Si l’agriculture représente moins de 2 % de la population active du Grand Duché, à l’échelle de la planète, la population agricole est estimée à 2,6 milliards de personnes, soit 40% de la population totale. Avec 1,3 milliards d’actifs, l’agriculture demeure bien le premier secteur d’emploi au niveau mondial. Le consommateur luxembourgeois, largement déconnecté de cette réalité, mesure mal l’importance stratégique de l’agriculture, son approvisionnement en denrées alimentaires dépendant presqu’exclusivement d’importations vendues par les chaines de supermarché.

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Dans les pays en développement au contraire, là où 70% de la population reste liée aux activités agricoles, l’alimentation des familles dépend essentiellement de la production vivrière et des marchés locaux. Bien que cruciaux pour la survie de milliards de personnes, ces échanges qui ne génèrent pas ou peu de taxes sur la valeur ajoutée pour les Etats, n’intéressent guère les économistes ni les statisticiens.
C’est pour faire sortir de l’ombre l’importance de l’agriculture familiale que le mouvement paysan ouest-africain a mené, à la suite de la FONGS, une longue enquête auprès de ses membres pour évaluer l’impact économique et environnemental de la production agricole familiale. Il est parvenu à prouver que les petits paysans sont en mesure de nourrir leur pays. Ces preuves, il leur reste à les faire connaître aux décideurs politiques : « le modèle agricole où le chef d’exploitation vit sur place, est ancré dans sa communauté et son environnement, et dispose d’une force de travail mobilisable à tout moment, est susceptible de générer des niveaux de productivité par actif ou par hectare que l’agriculture industrielle ne peut égaler », reconnaissent désormais également les chercheurs en agronomie.
Le mouvement ouest-africain est bien décidé à aller plus loin : Samba Gueye, le Président de l’organisation sénégalaise CNCR, plaide inlassablement pour que 2014 soit l’occasion de mettre en œuvre « de véritables politiques actives en faveur du développement durable des systèmes agricoles basés sur la cellule familiale ». Les leaders paysans insistent : « les exploitations familiales seraient en capacité de « rendre leurs pays moins dépendants de leurs importations et de l’aide alimentaire si certaines conditions étaient assurées, telle l’amélioration de la productivité globale des exploitations selon une approche appropriée aux réalités paysannes, la garantie du renouvellement ou la régénération des ressources naturelles, ou encore la sécurisation de ces exploitations sur le plan foncier… »
Rendre la vie dans le monde rural plus attractive, notamment pour les jeunes qui migrent vers les villes ou l’étranger, est un autre défi que sont prêtes à relever les organisations paysannes qui clament haut et fort: « Contrairement à un préjugé encore tenace, les exploitations familiales ne sont pas figées ! »
« Défendre l’agriculture familiale ne suffit plus, il faut agir pour mieux accompagner sa transformation et si rien ne peut se faire sans l’engagement des familles rurales, ces dernières ne peuvent plus réagir efficacement de façon isolée. Il faut agir de façon convergente à plusieurs niveaux (celui des exploitations familiales à la base, celui des collectivités locales et des opérateurs économiques au niveau intermédiaire, celui des politiques socio-économiques et des modes de coopération au niveau macro). Chacun a sa part de responsabilité à prendre, au Nord comme au Sud.»
Marine Lefebvre-www.SOSFaim.org

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