 50 ha et plus, et ayant recours au travail salarié, représentent seulement 1 % des exploitations et n’emploient que quelques millions de personnes. A l’opposé, l’agriculture familiale désigne une pratique agricole où la famille prend les décisions en matière de production et d’organisation du travail, et possède une partie importante des moyens de production.

Image

En Afrique, les exploitations familiales représentent près de 80 % des exploitations avec moins de 2 hectares comme superficie agricole moyenne et un équipement rudimentaire, manuel le plus souvent. Malgré le niveau élevé d’importations agricoles de leurs pays, ces agricultures familiales ont été capables de contribuer de manière significative à l’alimentation des villes, à la fois sur les produits vivriers de base (céréales et tubercules) mais aussi sur les produits de diversification alimentaire comme les légumes, le lait, les fruits et les oléagineux.
De plus, dans les pays en développement, les exploitations familiales développent des stratégies pour assurer la sécurité alimentaire du groupe familial, tout en s’adaptant en partie aux effets du réchauffement climatique : elles jouent un rôle central dans la lutte contre la faim.

« La sécurité alimentaire doit se construire autour du renforcement des capacités des petits agriculteurs. Garantir leur accès à des ressources productives est essentiel à cet égard » clame le Rapporteur spécial des Nations Unies pour le Droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, lançant un appel en faveur d’investissements prioritaires dans des formes d’agriculture agro-écologiques pour contribuer à la réduction de la pauvreté.
« Les pays riches doivent progressivement rompre avec les politiques agricoles tournées vers l’exportation et permettre au contraire aux petits agriculteurs des pays en développement d’approvisionner les marchés locaux» a encore déclaré M. De Schutter à Genève en mars 2014. « Ils doivent également refréner leurs revendications grandissantes de terres agricoles mondiales en maîtrisant la demande en alimentation animale et en agro-carburants, et en réduisant les gaspillages alimentaires. »

Les recommandations de O. De Schutter font écho aux revendications de la Via Campesina qui est à l’origine de la Journée internationale des luttes paysannes et qui explique quant à elle : « Durant notre journée internationale, nous dénoncerons aussi les transnationales, l’agro-industrie, l’usage de produits toxiques et de la modification génétique », autant de « progrès » liés à l’appétit des pays les plus riches et qui conduit de manière pernicieuse à l’accaparement des terres privant les petits paysans de leur moyen de subsistance, ainsi qu’à l’appauvrissement de la biodiversité des régions concernées par les monocultures intensives (soja pour nourrir le bétail ou huile de palme pour l’agroalimentaire, entre autres…).

… Et si, ce 17 avril, nous regardions d’un œil neuf le paysage agricole qui nous entoure, aussi bien que le contenu de notre caddy de supermarché et songions que : « Partout dans le monde, nos luttes locales participent à un seul et même combat, celui de la souveraineté alimentaire ! »… ?

Cette remise en question de nos habitudes est, pour le Luxembourg, tout le sens de la démarche menée par la plate-forme « Meng-Landwirtschaft* » et qui rassemble des organisations très diverses partageant l’ambition de voir notre mode de production agricole se réformer.

Marine Lefebvre, SOS Faim pour la plate-forme Meng Landwirtschaft

*natur&ëmwelt asbl, Bio-Lëtzebuerg, Greenpeace Luxemburg, Action Solidarité Tiers Monde, SOS Faim Luxembourg, Mouvement Ecologique, Caritas Luxembourg, etika, CELL, attac, Slow Food Luxembourg, Cercle de Coopération, Aide à l’Enfance de l’Inde und Lëtzebuerger Landesverband fir Beienzuucht.

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