« Chaque mois, SOS Faim relaie le travail et les préoccupations de ses partenaires africains qui œuvrent pour le développement des exploitations agricoles familiales et pour la souveraineté alimentaire. »
Depuis 2009 et la déclaration gouvernementale retenant le principe de précaution en matière d’OGM, le gouvernement luxembourgeois mène une politique qui applique le principe « sans OGM ».

Lors de la déclaration relative à la politique de la coopération du Luxembourg en septembre 2012, Madame la Ministre sortante Marie-Josée Jacobs, avait affirmé la volonté ferme du gouvernement d’appliquer le principe « sans OGM » dans le domaine de la coopération après avoir été interpellée par le Cercle des ONG luxembourgeoises au sujet de l’appui financier apporté par le ministère de la coopération au programme AGRA, l’Alliance pour la révolution verte en Afrique.

riziculture L.Lewalle

 

Au prétexte d’ « aider des millions de petits agriculteurs à accroître la productivité de leur exploitation et leurs revenus », ce programme, fondé en 2006 par la fondation Bill et Melinda Gates, ouvre les marchés africains, notamment à travers son volet PASS, aux grandes compagnies semencières qui développent des hybrides et les OGM, telles que Monsanto ou Syngenta. Naturellement, AGRA se garde bien d’exposer au grand jour ses collusions avec ces entreprises, mais de fortes présomptions se sont accumulées ces dernières années (en 2010, la Fondation est entrée en possession de 500 000 actions Monsanto) qui démontrent que, toute philanthropique qu’elle se prétende, AGRA n’en répond pas moins à une stratégie commerciale qui favorise dans un premier temps la distribution subventionnée de semences hybrides et d’engrais. Qu’espère-t-il en effet sinon créer la « dépendance » des paysans sur un continent qui a, jusqu’ici, échappé aux dérives du système agro-industriel totalement assujetti aux énergies fossiles, énergies de plus en plus rares et chères, parfaitement inaccessibles pour les exploitations familiales agricoles africaines qui ne connaissent pas la mécanisation ?

En réalité, le modèle AGRA qui promeut la révolution verte en Afrique, n’est pas une réponse adaptée aux vrais besoins du continent, ce que dénoncent aussi bien les leaders paysans que les experts de l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development – plus ou moins l’équivalent du GIEC pour l’agriculture).

Suite donc à l’interpellation du Cercle des ONG qui avait, à l’automne dernier, publié un article dénonçant le soutien apporté à AGRA dans son baromètre sur la cohérence des politiques luxembourgeoises pour le développement (www.fairpolitics.lu), relayée ensuite par l’Initiative « Luxembourg sans OGM » dont SOS Faim est membre, le ministère des Affaires étrangères (Direction de la Coopération) a questionné AGRA sur ses intentions en matière d’OGM. Ayant reçu une réponse peu concluante, la Ministre sortante a tenu à faire prévaloir la politique claire du gouvernement « sans OGM » et, par conséquent, a décidé de suspendre son soutien à AGRA.
Le Cercle de Coopération et l’Initiative « Luxembourg sans OGM » se félicitent de cette issue qui prouve que la mise en cohérence des politiques est un concept très concret et tout à fait réalisable. Ce dénouement souligne aussi qu’agir en faveur du développement exige non seulement une action de terrain, mais aussi une action ciblée sur les décideurs politiques des pays du Nord dont les décisions peuvent impacter lourdement les conditions de vie des populations défavorisées.

Marine Lefebvre- http://www.sosfaim.org