Pendant que le Parlement Européen piétine face à la nécessaire réforme fondamentale de la Politique Agricole Commune (PAC), des alternatives agricoles prennent forme sur notre continent. Synthèse d’approches traditionnelles et de connaissances récentes des sciences du vivant, ces initiatives apportent un flot de résultats tangibles sur lesquels un nombre croissant de scientifiques acceptent de se pencher, accompagnant la remise en question du bienfondé de l’ensemble de notre système alimentaire actuel.

Nous, Européens, condamnés que nous sommes à diviser notre empreinte écologique par 3, (ou alors il faudrait 3 planètes pour que la population mondiale puisse consommer comme nous le faisons…), ne pouvons que nous réjouir de l’accumulation de données de terrain qui font la preuve que les petites exploitations agricoles sont plus efficaces que les grandes, et pas seulement dans les pays du Sud !

Amis_du_Kivu_SOSFaim(1)

Alors que l’agriculture soutenue par la PAC depuis 50 ans en favorisant toujours davantage les grands exploitants et condamnant les petits à disparaître, utilise de 10 à 12 calories fossiles pour produire une calorie alimentaire, les petites fermes non mécanisées n’en consomment que 2… Mieux encore : plus les exploitations agricoles sont petites, plus elles sont productives par unité de biomasse. Ca tombe bien : 90% des fermes mondiales disposent de moins de 10ha et un milliard restent tributaires du travail manuel.

Un nouveau modèle agricole

 

A l’opposé de nos monocultures céréalières qui produisent une nourriture moyennant un cout énergétique élevé, la permaculture s’inspire de la forêt qui prospère sans intrants ni labours et plus largement des synergies existants dans les écosystèmes naturels. Ainsi, associant arbres, fruitiers et cultures diversifiées, 100 ha d’agroforesterie produisent autant de calories alimentaires que 130 ha de cultures conventionnelles. Dans ce système, un déchet est une ressource et les produits de l’un répondent aux besoins de l’autre.

Image

Déterminé à inventer « une agriculture capable de nourrir l’humanité sans détruire la planète », un réseau de fermes expérimentales en agro-écologie travaille en collaboration avec l’INRA. En Normandie, en moins de sept ans d’existence, la Ferme du Bec Hellouin parvient à faire jusqu’à huit rotations de cultures par an, et ce, malgré une terre de départ peu fertile. Forts de ces résultats, Charles et Perrine Hervé-Gruyer, les initiateurs de la ferme, entament avec l’agronome Marc Dufumier une réflexion sur des systèmes agraires solidaires à partir d’un réseau de « micro-fermes » de 1 ha intégrant 1000m2 de maraichage et des animaux : « un écosystème de micro-fermes» pour « sortir de l’artificialisation de la nature, se reconnecter au vivant, entrer dans une démarche consciente de co-évolution avec la planète », explique Charles, qui poursuit : « L’agriculture est un art, non une accumulation de techniques ; à l’heure où les villes n’ont que quatre jours de sécurité alimentaire, façonner des paysages comestibles, être auxiliaire des formes de vies, être entouré d’un milieu intensément vivant se révèle très sécurisant ! » Remédier aux campagnes dépeuplées, aux paysages monotones, aux crises économiques, énergétiques et environnementales… Avec ce nouveau modèle agricole, il s’agit de recréer des installations humaines favorisant les échanges entre les différents éléments du système et misant sur une grande diversification, facteur essentiel de meilleure résistance aux crises. Et on parle ici de concret, non d’utopie politique !

Marine Lefebvre-www. sosfaim.org

Article paru dans Le Quotidien, 13 mars 2013