115 kg par personne et par an, c’est le volume d’aliments et restes alimentaires jeté en moyenne par un habitant du Luxembourg.  Ces chiffres, publiés fin 2013 par l’Administration de l’environnement, sont passés inaperçus alors qu’ils sont parmi les plus élevés d’Europe et qu’ils ne sont pas sans conséquence sur les pays en développement.

Les chiffres défient notre imagination : pendant que les consommateurs européens et nord-américains gaspillent de 95-115 kg/an et par personne, 900 millions de personnes souffrent de faim chronique, dont 98,2 % vivent dans les pays en développement.

Image

Pourtant,  la planète produit assez d’aliments pour nourrir les 6 milliards de Terriens, mais la mauvaise répartition de la production et le gaspillage de ressources épuisables (eau, terre, pétrole, etc…) pour la production de nourriture non consommée contribue à la persistance de la faim dans le monde. Or, des champs à l’assiette, les pratiques actuelles de production industrielle et de consommation de masse occasionnent une perte de 50 % de toute la nourriture produite.

Ces pertes de nourriture signifient également des pertes de ressources : il faut 1000 litres d’eau pour produire un kilo de farine et 16 000 litres pour  un kilo de viande rouge, tandis qu’un repas représente l’émission de 3kg de gaz à effet de serre. Dans le contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des ressources naturelles, ce gaspillage mérite d’être pris en considération, d’où la résolution adoptée en 2012 par le Parlement européen demandant des mesures urgentes pour réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025. L’année 2014 a ainsi été déclarée année européenne de la lutte contre le gaspillage alimentaire… Pourtant, les mesures concrètes restent invisibles et c’est à chacun qu’il revient d’analyser son mode d’achat et de consommation pour tâcher de les optimiser, ne serait-ce que dans un souci d’économie : « Gaspiller de la nourriture, c’est aussi indéniablement gaspiller de l’argent. Et mises bout à bout, les économies que l’on peut faire en faisant un petit effort pour moins jeter deviennent considérables ! », nous explique une brochure de sensibilisation française.

Il est vrai que, dans les pays industrialisés, plus de 40% des pertes alimentaires sont constatées au stade de la distribution et de la consommation. Ainsi, le gaspillage alimentaire occasionné par les consommateurs  des pays industrialisés (222 millions de tonnes) est presque aussi élevé que le total de la production alimentaire nette enregistrée en Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes) ! Pour la seule Europe, on estime à 89 millions de tonnes la quantité de déchets alimentaires qui finissent dans les poubelles chaque année. D’après l’enquête menée par l’Administration de l’environnement du Luxembourg, les chiffres sont particulièrement élevés au Grand-Duché avec 58.000 tonnes de déchets alimentaires dont presque 42.000 proviennent de la poubelle grise (produits non recyclés), soit une moyenne effarante de 115 kg par personne et par an (ce qui n’inclut même pas le gaspillage du début de chaine, dans les champs) !!

Toujours d’après l’Administration de l’environnement, « les consommateurs restent les plus gros producteurs de déchets alimentaires au Luxembourg, mais il ne faut pas non plus négliger les restaurants, les supermarchés ou les cantines… ». Saluons à ce titre l’initiative d’IMS Luxembourg qui a encouragé entreprises et établissements publics à travailler notamment sur la réduction des déchets alimentaires de leur cantine en 2013.

Mais n’oublions pas ce que, pendant ce temps, les amis du Burkina Faso nous répètent : «chez nous,  faire deux repas par jour, c’est être privilégié »…

Marine Lefebvre-www.SOSFaim.org