Sécheresse, crise alimentaire puis inondations… les calamités se succèdent au Niger sans faire les gros titres de la presse comme la tempête Isaac … Faudrait-il s’habituer à l’idée que les pays pauvres, plus que les riches, sont destinés à subir des catastrophes ? La fatalité serait plus acceptable là où l’on manque de moyens pour alerter et instaurer un état d’urgence ?

Près de 500 000 personnes sinistrées et 68 morts au Niger, contre 5 en Louisiane et dans le Mississipi… Le gouvernement du pays sahélien publie l’évaluation des conséquences en soulignant le déficit de 6 232,10 tonnes  de céréales tandis que, chez les Américains, le coût est évalué à 2,5 milliards de dollars… Comparaison n’est pas raison, et nos partenaires nigériens ont eux aussi su chiffrer les pertes : la Fédération des producteurs de riz (FUCOPRI) dont 18 coopératives rizicoles membres ont été ensevelies par les eaux, a estimé que les superficies rizicoles ont été inondées à 72%, occasionnant 4,1 millions d’euros de pertes. C’est le 6 septembre qu’a été diffusée une évaluation du coût global de la reconstruction, soit plus de 7 milliards de FCA (plus de 10 millions d’euros).

Dans un pays où l’essentiel de l’agriculture demeure pluviale, les efforts de la FUCOPRI pour moderniser les modes de production en créant des périmètres irrigués pour le riz subissent un regrettable revers, d’autant que ces inondations surviennent alors que le Niger est frappé par une crise alimentaire qui touche environ six millions d’habitants. Flambée du paludisme et du choléra s’ajoute désormais aux autres fléaux.

« Nous n’avons jamais vu une catastrophe d’une aussi grande amplitude et étendue, témoignait Mamoudou Hassane, l’ancien secrétaire exécutif de l’organisation paysanne Mooriben, devenu conseiller au Haut Commissariat de l’initiative des « 3N », « les Nigériens nourrissent les Nigériens », un engagement politique du président de la République, Issoufou Mahamadou « pour mettre les Nigériens à l’abri de la famine et de la soif ». Et M. Hassane de poursuivre : «  Le choc et la tristesse se lisaient sur tous les visages. Au niveau des zones englouties par les eaux, la production est totalement perdue.  Chez moi tout va bien. Par contre, les maisons de la famille élargie ont été littéralement balayées. Le lendemain des inondations, j’ai accueilli 49 personnes chez moi. On a du préparer trois fois pour le diner et ma cours était remplie des effets des sinistrés… »

Les inondations, récurrentes au Niger et dans toute l’Afrique de l’Ouest, touchent toutes les régions du pays à des degrés variables, souvent avec des pertes en vies humaines. Mais, ultime paradoxe, inégalement répartie, l’abondante pluviométrie annonce des niveaux de productions agricoles supérieurs à la moyenne des cinq dernières années, caractérisées elles par la sécheresse…

Marine Lefebvre- http://www.sosfaim.org