SOS Faim s’associe à ce texte co-signé par différentes organisations françaises

Au Nord comme au Sud, il est temps de soutenir les agricultures familiales. Le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, reconnaissait récemment qu’il faut « sortir d’un système qui n’a pas fonctionné, dans lequel le Nord nourrit le Sud, pour un système plus efficace où le Sud progresse dans son autonomie alimentaire ». La réforme de la Politique agricole commune pour 2014-2020 va-t-elle dans ce sens ? Les propositions présentées le 12 octobre par la Commission européenne sont loin du compte !
L’agriculture, essentiellement familiale, fait vivre jusqu’à 80% des populations des pays les plus pauvres de la planète. Les paysans du Sud, qui sont très majoritairement des femmes, représentent également 75% des 925 millions de personnes touchées par la faim. C’est pourquoi, l’Union européenne place le soutien à l’agriculture familiale parmi les priorités de sa politique de développement. Mais avec la nouvelle PAC, l’UE menace, comme par le passé, de reprendre d’une main ce qu’elle donne de l’autre et d’aggraver le sort des agriculteurs du Sud en continuant d’éliminer les petits paysans Européens. En effet, l’Union européenne, premier importateur et deuxième exportateur mondial de denrées alimentaires, est un acteur majeur sur le marché international. Ses décisions ont donc une influence déterminante sur l’alternance brutale de flambées et d’effondrements des prix agricoles mondiaux qui affectent durement les revenus de millions de paysans. Or, depuis plusieurs décennies, dans le cadre d’une stratégie globale de libéralisation des marchés agricoles, les mécanismes de maîtrise de la production (quotas laitiers, etc.) et de régulation des marchés agricoles (stocks publics, etc.) ont été peu à peu abandonnés. Les propositions de l’UE obéissent à cette logique  dangereuse qui la prive de moyens pour contribuer à limiter la volatilité des prix agricoles mondiaux. Une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.
Ensuite, la PAC et la politique commerciale qui l’accompagne se traduisent par une pénétration croissante du marché européen par des importations agricoles. Or, en règle générale, ces importations ne bénéficient pas aux agriculteurs familiaux du Sud mais à une minorité d’agro-entrepreneurs et à quelques multinationales de l’agro-alimentaire. De plus elles  assujettissent l’agriculture familiale en Europe. C’est le cas des importations de soja pour l’alimentation animale. Il existe pourtant des alternatives telles que les cultures de légumineuses en Europe, mais les soutiens prévus par la future PAC ne sont pas  à la hauteur des enjeux. Si rien n’est fait, l’UE continuera donc à importer chaque année des millions de tonnes de soja d’Amérique du Sud au prix d’expulsions des populations rurales de leurs terres et de déforestation massive.
Par ailleurs la prochaine PAC maintient ses subventions directes et indirectes aux exportations agricoles européennes. Dans un contexte où beaucoup de pays en développement ont dû ouvrir leurs marchés sous la pression internationale, ces subventions se traduisent par un véritable dumping qui force à la baisse les prix des marchés nationaux et ruine les agriculteurs locaux. A Ouagadougou, par exemple, le lait subventionné européen est vendu deux fois moins cher que le lait local. Comment développer l’agriculture burkinabé dans ces conditions ?
Enfin, comme le propose Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, l’UE « doit mener une évaluation correcte de l’impact de la réforme de la PAC sur le droit à l’alimentation ». Cela n’a pas été fait. Les projets de la Commission doivent être profondément revus.

Coordination Sud, les organisations qui en sont membres et la Confédération paysanne demandent aux institutions françaises et européennes d’élaborer enfin une PAC solidaire avec les agricultures paysannes du monde.
Philippe Collin
Porte-parole de la Confédération Paysanne
Bernard Pinaud
Administrateur de Coordination Sud
Avec la contribution de 7 autres ONG membres de la Commission Agriculture et
Alimentaire de Coordination SUD :
– AVSF
CCFD
CFSI
– Fédération Artisans du Monde
Gret
Oxfam France
– Peuples Solidaires/Action Aid

Publié dans La Croix, 20 octobre 2011, p. 26