Imaginons plusieurs scénarii… Vous tombez malade et vous ne pouvez pas payer votre traitement. Vous avez un accident qui vous empêche de pouvoir continuer à travailler, vous ne percevez dès lors plus de revenus : vos enfants doivent travailler au lieu d’aller à l’école. La sécheresse touche votre région, les prix des denrées alimentaires s’envolent et les pertes de votre bétail s’accumulent : vous ne pouvez plus nourrir votre famille. Votre récolte est ravagée, vous ne pouvez pas acheter les engrais et semences indispensables pour votre future récolte : vous ne pouvez pas continuer votre activité agricole, vous vendez votre exploitation, vous n’avez plus de logement. Vous travaillez toute votre vie mais vous ne percevrez pas de pension : vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins et ceux de votre famille.

Ces scénarii vous semblent-ils invraisemblables ? Et pourtant, cette réalité touche  plus de 70% de la population mondiale qui vit sans protection sociale. La sécurité sociale est considérée comme un droit fondamental reconnu par l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[2] :

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Certains perçoivent la protection sociale comme un « luxe » dont les pays pauvres ne peuvent se doter ou encore comme un obstacle à l’optimalisation de la compétitivité économique pour les pays riches. Pourtant, de nombreux exemples démontrent qu’il est possible de poser les jalons d’un système de protection sociale, quel que soit le niveau de développement économique d’un pays et ce, tout en favorisant le développement économique de ce dernier.

Prenons l’exemple d’un pays émergent : le Brésil. Celui-ci a lancé en 2003 un programme visant à stimuler la croissance et le progrès social au sein de son pays à travers  le programme intitulé « Bolsa Familia Program (BFP)». Ce programme a permis d’accélérer l’extension de la couverture de protection sociale et l’augmentation des salaires minimaux tout en maintenant la croissance du développement économique. Le Brésil n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui tend à démontrer que la protection sociale favorise la croissance inclusive, la justice sociale, le développement humain et la stabilité politique d’un pays.

Le 16 octobre 2015, nous célébrons la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA) avec comme thème central : « Protection sociale et agriculture – briser le cercle vicieux de la pauvreté rurale ». La protection sociale est définie par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme:

« un ensemble de mesures, de programmes et d’interventions visant à protéger les individus qui connaissent la pauvreté et l’insécurité alimentaire ou sont susceptibles d’y être exposés».

La protection sociale est un droit fondamental reconnu pour ses effets bénéfiques. Et pourtant, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 73% des êtres humains n’ont pas accès à la protection sociale. La majorité d’entre eux vit dans les zones rurales des pays en développement et dépend essentiellement de l’agriculture. A travers le monde, 500 millions d’agriculteurs veulent vivre de leur travail et nourrir leur famille. Ces paysans n’ont ni tracteur, ni subvention de la Politique agricole commune (PAC), ni couverture sociale. Ils sont les premiers à subir les aléas climatiques avec, au Sahel en particulier, des saisons de pluies de plus en plus irrégulières occasionnant des perturbations importantes dans le calendrier agricole, des sécheresses, des inondations, une désertification galopante, etc…

« Éradiquer la faim » fait partie des objectifs du développement durables (ODD) adoptés par l’ONU en septembre. Dans le monde, 870 millions d’êtres humains souffrent de la faim. La protection sociale a un impact immédiat sur la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, mais elle demeure toutefois un privilège ! Selon la FAO, les programmes de protection sociale peuvent contribuer à « l’accroissement des revenus tirés des exploitations agricoles, du rendement des cultures et de la productivité de l’élevage ». La protection sociale est donc tout sauf un luxe. C’est un droit fondamental de lutte contre les inégalités et la pauvreté.

« Nous devons non seulement lutter contre la faim, mais aussi contre les conditions qui en sont à l’origine… Il est indispensable de construire un avenir pour tous afin d’assurer un avenir acceptable : soyons la génération faim zéro ! » (FAO, 2015)

Cécile Havard

http://www.sosfaim.org

SPOT de la FAO à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation 2015: