Que peuvent les petits paysans d’Afrique face aux grosses exploitations de monocultures mécanisées ? …Avec de l’apprentissage et de la matière organique, ils pourraient devenir des acteurs majeurs de la transition vers un nouveau système de production agricole !

En 60 ans, le Luxembourg a perdu 10 000 de ses 13 578 exploitations agricoles. En moyenne, ce sont 2,5% des exploitations agricoles qui disparaissent chaque année. Dans le même temps, depuis les années 1950, la part de l’agriculture dans le PIB luxembourgeois est passée de 1 à 0,3% (chiffres cités par la plateforme MengLandwirtschaft).
Malgré ces chiffres éloquents, on continue de nous dire que la logique de la concentration (on est passé en moyenne de 10,6ha par exploitations, à 64ha) serait la seule susceptible de sauver le monde agricole !!?
Heureusement, de multiples « fermes expérimentales » ont montré au cours de ces dernières années que l’efficacité d’une exploitation dépend moins de son degré de technicité que de son intelligence : l’idée est de rechercher le système le plus efficace et le plus productif possible, utilisant le moins d’énergie, le moins de dépenses et d’éléments venant de l’extérieur, où l’agriculture devient un modèle d’économie circulaire, au service de l’épanouissement de l’être humain !

Cette approche dite « permaculturelle » passe par le retour aux bonnes pratiques acquises depuis des siècles par des paysans qui observaient la nature et que l’on a oubliées en recourant aux machines. Rien de passéiste ni de réactionnaire pour autant : en combinant les connaissances des anciens et les connaissances scientifiques d’aujourd’hui, on peut créer des petits écosystèmes qui entrent en interaction les uns avec les autres pour démultiplier leur efficacité : c’est la fin de la concurrence et le début de l’associativité, tel que défendu par Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi dans Le monde a-t-il un sens?

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Aux antipodes de l’agriculture industrielle, plus on est petit, plus on peut être efficace : avec ce type d’agriculture, il est possible de produire autant sur 1 000 mètres carrés, avec deux ou trois maraîchers, que sur un hectare et demi avec des méthodes conventionnelles et mécanisées. Une étude avec les ingénieurs de l’Inra [Institut national de la recherche agronomique] est en cours à la ferme du Bec Hellouin en Normandie dans le but de confirmer que, sur une surface de 1 000 m2, il est possible de créer un emploi annuel et décemment rémunéré.
En Afrique, les paysans n’ont souvent à disposition que des parcelles de moins de 5ha. Si cette taille demeure aujourd’hui bien souvent un frein à leur développement, et les entrave pour être concurrentiel sur le marché mondial, elle pourrait devenir un atout dans un contexte de raréfaction des ressources, telles que phosphates et énergies fossiles, dont  l’agriculture conventionnelle est vorace.
Une petite taille a l’avantage de pouvoir s’envisager partout, des petites parcelles des pays du Sud, aux zones péri-urbaines du monde entier. Limitation des frais de logistiques et de transports par la priorité donnée au marché local ; des produits sains et des emplois à la clé : ces petits systèmes agricoles rejoignent l’agriculture familiale traditionnelle, et y ajoutent les connaissances scientifiques du XXIe siècle. En produisant autant qu’avant sur dix fois moins de terre, on réduit considérablement la pression foncière et environnementale.
Si l’avenir appartient aux petites exploitations agricoles, les petits paysans du sud, qui représentent encore 70 à 85% des populations des pays en développement, pourraient bien tenir leur revanche et devenir les artisans d’un monde plus humain !

Marine Lefebvre

Paru dans le Quotidien le 11/03/15