Avec la raréfaction des terres disponibles, la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs, en particulier dans les régions sahéliennes, est un enjeu de plus en plus crucial pour les pays d’Afrique sub-saharienne.

IMG_1639Contribuer à la modernisation et au développement durable de l’élevage des ruminants au Bénin est la mission que s’est fixée depuis 2007 l’Association Nationale des Organisations Professionnelles des Eleveurs de Ruminants du Bénin (ANOPER) dans un contexte où les tensions sont exacerbées par la raréfaction des pâturages et les nouvelles pratiques des agriculteurs. Confrontés au manque de main d’œuvre et poussés par leur gouvernement à pratiquer une agriculture extensive, les agriculteurs béninois ont trouvé une solution : l’utilisation d’herbicides remplace la lente préparation de la terre à la houe. Dépourvus de mécanisation, les agriculteurs peuvent ainsi « travailler » 20 ha aux herbicides, au lieu de 2 ha à la main!
Conséquences ? Une « productivité horaire » bien supérieure, certes, mais au prix de lourdes pertes dans les troupeaux des pasteurs qui, transhumance oblige, empiètent parfois sur les champs des agriculteurs, mangent les plantes arrosées d’herbicides … avant de succomber au poison avalé. Appliqués sans protection, manipulés sans précaution, les herbicides sont en outre un danger évident pour les agriculteurs et leurs familles elles-mêmes. « Tant pis pour la santé », nous répondent pourtant les membres des organisations paysannes rencontrés.


Une désinvolture qui en dit long sur la précarité de la vie de ces populations qui n’ont pas les moyens de se projeter dans l’avenir et qui voient avant tout l’urgence de pratiquer des cultures extensives pour « produire plus ».
Face à elles, les agropasteurs semi-sédentarisés doivent s’adapter et c’est le rôle de l’ANOPER que de les accompagner : gestion des déplacements des troupeaux par la mise en place de couloirs de passage et d’une cartographie à l’échelle de tous les pays pour organiser les transhumances, formation et cours d’alphabétisation, organisation des marchés … sont quelques uns des principaux chantiers menés par l’ANOPER. Avec de beaux succès à la clef, telle la création de marchés autogérés qui ont mis fin à l’opacité des transactions sur le bétail, opacité qui profitait aux intermédiaires au détriment de l’acheteur comme du vendeur. Aujourd’hui, le marché auto-géré de Gogounou est un modèle d’organisation qui, en 2012, a attiré plus d’une centaine de visiteurs venus des pays de la sous-région pour prendre modèle. Grâce au système mis en place, les bénéfices qui profitaient à quelques individus sont mieux répartis et permettent même le prélèvement de taxes au bénéfice de la municipalité et donc de la collectivité. Ce succès est le fruit d’une longue concertation menée par l’ANOPER et son charismatique président Alfa Tidjani Aboubakar qui a permis aux intermédiaires traditionnels de troquer leur mauvaise réputation contre la considération du service rendu à la collectivité. Leur travail est désormais rémunéré selon un barème et ils ne doivent plus tricher dans les transactions pour assurer leur rémunération !
Tout n’est pas rose, loin s’en faut, mais le travail de l’ANOPER fait œuvre de salubrité publique pour améliorer les conditions de vie des éleveurs et la cohabitation avec les agriculteurs, sans oublier de les sensibiliser aux dangers de l’agriculture aux herbicides…

Marine Lefebvre- http://www.sosfaim.org
Chronique SOS Faim- Le Quotidien-septembre 2013- n°204