Avec le classement Doing Business et le benchmarking The Business of Agriculture, la Banque Mondiale prétend « Favoriser le climat des affaires ». Ce recensement note les pays en fonction de la facilitée concédée à l’installation des entreprises étrangères sur leur territoire…
Ces facilités consistent notamment en une réduction des procédures administratives, des règlementations sociales et environnementales, ainsi qu’en une diminution des taxes ou encore en une suppression des obstacles au libre-échange. Avec ce classement, la Banque Mondiale encourage également les réformes foncières qui font de la terre une marchandise que les entreprises peuvent facilement acquérir. Dans ce processus de classement, ni les droits humains, ni le droit à l’alimentation, pas plus que les droits économiques et sociaux, la protection des travailleurs ou la gestion durable des ressources naturelles, ne sont pris en compte.
En développant de tels instruments, la Banque Mondiale continue d’imposer de manière systématique un modèle de développement unique dominé par l’agro-business. Pourtant, cette approche menace gravement la sécurité et la souveraineté alimentaires des pays en développement, alors même que chercheurs et petits paysans convergent dans la mise en évidence de la capacité de la petite agriculture à nourrir le monde. On le sait trop peu, mais 80% de la nourriture consommée dans le monde est produite par les petits paysans : ils sont les garants de la sécurité alimentaire des populations, de la souveraineté alimentaire des pays, et sont de loin les principaux investisseurs dans le secteur agricole des pays en développement. C’est leur capacité à investir dans leurs moyens de productions et dans la qualité de leurs terres qui devrait être renforcée, et non pas le rouleau compresseur des multinationales qui privent les petits producteurs de leur terre, détruisent la biodiversité et engraissent les gros actionnaires !
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Les exemples sont désormais légion. Au Sénégal, le gouvernement a donné la priorité à un grand projet agro-industriel voué à l’export au détriment des communautés locales d’éleveurs : 20 OO0 hectares ont été cédés à Senhuile-Senéthanol dont l’une des finalités est de produire du biocarburant destiné aux voitures des Etats européens, au moment où le gouvernement doit importer pour un coût de plusieurs milliards, des tonnes de vivre pour nourrir les Sénégalais. Situé aux abords du fleuve, la zone du projet a un potentiel important, tant en termes d’élevage que d’agriculture. L’activité principale des 9000 habitants de la zone du projet est l’élevage semi-nomade. En bloquant l’accès aux pâturages, à la collecte d’eau et de bois, l’opération de Senhuile-Senéthanol met gravement en danger les moyens de subsistance de la population locale.
N’ayant pas été consultées, les populations locales se sont mobilisées. « Fanaye, ce n’est pas un village violent, mais on ne peut pas venir ici, nous marginaliser et faire de nous des manœuvres, alors on a organisé des marches », explique Alhousseynou Dibo. Des heurts ont opposés les villageois aux forces de l’ordre et ont fait deux morts. Le projet a alors été déplacé vers une autre zone qui affectera tout autant les communautés locales, mais n’a pas été remis en question par le gouvernement.
Pourtant, les initiatives présidentielles qui ont découlé des crises énergétiques et alimentaires de 2008 prétendaient chercher l’autosuffisance et améliorer la sécurité alimentaire du pays.
« Inclure les populations locales dans la détermination des futurs projets de développement n’est pas seulement une question de respects des droits humains. C’est également le seul moyen de mettre en œuvre un modèle de développement pouvant utiliser le plus efficacement et durablement les ressources locales pour le bien-être de tous, et le développement du pays. »
Loin d’être isolé, le « cas Sénhuile-Sénéthanol » est emblématique d’un phénomène qui a conduit au lancement d’une campagne intitulée Our land, our business, visant à faire stopper le classement Doing Business, qui favorise l’accaparement des terres au mépris de son impact social et environnemental, et à arrêter le développement du Benchmarking The Business of Agriculture, le nouvel instrument de la Banque mondial destiné à ouvrir encore davantage les secteurs agricoles aux multinationales prédatrices. Il est de notre responsabilité, populations du Nord, de faire entendre raison à la Banque Mondiale : son rôle n’est pas de classer les pays en fonction de leur degré de docilité à l’égard des entreprises étrangères avides d’exploiter leurs ressources naturelles et leurs populations !
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Marine Lefebvre