Tandis que le scandale de la fraude à la viande de cheval remet en question l’organisation des filières agroalimentaires, et plus largement tout notre système de production et de transformation alimentaires, le moment est peut-être venu enfin d’écouter, et d’ENTENDRE la voix des paysans !?

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Mis récemment sur le devant de la scène, ces problèmes reflètent la mutation de la chaine de production et du rapport entre les producteurs et les consommateurs dénoncés depuis une vingtaine d’années par le mouvement international des paysans, Via Campesina dont le coordinateur général, Henry Saragih était de passage au Luxembourg le 20 février.

Avec l’instauration d’un système de règles néolibérales qui a donné au commerce mondial un cadre juridique fondamentalement favorable aux grandes entreprises, la petite paysannerie des pays du Nord comme des pays du Sud a été laminée, contrainte à se transformer en exploitants agricoles sous contrat, en travailleurs agricole pour les fermes industrielles, ou marginalisée et réduite à l’exode.

L’Urugway Round qui s’est déroulé dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) avant de donner naissance à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995, a marqué la prise de conscience et le début de la résistance qui s’est traduite par l’émergence des mouvements sociaux de lutte contre la mondialisation. Parmi eux, la Via Campesina est rapidement devenue la tête de pont de la résistance, remettant en cause le paradigme agroalimentaire actuel.

Selon la Via Campesina, la monoculture, l’agro-industrie à grande échelle, la révolution verte et la biotechnologie sont loin d’être efficaces pour nourrir l’ensemble de la population mondiale, et stimulent au contraire l’exode rural, la pollution chimique, l’appauvrissement génétique. A contrario du modèle qui s’est imposé sur tous les continents, Via Campesina défend un programme dit de souveraineté alimentaire défini en neuf points ; dont l’un des fondamentaux réclame que la production et la consommation alimentaires soient conçues en fonction du bien-être des paysans et des consommateurs et non pas des profits des transnationales de l’agro-industrie. Pour ce faire, Via Campesina souhaite que les systèmes alimentaires nationaux fournissent une production vivrière saine, de bonne qualité et culturellement appropriée, destinée au marché intérieur en priorité sur les cultures dites de rentes. Soumises à une fluctuation des prix sur le marché international, force est de constater que les monocultures d’exportation ont fragilisé les économies nationales qui avaient basé leur développement sur elles. Dès lors, la vision de Via Campesina est de faire en sorte que la production agricole soit essentiellement effectuée par des petits paysans, des coopératives ou des entreprises publiques et que la distribution et la consommation des denrées soient régies par des mécanismes équitables de fixation des prix.

C’est dans cet esprit que Via Campesina défend depuis 12 ans auprès des Nations Unies l’adoption d’une résolution sur les droits des paysans comme préalable à la création d’une institution spécialisée dédiée spécifiquement aux paysans. L’enjeu est d’obtenir la reconnaissance de la diversité de services rendus par les paysans, au-delà de la seule production agricole.

« Changez vos habitudes de consommation pour que les politiques et le monde changent », est venu plaider Henry Saragih qui a tenu à faire emballer les restes de son repas par le restaurant où il avait déjeuné pour les terminer en fin de journée. Des petits gestes que nous pouvons tous faire….

Marine Lefebvre-SOS Faim -Tageblatt 27 février 2013

http://www.sosfaim.org