Les petits paysans constituent plus de la moitié de la population de la terre mais sont partout atteints par le rouleau compresseur de la globalisation des échanges. Droit à la terre, à la transmission des semences, à la souveraineté alimentaire… les motifs de luttes paysannes s’accumulent. Répression policière, suicides consécutifs de faillite ou maladie liées à l’abus de produits phytosanitaires, la mortalité paysanne est élevée.

Si 40 % de la population mondiale vit de l’agriculture (soit 2,6 milliards de personnes dont 1,3 milliards d’actifs), les agricultures familiales représentent l’écrasante majorité (500 millions d’exploitations agricoles). Ce sont elles qui créent le plus d’emplois et qui ont absorbé l’essentiel des 350 millions de nouveaux actifs agricoles des 30 dernières années.
A l’encontre des idées reçues, les exploitations disposant de 50 ha et plus, et ayant recours au travail salarié, représentent seulement 1 % des exploitations et n’emploient que quelques millions de personnes. A l’opposé, l’agriculture familiale désigne une pratique agricole où la famille prend les décisions en matière de production et d’organisation du travail, et possède une partie importante des moyens de production.

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En Afrique, les exploitations familiales représentent près de 80 % des exploitations avec moins de 2 hectares comme superficie agricole moyenne et un équipement rudimentaire, manuel le plus souvent. Malgré le niveau élevé d’importations agricoles de leurs pays, ces agricultures familiales ont été capables de contribuer de manière significative à l’alimentation des villes, à la fois sur les produits vivriers de base (céréales et tubercules) mais aussi sur les produits de diversification alimentaire comme les légumes, le lait, les fruits et les oléagineux.
De plus, dans les pays en développement, les exploitations familiales développent des stratégies pour assurer la sécurité alimentaire du groupe familial, tout en s’adaptant en partie aux effets du réchauffement climatique : elles jouent un rôle central dans la lutte contre la faim.

« La sécurité alimentaire doit se construire autour du renforcement des capacités des petits agriculteurs. Garantir leur accès à des ressources productives est essentiel à cet égard » clame le Rapporteur spécial des Nations Unies pour le Droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, lançant un appel en faveur d’investissements prioritaires dans des formes d’agriculture agro-écologiques pour contribuer à la réduction de la pauvreté.
« Les pays riches doivent progressivement rompre avec les politiques agricoles tournées vers l’exportation et permettre au contraire aux petits agriculteurs des pays en développement d’approvisionner les marchés locaux» a encore déclaré M. De Schutter à Genève en mars 2014. « Ils doivent également refréner leurs revendications grandissantes de terres agricoles mondiales en maîtrisant la demande en alimentation animale et en agro-carburants, et en réduisant les gaspillages alimentaires. »

Les recommandations de O. De Schutter font écho aux revendications de la Via Campesina qui est à l’origine de la Journée internationale des luttes paysannes et qui explique quant à elle : « Durant notre journée internationale, nous dénoncerons aussi les transnationales, l’agro-industrie, l’usage de produits toxiques et de la modification génétique », autant de « progrès » liés à l’appétit des pays les plus riches et qui conduit de manière pernicieuse à l’accaparement des terres privant les petits paysans de leur moyen de subsistance, ainsi qu’à l’appauvrissement de la biodiversité des régions concernées par les monocultures intensives (soja pour nourrir le bétail ou huile de palme pour l’agroalimentaire, entre autres…).

… Et si, ce 17 avril, nous regardions d’un œil neuf le paysage agricole qui nous entoure, aussi bien que le contenu de notre caddy de supermarché et songions que : « Partout dans le monde, nos luttes locales participent à un seul et même combat, celui de la souveraineté alimentaire ! »… ?

Cette remise en question de nos habitudes est, pour le Luxembourg, tout le sens de la démarche menée par la plate-forme « Meng-Landwirtschaft* » et qui rassemble des organisations très diverses partageant l’ambition de voir notre mode de production agricole se réformer.

Marine Lefebvre, SOS Faim pour la plate-forme Meng Landwirtschaft

*natur&ëmwelt asbl, Bio-Lëtzebuerg, Greenpeace Luxemburg, Action Solidarité Tiers Monde, SOS Faim Luxembourg, Mouvement Ecologique, Caritas Luxembourg, etika, CELL, attac, Slow Food Luxembourg, Cercle de Coopération, Aide à l’Enfance de l’Inde und Lëtzebuerger Landesverband fir Beienzuucht.