Le Luxembourg s’en sort bien : avec 1% de son revenu national brut (RNB) consacré à l’aide publique au développement, le Grand Duché peut se targuer d’être l’un des seuls pays au monde à respecter ses engagements, ce qui lui a valu le satisfecit de Ban Ki-moon lors de sa récente visite au Grand-Duché.

 

A y regarder de plus près pourtant, même l’excellent élève luxembourgeois a diminué le montant de son aide publique qui avait atteint 1,09 du RNB en 2010. Au plan international, on assiste à des coupes drastiques dans les budgets, conséquence  de la crise financière qui s’est muée en crise économique, puis budgétaire suite aux plans d’austérité adoptés. Certains observateurs y voient l’annonce d’un quasi démantèlement de cette aide: «De nature je suis très optimiste, mais pour l’avenir de la coopération au développement, je suis pessimiste». Mamadou Goïta, économiste du développement, secrétaire exécutif du Réseau des organisations paysannes et des professionnels agricoles d’Afrique de l’Ouest (Roppa), partenaire de SOS Faim, prédit la fin prochaine de la coopération au développement : « il est un peu plus compliqué aujourd’hui de mobiliser des ressources. Nous avons des difficultés à nous projeter dans l’avenir, au-delà des 5 ou 10 ans. Les appuis deviennent très étriqués, et la durée de mise en œuvre de plus en plus courte ».

Son inquiétude est teintée d’amertume : « J’ai dit une fois lors d’une conférence publique à Ottawa que le Mali finançait le Canada. Les gens ont réagi : Mais comment est-ce qu’on peut dire des choses pareilles ? Je leur ai répondu : les entreprises canadiennes qui exploitent l’or du Mali gagnent 10 fois plus que ce que vous envoyez dans le cadre de la coopération.  Si vous dites à vos entreprises de ne plus piller le Mali, il n’aura plus besoin de votre aide ».

De fait, les acteurs du Nord mettent eux-mêmes en débat les politiques de coopération au développement.  Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de la coopération au développement (CNCD) a livré ses réflexions à la revue Défis Sud : « Il faut remettre à plat les politiques de coopération internationale : nous sommes face à des enjeux de crise globale, que ce soit l’instabilité financière, l’insécurité alimentaire, les changements climatiques, l’accès à l’énergie ou aux ressources naturelles. On ne devrait donc plus réfléchir en termes de coopération internationale verticale où ceux qui ont de l’argent dictent la voie à suivre. Il faut passer à des partenariats globaux où différents types de pays coopèrent pour apporter des réponses à des problèmes qui sont communs. »

Sur le terrain, force est de constater qu’il arrive trop souvent aux pays du Nord de reprendre d’une main ce qu’ils ont cédé de l’autre… Par exemple ? Les efforts mis en œuvre pour renforcer l’agriculture familiale (recommandation réitérée par le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation), sont probants…tant que les subventions agricoles à l’exportation ne viennent pas en contrecarrer les réalisations.

Marine Lefebvre -www.sosfaim.org

Pour en savoir plus : lire le dossier Coopération au développement : les temps changent, in Défis Sud n°106, revue éditée par SOS Faim.