A la satisfaction de la grande distribution, les consommateurs étaient au rendez-vous des fêtes de fin d’année. A voir les rayons de nos supermarchés, et même si ses qualités nutritives laissent trop souvent à désirer, notre alimentation reste abondante et variée. Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim ? Les supermarchés ne s’implantent pas là où vivent ceux qui n’ont pas les moyens de consommer ; les paysans dépourvus de moyens de production et parfois de terre ne peuvent ni produire ni acheter de quoi nourrir leur famille. Le défi est pressant : comment restaurer les équilibres entre les consommateurs du Nord et les paysans du Sud, entre la production agricole et le développement durable ?
Le système de production agricole a atteint un seuil qui lui impose de repenser l’ensemble de son fonctionnement : comment pourrait-on améliorer la production sans se pencher sur la consommation, et son inégale distribution (l’obésité touche presqu’autant de personnes que la faim), ou encore sur les pertes agricoles et sur le gaspillage (un sixième de la production est perdu avant ou pendant la transformation, un autre sixième est jeté par la grande distribution et un dernier est jeté par les ménages…) ?
Interrogé par la revue Défis Sud éditée par SOS Faim, Gaetan Vanloqueren, chercheur en agronomie et conseiller principal du Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le Droit à l’Alimentation, O. de Schutter, témoigne d’une lente mais positive évolution sur le front agricole: « De nombreux acteurs prennent conscience que les modèles agricoles à promouvoir en 2011 ne sont pas ceux de 1943 lorsque venait d’être lancée la révolution verte : il faut innover dans les manières de produire au mieux tout en respectant l’environnement. »


Ouvrons grand les yeux : l’agriculture industrielle qui fournit 30% de l’alimentation mondiale est responsable de 44 à 57% des émissions de gaz à effet de serre, comme l’a démontré le rapport 2008 de l’IAASTD qui a rencontré un écho mondial. En s’appuyant sur diverses disciplines, les experts de l’IAASTD s’efforcent de définir ce qui devrait être fait dans les 50 années à venir afin de résoudre les questions relatives à l’environnement, mais aussi à la sécurité alimentaire et nutritionnelle : « L’agriculture de demain doit pouvoir supporter les changements climatiques, être créatrice d’emplois partout dans le monde. (…) Si les gouvernements investissaient seulement 1 à 2% du PIB dans l’économie verte, on pourrait parvenir à un modèle agricole viable, capable de soutenir la croissance. »
G. Vanloqueren est formel : « Le rapport sur l’agroécologie publié par O. De Schutter, les nouvelles priorités du plus grand institut francophone en recherche agronomique (INRA), les efforts d’expertise d’institutions indépendantes telles que l’IAASTD, ou le PNUE qui parle d’ »écoagriculture »,  sont les preuves que le vent est en train de tourner grâce aux efforts de certains réseaux, qui ne sont cependant pas [encore ?] dominants… »
Marine Lefebvre -www.sosfaim.org