Si la fin des quotas laitiers suscite une inquiétude légitime pour les producteurs européens, qui est prêt à prendre en compte leurs répercussions plus négatives encore sur les pays en développement ?

Les quotas laitiers européens avaient été mis en place en 1984 pour maîtriser les excédents. Depuis 2008, ils ont été augmentés de 1% tous les ans pour préparer le secteur à l’après-quotas. Or, la suppression des limitations de production qui entrera en vigueur au printemps, aura pour probable conséquence, une nouvelle chute des cours.
Alors que les producteurs européens sont en situation de surproduction et sont rémunérés au plus bas, voire parfois sous les coûts de production, la fin des quotas va, curieusement, signifier une augmentation de la production européenne : en raison de la demande d’une classe moyenne émergente fortement consommatrice, l’exportation vers les marchés asiatique et africain apparaît comme une formidable opportunité commerciale. « Ces pays émergents sont dans l’incapacité d’assurer leur sécurité alimentaire », peut-on lire dans la presse spécialisée agricole ! Mais ce qui semble positif pour la balance commerciale de l’UE, l’est-il également pour le développement des pays importateurs ? village Boborola (389)


C’est sans se poser de questions sur la responsabilité des politiques commerciales qu’elle mène, que l’UE s’engouffre dans le dogme de l’avantage comparatif pour inonder les marchés africains de sa poudre de lait, au détriment de l’essor des filières locales. Pourtant, il n’y a pas de fatalité ! En fixant ses droits de douane à 60% sur les importations de poudre de lait et en investissant dans sa filière laitière, le Kenya est passé de pays importateur à exportateur en quelques années. Même si l’expérience kenyane n’est pas intégralement transposable, elle devrait être une source d’inspiration pour les dirigeants d’Afrique de l’Ouest. Au lieu de quoi, ces pays ont cédé à la pression de l’UE pour signer des accords de libre-échange (APE) au terme desquels l’UE devrait obtenir la suppression des droits de douane sur au moins 75% de ses exportations vers cette région, dont le lait en poudre. Pour les producteurs de lait ouest-africains, « cet accord de libre-échange est un marché de dupes, introduisant un renard européen libre dans un poulailler ouest-africain libre », note l’ONG française CFSI !
Pour changer d’échelle et répondre aux besoins de leurs populations, les producteurs de lait ouest- africains doivent bénéficier de politiques adaptées. Comme l’UE l’a fait avec sa politique agricole commune (PAC), les Etats devraient pouvoir mettre en place des politiques de soutien aux filières laitières locales et refuser d’entériner les APE.
Au lieu de quoi, les Etats mènent des politiques « court-termistes », basées sur la satisfaction à bas prix de la demande des consommateurs urbains, au prix d’un déficit croissant de leur balance commerciale, plutôt que d’encourager le développement des filières agricoles locales, dont le potentiel de croissance est pourtant immense !
A l’heure de la cohérence des politiques pour la coopération au développement instauré par le Traité de Lisbonne, comment approuver les bénéfices à venir des gros producteurs laitiers européens, au détriment des balances commerciales de pays déjà durement touchés par l’ultra-libéralisme économique ?
Une fois de plus, force est de constater que le développement du commerce n’est pas un gage de développement pour les plus pauvres, mais au contraire un facteur de creusement des inégalités, à quoi il faut ajouter la disparition programmée de tous les petits exploitants laitiers qui n’auront pas « les reins » de faire face à la chute des prix du lait ! Pendant ce temps, l’UE réfléchit à la mise en place de « filets de sécurité », mais ceux-ci ne sont destinés qu’aux producteurs européens.sans le moindre souci du sort des producteurs africains…

Marine Lefebvre
http://www.sosfaim.org