Qu’ils soient nombreux sur de petites surfaces ou de moins en moins sur de grandes exploitations, les agriculteurs des pays du Sud font, comme ceux des pays du Nord, face à de profondes mutations. Un sentiment de marginalisation les gagne, mais peut-être aussi de nouvelles solidarités…

Il y a cinquante ans, l’agriculture employait 20 000 personnes au Luxembourg. Seules 6 600 personnes travaillent désormais dans ce secteur qui assure à peine 0,3% de la valeur ajoutée du Grand Duché contre 7,4% à l’époque (chiffres du Statec). Cette diminution à la fois relative et absolue entraîne des conséquences profondes, tant économiques que sociologiques ou culturelles, qui ont été mises en lumière par le film documentaire de la réalisatrice luxembourgeoise Julie Schroell De Bauerblues. Sensible aux préoccupations de ces familles paysannes, SOS Faim a eu l’idée de projeter le film luxembourgeois dans des villages du Burkina Faso pour croiser les regards sur les difficultés du travail de la terre et de l’élevage. L’été dernier, différents villages ont ainsi accueillis une équipe de tournage pour recueillir les réactions d’un monde paysan qui, dans les pays d’Afrique de l’ouest, représente encore plus de 50% de la population active.

A l’heure où une prise de conscience des bailleurs internationaux pousse enfin à une meilleure prise en compte de la problématique agricole comme facteur de développement, des initiatives voient le jour avec des fortunes diverses. Alors que le monde paysan, à travers les organisations paysannes et les plateformes sous-régionales militent pour une reconnaissance et un soutien accrus de l’agriculture familiale, les puissances de l’agro-business tentent des percées pour trouver de nouveaux marchés, ce qui ne saurait en rien répondre aux besoins prioritaires de l’agriculture familiale, seule apte à remplir plusieurs fonctions essentielles à la fois : nourrir les paysans manquants de revenus pour acheter les nourritures importées, limiter l’exode rural, lutter contre l’érosion des sols et la désertification. Loin de la mécanisation et des lourds investissements qui endettent à vie les agriculteurs du Nord, des success-stories prouvent qu’une agriculture « écologiquement intensive » permet de développer le monde rural et de sortir des familles paysannes de la pauvreté.

A 36 ans, Siriki Ouattara est un paysan heureux. Avec 60 hectares de terres et plus de 200 têtes de bétail, il diversifie ses cultures et produit lui-même tout ce dont sa famille a besoin pour vivre. La vente des surplus sur les marchés locaux et la production de semences assurent des revenus qui permettent de faire face aux besoins de la vie (santé, éducation…) et même d’investir dans des magasins de stockage en ville ! « Je vois que j’arrive à couvrir mes besoins, j’arrive à nourrir ma famille, je collabore avec mes proches. Dans l’ensemble je vois que chaque année il y a une amélioration, donc ça va. »

Si l’exemple de Siriki n’est pas majoritaire en Afrique de l’Ouest, il est cependant révélateur du fort potentiel d’une activité agricole intégrée au milieu et menée par des personnes formées et curieuses de progresser dans la maitrise de techniques culturales harmonieuses, en refusant de s’inscrire dans la logique du seul profit. Cette démarche est la même que l’on retrouve sous nos latitudes chez des individus venus d’horizons divers et qui font le choix d’une reconversion à des activités agricoles respectueuses d’une éthique et préoccupés de ne plus bénéficier des largesses de la Politique Agricole Commune, si cela est au détriment des populations du Sud.

…Toutes choses à voir ce soir dans le film Les moissons du futur (Utopia) en présence de la réalisatrice MM. Robin et le 26 octobre au CCRN lors d’une soirée dédiée aux causes communes des paysans, en présence du paysan burkinabé S. Ouattara.

Marine Lefebvre

Chronique SOS FAIM-LE Quotidien
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