Les élections ne reflétant parfois qu’un simulacre de démocratie, les peuples de certains pays continuent certes d’élire leur président, mais ont appris à ne pas compter sur eux. En RD Congo ou au Cameroun, les présidents sortants y ont été reconduits mais les sociétés civiles se prennent en main.

 Au Cameroun, le président Biya réélu depuis novembre vit essentiellement en Suisse où il suit des soins médicaux. Gouverner un pays depuis un autre continent n’est pas chose aisée et les Camerounais qui l’ont réélu semblent s’en accommoder. Mais comment ne pas s’accommoder si l’on risque sa vie à s’opposer ?

Les Congolais partagent la même analyse : plutôt qu’une opposition frontale et forcément stérile, se rassembler sur des projets concrets, sans se mêler de politique, tisser des liens et des réseaux, est une alternative pour faire évoluer la société.

Au Cameroun, le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) a été l’initiatrice du mouvement paysan camerounais et l’instigatrice de services techniques et d’informations à travers La Voix du paysan qui, d’un bulletin de liaison est devenue en quinze ans un véritable mensuel d’information paysanne diffusé sur l’ensemble du pays. Et elle fait des émules à l’extérieur : en février, l’équipe de la toute jeune Voix du Paysan congolais est venue de Kinshasa profiter de l’expérience de son ainée camerounaise. « La période actuelle n’est pas moins catastrophique que sous Mobutu par ce qu’il n’y a pas eu de réforme pour donner sa chance à la population. Ce qu’on note, ce sont des avancées dans la liberté d’expression mais la démocratie ça doit être aussi le développement économique… Là il n’y a rien et c’est notre combat ! », témoigne le rédacteur en chef du mensuel congolais.

A Kinshasa comme à Yaoundé cette liberté nouvelle est toute relative et dénoncer la corruption reste une prise de risque que l’ACDIC, une association camerounaise, brave chaque semaine en diffusant par sms auprès de 70 000 personnes le fruit de ses investigations : des tracteurs neufs abandonnés à la brousse par les instances supposées les distribuer ou une pénurie de semences par la faute d’un ministère sont quelques unes des « affaires » soulevées. Reprises en une des quotidiens nationaux, les autorités qui ne peuvent ni démentir ni ignorer, doivent faire face. La « recette sms » a donné un coup de vieux aux manifestations qui étaient elles toujours suivies d’arrestation !

Là où richesses des sous-sols et mauvaise gouvernance font bon ménage, des initiatives civiles convergent vers un même but : réaliser la sécurité alimentaire, sortir les paysans de la pauvreté, lutter contre la corruption et finalement développer le pays en développant le monde rural qui constitue la population majoritaire de ces pays. De nouveaux modes de résistance sont à l’œuvre: des lames de fond qui méritent notre attention, et notre soutien !

Marine Lefebvre