Sécurité Alimentaire


L’agriculture familiale est la forme dominante d’organisation de ce secteur d’activité au niveau mondial. Pas la plus puissante, mais la plus nombreuse. Redevenue prioritaire depuis la fin des années 2000, ses réalités sont multiples et mal connues. Pour profiter à plein de ses avantages, il s’agit de mieux la connaître et d’inciter les États à la mettre au coeur de leurs politiques de développement. Sans oublier d’en corriger les effets pervers.

Les chercheurs du Cirad chargés par l’Agence Française de développement (AFD) d’un rapport sur l’agriculture familiale écrivent que « l’essentiel des volumes des productions alimentaires de base (céréales – riz, mils et sorgho – tubercules et plantains), provient des agricultures familiales. [voir infographie p.8] Avec un effectif se situant autour des 500 millions d’exploitations agricoles, ce sont ces agricultures qui créent le plus d’emplois et qui ont absorbé l’essentiel des 350 millions de nouveaux actifs agricoles des trente dernières années »[1].

Les réalités que recouvre l’agriculture familiale sont pourtant mal définies et les politiques publiques qui lui sont destinées sont le plus souvent inadaptées. Pour sortir de ce paradoxe, à l’aube de l’Année internationale de l’agriculture familiale, il était important de mieux cerner les contours et les contributions possibles de l’agriculture familiale à la sécurité alimentaire et à un développement durable.

Les chercheurs du Cirad ont passé l’agriculture familiale au crible de cinq critères classiques de distinction des modes d’organisation des activités économiques : nature du capital, mode de gestion, statut de la main-d’oeuvre, recours éventuel à l’autoconsommation, statut juridique. Ils en ont déduit que seul celui de la main-d’oeuvre (ou des relations de travail) permettait d’opérer une distinction claire entre types d’agriculture, quelle que soit la région du monde considérée, quel que soit le contexte institutionnel et politique.

Des agricultures familiales

 » Lorsque la sphère domestique n’est pas dissociable de la sphère de production, on se trouve dans un cas de figure d’agriculture familiale, explique Jean-Michel Sourisseau, l’un des auteurs du rapport du Cirad. Dès qu’il y a un début de déconnexion entre ces deux sphères, on passe à une logique d’entreprise, qu’elle soit patronale ou industrielle ».

01

Les agricultures familiales contribuent à la sécurité

« Concrètement, dès qu’une part des bénéfices est destinée à salarier un tiers, même à temps partiel, on n’est plus dans une situation d’agriculture familiale, on commence à entrer dans une autre logique. À nos yeux, c’est le critère le plus robuste pour distinguer les formes d’agriculture familiale des autres. « 

Ainsi définie, l’agriculture familiale peut prendre des formes multiples. À travers le monde, au sein même d’une sous-région, les familles d’agriculteurs peuvent avoir de plus ou moins grandes facilités d’accès aux ressources telles que les semences, les engrais, etc. Elles disposent de capacités d’investissement très variables selon qu’elles ont des fonds propres ou non, selon qu’elles bénéficient ou non d’accès à des crédits. Leur insertion sur les marchés, en aval de leurs productions, peut être très différente : marché de proximité pour les rares surplus, marchés locaux d’approvisionnement pour des populations urbaines par exemple, marchés internationaux de niche (comme les fruits bio ou le café équitable) ou de commodités (produits courants, peu variables d’un producteur à l’autre, comme le coton ou la banane).

Amis_du_Kivu_SOSFaim(1)

Ré-armer les États

Pour mieux appréhender la diversité de situations dans lesquelles se trouvent les agricultures familiales, « c’est au niveau des États que l’on peut élaborer des diagnostics plus précis, différenciés, estime Denis Pesche. Il s’agit de restaurer la légitimité des cadres nationaux pour développer les agricultures au Sud. Les politiques d’ajustement structurel des décennies précédentes ont désarmé en grande partie les États. »

Les défenseurs de l’agriculture familiale critiquent rarement le patriarcat.

Ré-armer les États ? Jean-Michel Sourisseau rappelle que là où les agricultures se sont développées au point de garantir la sécurité alimentaire des populations, « ça ne s’est pas fait seulement grâce aux marchés, mais surtout à grands pas de politiques de prix ». Réussir une transition d’une agriculture de subsistance vers une agriculture de sécurité alimentaire durable passe alors par des mesures de protection, « comme lorsque les producteurs de pommes de terres guinéens ont obtenu de leur gouvernement une suspension saisonnière de l’importation de pommes de terres européennes dont le prix de vente était déloyal », rappelle Denis Pesche. « En Afrique, l’enjeu est aussi de rendre les marchés régionaux plus fluides, ajoute-t-il. Les États doivent garantir la possibilité des transports à travers des infrastructures adaptées, ainsi que leur sécurité en réduisant les nombreux prélèvements plus ou moins légitimes (taxes, bakchichs, …) qui affectent les transports de denrées alimentaires. »

Transformer plutôt que soutenir

Les agricultures familiales sont perçues comme plus susceptibles que d’autres de respecter l’environnement, de contribuer à la sécurité alimentaire, de faire face aux enjeux du réchauffement climatique. Elles ne sont pas exemptes de risques pour autant. Quand logique familiale et logique de production se confondent, on ne « compte pas ses heures ». L’autoexploitation ou la surexploitation n’est pas loin. Surtout dans des contextes de patriarcat où les femmes se trouvent dans une situation d’infériorité et où les plus jeunes n’ont pas voix au chapitre sur les décisions concernant l’exploitation familiale.

Comment s’appuyer sur les avantages de l’agriculture familiale tout en corrigeant ses effets pervers ? Pas en privilégiant des politiques d’individualisation des droits, estiment les auteurs du rapport. D’une manière générale, ces politiques « sont porteuses d’émancipation des personnes, mais dans la pratique du monde agricole, elles peuvent déboucher aussi sur des effets pervers, ose Jean-Michel Sourisseau : fragmentation des terres, réduction de la taille des exploitations, … »

Quelle orientation suivre, alors ? Pour Jean-Michel Sourisseau, il s’agit de « conserver les logiques productives en commun tout en modifiant les rapports de force internes aux familles. » En élaborant des statuts particuliers auxquels seraient attachés des droits protégeant les femmes et les jeunes, sur le mode du « conjoint aidant » qui existe dans certaines législations occidentales. Ou en innovant dans les processus décisionnels, comme l’expérimente la Fédération paysanne sénégalaise (Fongs) à travers des « assemblées de famille », qui offrent un cadre plus formel et plus démocratique de concertation, de planification et de suivi des activités.

Il ne s’agit pas tant de soutenir les agricultures familiales que de chercher à les transformer. La route est encore longue, « les défenseurs de l’agriculture familiale eux-mêmes faisant rarement le lien entre relation de travail intrafamiliale et reproduction du patriarcat », pointe Jean-Michel Sourisseau. Autre frein : les mesures visant une transformation des agricultures paysannes relèvent d’autres secteurs que les ministères de l’Agriculture. L’enjeu ici est dans le développement d’une culture gouvernementale interministérielle et transversale.

Choix de développement

À quoi correspond cet engouement pour l’agriculture familiale ? On se souvient qu’en 2008, la Banque mondiale elle-même s’est mise à chanter les louanges de l’agriculture familiale comme support à une véritable politique de sécurité alimentaire. La perspective restait néanmoins, à moyen et à long terme, de connecter les agriculteurs du Sud aux marchés internationaux. Et la vision linéaire du développement de l’agriculture, inspirée de celui des agricultures des pays industrialisés, restait sous-jacente. Soutenir l’agriculture familiale ne serait qu’une étape vers une intensification voire une industrialisation de la production.

Pour les chercheurs du Cirad, cette vision – qui reste  dominante– se heurte aujourd’hui à deux grands écueils.

Les agricultures familiales respectent l’environnement.

Tout d’abord, les pays du Sud qui n’ont pas réalisé leur transition démographique et qui ne disposent pas d’industries manufacturières et encore moins d’activités de services sont incapables d’absorber la main-d’oeuvre qui proviendrait d’une industrialisation ou d’une intensification mécanique de leurs agricultures.

Dans ces pays-là, la voie de l’agriculture familiale est la plus réaliste et la plus efficace, estiment les auteurs du rapport. Et de préconiser dans ce cas d’y mener des politiques basées sur une économie vivrière et locale, incluant néanmoins la réduction de la pénibilité du travail.

Ensuite, au niveau mondial, le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources pétrolières (matières premières des engrais chimiques) et les effets environnementaux néfastes de l’agrochimie font de la question énergétique une priorité. « Au niveau des énergies fossiles, on va dans l’impasse, estime Denis Pesche. La priorité, c’est de développer des pratiques agricoles les moins énergivores possibles. »

Dans cette perspective, la fécondation mutuelle des agricultures familiales et des pratiques d’agroécologie semble être l’une des pistes les plus prometteuses

Un article rédigé par Emmanuel De Loeul, paru dans la revue de SOS Faim Défis Sud numéro 116, janvier 2014.

Avec les contributions de :

Denis Pesche,

Sociologue, chercheur au Cirad, spécialiste des organisations de producteurs.

Jean-Michel Sourisseau, agroéconomiste, chercheur au Cirad, coauteur du récent rapport « Les agricultures familiales du monde » rédigé sur demande de l’Agence française de développement (AFD).

La définition proposée par les chercheurs du Cirad: L’agriculture familiale est « une des formes d’organisation de la production agricole regroupant des exploitations caractérisées par des liens organiques entre la famille et l’unité de production et par la mobilisation du travail familial excluant le salariat permanent. Ces liens se matérialisent par l’inclusion du capital productif dans le patrimoine familial et par la combinaison de logiques domestiques et d’exploitation, marchandes et non marchandes, dans les processus d’allocation du travail familial et de sa rémunération, ainsi que dans les choix de répartition des produits entre consommations finales, consommations intermédiaires, investissements et accumulation ».


[1]              : Les agricultures familiales du monde. Définition, contributions et politiques publiques. Résumé exécutif, collectif, CIRAD, mai 2013, p. vii

Publicités

« Chez moi au Burkina, je me sens privilégié ; je fais en sorte d’avoir toujours un plat de riz à offrir à ceux qui en manquent et je mange moi-même peu, mais quand je suis au Luxembourg, il me semble qu’il y a trop de nourriture qui va se perdre et je ne peux m’empêcher de finir tous les plats. » explique Germain en retenant sur la table les assiettes que les serveurs voudraient retirer.

2013-10-05 20.30.39

Comme toujours pour SOS Faim, la visite de partenaires venus d’Afrique de l’Ouest est l’occasion d’enrichissants échanges et de réflexions sur nos modes de vie respectifs. Si tous les thèmes peuvent être successivement abordés dans des conversations à bâtons rompus, l’alimentation demeure un thème saillant, et d’autant plus exemplaire que nos environnements sont en tous points opposés : alors que (selon les statistiques publiées mardi 1er octobre par la FAO) sur les 842 millions de personnes (chiffre minimum) qui souffrent toujours de la faim, 223 millions vivent en Afrique et tout particulièrement dans le monde rural de la zone subsaharienne, le petit Luxembourg, avec ses 500 000 habitants, a, pour la seule année 2010, et selon l’étude menée par l’Administration de l’environnement, jeté 58.000 tonnes de déchets alimentaires, soit 115 kg par habitant. Le gaspillage est si étroitement imbriqué dans notre société de consommation que l’administration luxembourgeoise n’avait auparavant réalisé aucune étude sur la question jusqu’à ce que le thème soit mis sur la table par la Commission européenne qui s’est fixé comme objectif de réduire les quantités de déchets alimentaires de 50% d’ici 2025. Connaître le volume de nos déchets est une première étape sur la voie de leur réduction, mais comment oser avouer ces chiffres à nos amis du Burkina Faso où « faire deux repas par jour, c’est être privilégié »?

(suite…)

Avec la raréfaction des terres disponibles, la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs, en particulier dans les régions sahéliennes, est un enjeu de plus en plus crucial pour les pays d’Afrique sub-saharienne.

IMG_1639Contribuer à la modernisation et au développement durable de l’élevage des ruminants au Bénin est la mission que s’est fixée depuis 2007 l’Association Nationale des Organisations Professionnelles des Eleveurs de Ruminants du Bénin (ANOPER) dans un contexte où les tensions sont exacerbées par la raréfaction des pâturages et les nouvelles pratiques des agriculteurs. Confrontés au manque de main d’œuvre et poussés par leur gouvernement à pratiquer une agriculture extensive, les agriculteurs béninois ont trouvé une solution : l’utilisation d’herbicides remplace la lente préparation de la terre à la houe. Dépourvus de mécanisation, les agriculteurs peuvent ainsi « travailler » 20 ha aux herbicides, au lieu de 2 ha à la main!
Conséquences ? Une « productivité horaire » bien supérieure, certes, mais au prix de lourdes pertes dans les troupeaux des pasteurs qui, transhumance oblige, empiètent parfois sur les champs des agriculteurs, mangent les plantes arrosées d’herbicides … avant de succomber au poison avalé. Appliqués sans protection, manipulés sans précaution, les herbicides sont en outre un danger évident pour les agriculteurs et leurs familles elles-mêmes. « Tant pis pour la santé », nous répondent pourtant les membres des organisations paysannes rencontrés.

(suite…)

Avec un taux d’insécurité alimentaire qui avoisine les 20%, la partie septentrionale du Cameroun, frontalière du Tchad et du Nigeria, est menacée par la famine, nous a alerté le réseau de nos partenaires locaux, alerte reprise par l’agence de presse APA.

Sorgho

Malheureusement encore récurrentes dans la zone sahélienne, les crises alimentaires ne devraient plus se produire dans un pays comme le Cameroun, au cœur de l’Afrique centrale et côtier, dont la croissance du PIB approche les 5% et qui connaît une situation politique parfaitement stable, avec un Président, Paul Biya, en place depuis 1982. Le potentiel agricole du Cameroun est immense : très grande diversité agro-écologique, vaste réseau hydrographique, d’immenses terres agricoles … dont 29% seulement sont mises en valeur. En y achetant des terres fertiles notamment pour la production d’huile de palme, les compagnies étrangères font de rapides retours sur investissement et ne contribuent en rien à l’amélioration de la sécurité alimentaire mais s’engagent au contraire dans des pratiques nuisibles d’accaparement des terres. Dans le même temps, les populations du Nord Cameroun connaissent une grave pénurie de denrées de consommation courante, telles que le maïs, le mil, le riz, le sorgho.

En juin, on a observé une hausse de 15 à 25 % sur le prix du sac de mil, pourtant produit dans la région. La cherté des denrées de base prouvent leur rareté et rend difficile leur achat par des populations qui restent parmi les plus pauvres du pays. Si les aléas climatiques ont entraîné des récoltes médiocres, la propension des agriculteurs à vendre leurs produits au Nigeria et au Tchad voisins où il y aurait une meilleure rémunération, aggravent la situation de pénurie dans une région enclavée par le manque d’infrastructures : c’est une piste goudronnée mais fortement détériorée de 1000 km qui relie le Sud du pays à la première ville d’importance du Nord, Garoua.

(suite…)

la-faim-tue

Jean Feyder, ancien Représentant du Luxembourg auprès des Organisations internationales à Genève, auteur de La faim tue (l’Harmattan, 2011), membre de SOS Faim, nous livre ses analyses suite à sa participation au dernier Forum Social Mondial de Tunis en mars 2013.

J’ai été frappé de constater la place importante que dans les activités du Forum Social Mondial les questions liées à l’agriculture et à la paysannerie au niveau  mondial ont occupée.

Cela a d’abord été dû à la présence et à l’engagement de La Via Campesina.

LVC a d’abord animé un  atelier dans le cadre de Climate Justice/Space  2013 (voir ci-après) consacré à ‘La souveraineté alimentaire, l’agro-écologie et le slow food comme solutions aux dérèglements climatiques’.

LVC a, en plus, organisé des ateliers sur les thèmes suivants :

  • Globalisons le mouvement paysan et défendons la souveraineté alimentaire’,
  • ‘Pour la souveraineté alimentaire : Non aux Accords de Libre Echange (APE) entre l’Afrique et l’Europe,
  • ‘Faire pousser le pouvoir avec les systèmes de semences paysans : Lutte contre les OGMs Agra – 2ième révolution verte’,
  • ‘Lutte contre les accaparements de terre : renforcement des alliances internationales’, Campagne du mouvement paysan contre les violences faites aux femmes.

              Le Forum Mondial des Alternatives a organisé une réunion sur le thème : La question agraire, Critique des théories et pratiques dominantes. Reformulations théoriques des alternatives radicales’ où  j’ai été invité à participer à côté d’autres spécialistes de la question de Chine, de l’Inde, du Maroc, du Sénégal et  le professeur Jacques Berthelot.

              Brot für die Welt a examiné ‘L’impact de la dépendance élevée à l’importation des aliments, surtout de blé et la viande, en Afrique du nord et de l’ouest, sur la sécurité alimentaire et le stabilité sociale’, Attac France s’est engagé en faveur de la défense de la promotion des paysanneries du monde, Peuples Solidaires s’est penché sur la question de l’Accaparement des terres –Rencontre des plateformes nationales, la CIDSE a thématisé la question de l’impact des agro-carburants sur le droit à l’alimentation dans le contexte de la souveraineté alimentaire et énergétique. Le CNCD 11.11.11 belge a organisé un atelier sur la souveraineté alimentaire versus souveraineté énergétique : l’impact des agro-carburants sur le droit à l’alimentation. Actionaid International a sensibilisé sur l’investissement responsable dans l’agriculture, Attac a tenu  un atelier sur le thème ‘Faire progresser la souveraineté alimentaire à partir de l’expérience de l’Afrique de l’Ouest’. Le CNCD 11.11.11, l’Institute for Agriculture and Trade Policy et le Kenya Debt Relief Network et Attac France ont organisé un atelier sur le thème ‘Echanges, investissements et règles des marchés des matières premières : effet sur la sécurité alimentaire’.

(suite…)

Tandis que les dirigeants mondiaux se rassemblent cette semaine à Londres à l’occasion du très médiatisée ‘Sommet de la faim’ pour avaliser des initiatives visant la “modernisation” de l’agriculture africaine, 57 organisations d’agriculteurs et de la société civile de 37 pays ont dénoncé ces projets, les qualifiant de « nouvelle vague de colonialisme ».

Transport du coton au Mali, copyright SOS Faim
« La mainmise des grands groupes sur l’agriculture et la terre ne peut qu’exacerber la faim », affirment les associations des sociétés civiles africaines. « Les initiatives actuelles de “modernisation” de l’agriculture africaine cachent une manœuvre qui ne vise qu’à ouvrir les marchés et à fournir aux multinationales de l’espace pour garantir leurs bénéfices. Les technologies de la Révolution verte – et les changements juridiques et institutionnels introduits pour la mettre en place – ne serviront qu’à quelques-uns, en laissant de côté la grande majorité. »

(suite…)

« Chaque mois, SOS Faim relaie le travail et les préoccupations de ses partenaires africains qui œuvrent pour le développement des exploitations agricoles familiales et pour la souveraineté alimentaire. »

200ème chronique SOS Faim pour Le Quotidien

famille_au_champ

En 2013, SOS Faim a 20 ans, La Voix du paysan (LVDP) camerounais, 25. Et au-delà des anniversaires symboliques, un autre point commun : l’ambition de contribuer à l’éradication de la pauvreté dans le monde rural par le renforcement d’une agriculture familiale rentable et productive. C’est dans cette optique que SOS Faim, depuis ses débuts, apporte son soutien au SAILD (Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement), une ONG camerounaise qui accompagne le développement du mouvement paysan  dans ce pays d’Afrique central. LVDP, « mensuel de l’entrepreneur rural » est l’un des outils mis en œuvre par le SAILD depuis 1988 pour insuffler une dynamique nouvelle à un monde paysan abandonné par les politiques publiques. Les résultats sont là : en 25 ans, l’image de l’agriculture et du paysan s’est profondément transformée. Marie-Pauline Voufo, directrice adjointe de la publication de LVDP est formelle : « Depuis les émeutes de la faim de 2008, on sent une attirance nouvelle pour l’agriculture. Ces dernières années, nous avons fait plusieurs dossiers pour prouver qu’on peut « réussir le retour au village ». Nous avons montré plusieurs exemples de succès et on observe que de plus en plus de jeunes entrent en agriculture ; certains quittent même la Fac pour tenter leur chance au village ! »

L’observation de cette tendance pousse le SAILD et La Voix du Paysan à organiser des journées d’information sur l’insertion des jeunes en milieu rural et à y recueillir des témoignages, tel celui de Véronique : « Au village, je cultive de manière artisanale. Mon fils, qui fait des études, pourra améliorer notre manière de travailler s’il s’applique bien. Je souhaite qu’il s’intéresse tôt à l’agriculture et se forme. Il pourra produire mieux que moi et gagner plus d’argent. Avec l’emploi qui est dur à trouver de nos jours, il vaut mieux guider l’enfant très tôt vers ce qui pourra lui permettre demain de gagner son pain.» Témoin aussi, Elysée, 28 ans et diplômé d’un CAP en maçonnerie qui a le projet de rentrer au village pour produire « le cacao, le palmier à huile et le plantain qui y produisent bien et sont rentables », mais à qui il manque… les fonds de départ.

(suite…)

« Page précédentePage suivante »