Les exploitations familiales agricoles sont les principales pourvoyeuses de nourriture et de richesses en Afrique de l’Ouest. C’est l’un des enseignements du forum international qui s’est tenu à Dakar fin novembre.

ASouveraineté alimentaireu cours des 25 dernières années, la croissance de la production agricole a toujours été plus forte que celle de la population ouest-africaine et 80% des besoins alimentaires de la population de la région ont été couverts par les productions domestiques.. Or, les exploitations agricoles qui concourent à cette vitalité sont  entre 80 et 90% des exploitations agricoles de type familial. Pourtant, le financement de cette agriculture demeure une forte contrainte : bien qu’elles  assurent 90% de la production agricole, les exploitations agricoles familiales sont handicapées pour accéder au crédit. Suite aux politiques d’ajustement structurel des années 90, les banques de développement ont été sacrifiées, privant les Etats d’instruments et de mécanismes adaptés pour le financement de l’agriculture.  Les Etats ont en revanche soutenu les filières d’exportation, abandonnant les productions domestiques qui ont peu bénéficié d’efforts en matière de recherche agricole, comme de soutiens pour l’organisation des acteurs et de financement.

Malgré ces entraves, depuis la fin des années 90, les Organisations Paysannes sont parvenues à insuffler une nouvelle dynamique qui explique la vitalité de l’agriculture que  plusieurs études récentes ont mise en évidence.

Mais les exploitations agricoles familiales africaines sont fragiles et menacées : les économies africaines, et tout spécialement ouest-africaines, sont en effet les économies les plus ouvertes en ce qui concerne les produits alimentaires. Les taux d’imposition des importations de produits agricoles en Afrique de l’Ouest se situent dans une fourchette de 5 à 35%, cette dernière tranche étant exceptionnellement d’application, tandis qu’en Europe, les taux d’imposition sur les produits alimentaires importés se situent entre 50 (pour les céréales) et 87% (poudre de lait) !

Si on ajoute le différentiel de compétitivité entre l’agriculture occidentale et l’agriculture africaine et les milliards d’€ de subventions directes et indirectes attribuées à l’agriculture européenne, on comprend pourquoi les exploitations familiales agricoles ouest-africaines ont tellement de mérite à être encore actives sur leurs marchés !

Mais ce constat peu favorable aux exploitations familiales peut être aisément renversé. Lors du Forum de Dakar, plusieurs propositions très précises sont venues éclairer le futur des exploitations familiales. Leur mise en œuvre nécessite une volonté politique forte, tant au plan national que régional. Les organisations paysannes se sont engagées à forcer les responsables politiques à prendre des mesures d’appui en faveur de ces exploitations, sur lesquelles repose la sécurité alimentaire de toute la région … Comme le soulignait le Président du CNCR, Samba Gueye à l’occasion du Forum: “On ne confie pas sa sécurité alimentaire à des spéculateurs.”

Marine Lefebvre avec le CNCR

Chronique SOS FAIM-LE Quotidien

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