Évaluées à  quelques 202 millions d’hectares par la Banque mondiale, les terres agricoles africaines font l’objet de projets d’investissements étrangers croissants, mais qui n’ont que peu à voir avec l’amélioration des conditions de vie des populations locales.

 

L’association Alternative Espace Citoyen basée au Niger nous alerte sur un accord de partenariat public/ privé pour l’obtention d’un bail concernant 120 000 hectares de terres agricoles et pastorales dans le bassin du lac Tchad, terres largement occupées et utilisées aujourd’hui  par des petits producteurs et éleveurs. Dans un pays classé au dernier rang selon l’indice de développement humain (IDH), où la superficie moyenne des exploitations agricoles est seulement de 4,12 hectares, et où les rendements ne suffisent pas à couvrir les besoins alimentaires des ménages, la démarche des investisseurs venus du Royaume Saoudien est jugée suspecte. La société privée saoudienne Al Horaish se propose d’investir plusieurs milliards de franc CFA à travers une filiale nigérienne pour développer un projet d’agrobusiness recouvrant la plus vaste zone d’implantation jamais envisagée au Niger.

Plusieurs organisations de la société civile du Niger soutiennent le rapport de l’Observatoire sur le droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire au Niger, qui estime qu’en l’absence d’une étude d’impacts, les pouvoirs publics doivent prendre en considération trois principaux risques associés à de tels projets d’aménagement. Le principal risque est celui de voir « l’orientation vers les agro-carburants ou l’exportation» pénaliser « la sécurité alimentaire tout en ayant de faibles retombées fiscales pour les États»;  ensuite, celui de voir les investissements à  grande échelle provoquer « une crise des systèmes d’agriculture familiale en accentuant la pression sur les terres, et en provoquant une exclusion de l’élevage ».DSCN3345 Ultime risque, celui que « la forte mécanisation introduite dans le sillage de ces entreprises réduise l’emploi agricole et accélère ainsi l’exode rural ».

 

Les organisations de la société civile dénoncent un projet qui n’apportera rien de positif : outre le manque à gagner pour l’Etat, conséquence des divers avantages fiscaux prévus aussi bien pendant la phase de conception et de réalisation du projet, que pendant la phase d’exploitation, le projet saoudien vise à produire des denrées alimentaires « à destination de la sous -région ouest-africaine, alors qu’il est de notoriété publique que, même en période de bonnes récoltes, la production alimentaire nationale est insuffisante pour couvrir les besoins de la population. »

« Les grands projets d’aménagement agricole tels que celui porté par la société Al Horaish permettront sans doute d’accroitre la production agro-pastorale; mais, ils ne pourront certainement pas avoir autant d’impact positif sur la sécurité alimentaire et le niveau de revenus des populations riveraines du bassin du lac Tchad que les petites exploitations familiales. »

« Aujourd’hui,  bien  que  le  pays  ait  consacré  explicitement  le  droit  à  l’alimentation comme un droit humain fondamental à travers sa Constitution, aucun changement majeur n’est  intervenu  ni  en  matière  de  politiques  publiques,  ni  en  matière  de  financement  des secteurs  de  l’agriculture  et  de  l’élevage», dénonce Ibrahim Diori, un des auteurs du rapport.

L’espoir est du côté de la société civile qui redresse la tête et s’engage à ne plus « se laisser mener par le bout du nez ». La lutte ne fait que commencer, mais elle est belle et bien engagée pour tenter de contrer les collusions qui font de quelques potentats locaux les seuls à bénéficier de ce type d’investissements étrangers !

Marine Lefebvre

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