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Le Niger est régulièrement confronté à des crises alimentaires à présent aggravés par un conflit armé et une croissance démographique sans précédents !

Classé 188ème sur 188 pays selon l’Indice de Développement Humain, le Niger affiche des indicateurs peu enviables: une espérance de vie de 61 ans, une population dont 48% vit en dessous du seuil national de pauvreté, une situation alimentaire dramatique (13% de la population sous-alimentée), une mortalité infantile de plus de 8% et un revenu national brut par habitant de 410 USD. Le Niger est confronté à de nombreux défis pour répondre aux besoins d’une population jeune, en pleine croissance.

Alors qu’ils n’étaient que 3 millions en 1960 lors de l’indépendance, la population nigérienne a atteint les 20,5 millions en 2015 contre 13,9 millions en 2005. Cette rapide évolution s’explique par une baisse générale du taux de mortalité et un maintien du taux de fécondité à un niveau élevé (une moyenne de 6,89 enfants par femme !). Selon les projections de l’ONU, la population nigérienne devrait atteindre les 72 millions en 2050 et 209 millions d’ici 2100. Cette croissance pose d’importants défis dans les domaines de l’agriculture, de l’environnement, de la santé, de l’éducation, de l’emploi, de l’habitat, etc. Le maintien du taux annuel de croissance démographique qui a atteint les 3,8%, compromettra tous les efforts de développement qui seront entrepris dans les années à venir. Dans quelle mesure le Niger va-t-il pouvoir répondre à ce boom démographique?

La population du Niger est une population rurale, quasi exclusivement dépendante de sa production agricole. La croissance démographique du Niger va entrainer une augmentation de la demande alimentaire. On estime  que le Niger devra produire 180 000 tonnes supplémentaires de céréales chaque année pour nourrir sa population. La situation alimentaire est pourtant déjà dramatique : un Nigérien sur 5 n’a pas accès aux trois repas quotidien et un enfant sur deux âgés de 0 à 5 ans souffre de malnutrition chronique. Le développement du secteur agricole est donc essentiel tant pour nourrir cette population grandissante que pour offrir des possibilités d’emplois à ces millions d’hommes et de femmes qui voient dans l’agriculture leur seul moyen de subsistance.

Et pourtant, le Niger possède de nombreux atouts pour le développement de l’agriculture et l’amélioration de la sécurité alimentaire de sa population. Ces atouts ce sont notamment des terres, des ressources en eau de surface et souterraine, des filières prometteuses (oignon, niébé, gomme arabique, etc.). Bien décidé à saisir ces opportunités de développement, le gouvernement nigérien à lancé en 2012 l’« Initiative 3N – Les Nigériens nourrissent les Nigériens », une stratégie nationale de lutte contre l’insécurité alimentaire et de développement agricole. Cette initiative vise à mettre les Nigériens à l’abri de la faim et donner au secteur agricole les moyens de jouer pleinement son rôle de vecteur de la croissance économique.

Malheureusement, à l’heure d’aujourd’hui la priorité de l’État semble être de renforcer son potentiel militaire en riposte aux menaces du groupe terroriste Boko Haram. Depuis février 2015, la région de Diffa, au sud Est du Niger est le théâtre de combats et de violences faisant de nombreuses victimes. La région accueille également des dizaines de milliers de déplacés interne et réfugiés qui fuient le Nigeria. La production agricole essentiellement localisée sur les berges du lac Tchad a chuté en raison des risques d’attaques. Des milliers d’éleveurs nomades sont bloqués dans des régions où le pâturage et l’eau sont insuffisants pour le bétail. Cette situation pèse davantage sur les ressources et les moyens de subsistances des communautés locales qui se trouvent déjà dans une situation précaire…

De nombreux défis pour le Niger qui ne pourront être relevés sans un plan démographique durable visant à diminuer le taux de fertilité et ainsi enclencher une réelle transition démographique pour que les naissances d’aujourd’hui ne deviennent pas un fardeau pour la société de demain.

Cécile Havard

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