Les scènes d’émeutes qui se sont déroulées pendant quelques jours au Sénégal projettent une ombre pesante sur les prochaines élections présidentielles. Si Dakar est en ébullition, le risque que les campagnes fassent à leur tour entendre leur voix est grand : les récoltes 2011 ont été très mauvaises et pas seulement pour des motifs climatiques…
Alors que le Mouvement du 23 juin (M23), qui réunit l’opposition politique et la société civile dénonce un  « Coup d’Etat constitutionnel «  suite à la validation de la candidature d’Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel, une autre clameur grossit dans les campagnes : la « soudure », cette période des vaches maigres qui coïncide avec l’épuisement des réserves vivrières dans le monde paysan, s’est installé très tôt cette année.

C’est le Cadre national de concertation des ruraux (Cncr), partenaire de SOS Faim, qui a fait ce constat dès la mi-janvier, s’appuyant sur les observations des organisations membres réparties dans l’ensemble du pays.  Or, la mauvaise  campagne agricole est largement imputée à l’Etat et à sa « mauvaise politique agricole » caractérisée par la mise à disposition trop tardive de semences de piètre qualité,  une  « politique discriminatoire dans la mise en place du matériel agricole qui n’atteint pas sa véritable cible ». A ces défaillances s’ajoutent les difficultés croissantes d’accès à la terre et les pratiques que les ruraux dénoncent comme relevant de « l’accaparement des terres au détriment des vrais exploitants agricoles, lesquels se voient de plus en plus réduits au statut de paysan sans terre. »


Sur un budget national de 2000 milliards, moins de 10 % est alloué au secteur agricole, alors qu’il regroupe plus des ¾ de la population active du pays. Autant de signaux qui contribuent au rejet du président Wade.
Le Cncr va plus loin en déclarant que « les producteurs mobilisés autour du Cncr ne veulent plus se soumettre aux décisions de l’Etat en matière de politique agricole. Ils réclament que l’Etat joue désormais le rôle d’ « accompagnateur » plutôt que de « pilote » de l’Agriculture au Sénégal. (…) Grâce à l’appui de ses partenaires étrangers et nationaux, le Cncr veut s’offrir une agriculture prometteuse voire prospère. »
Après plusieurs dizaines d’années de politique agricole sans résultats véritables, les producteurs membres du Cncr estiment qu’ « il n’est plus nécessaire de continuer à fonder espoir sur les décisions de l’Etat en matière de politique agricole » et sont aujourd’hui sur le point de réclamer la « restitution » du secteur.
Face à cette accumulation d’alertes en provenance de la société civile, Wade saura-t-il se rendre à la raison ?
Marine Lefebvre -www.sosfaim.org