Voici une quinzaine d’années que l’est de la RDCongo survit entre milices armées, agences des Nations Unies et ONG. Nommé « Première guerre mondiale africaine », le conflit a causé des millions de morts et de déplacés. Au quotidien pourtant, les Congolais prouvent leur détermination à se reconstruire.

Loin d’être réglé, le conflit déclenché suite au génocide du Rwanda et au renversement du Président Mobutu du Congo (ex-Zaïre) connaît de multiples rebondissements et la situation sécuritaire reste précaire, même si, depuis 2003, un semblant de stabilisation autorise les rapatriements : en co-financement avec l’Union Européenne et SOS Faim, l’ONG locale des Amis du Kivu met en œuvre un programme de relance de l’activité agro-pastorale à l’intention des « retournés ».

Après avoir travaillé dans les camps auprès des déplacés, Charles Cikomola, le coordinateur des Amis du Kivu, a senti l’importance de les aider à rentrer dans leurs villages pour y retrouver leur autonomie.

« Certaines ONG étrangères continuent toujours de distribuer des sacs de riz, sans s’inquiéter de ce que cette charité décourage les villageois à mener leurs propres activités. Ce dont les paysans ont besoin, c’est de refaire leur cheptel et de retrouver des outils de production pour cultiver leurs champs, non pas de nourriture tombée du ciel qui les installe dans la dépendance de l’aide extérieure ! ».

Dans cette région sinistrée et abandonnée par le pouvoir central de Kinshasa, les initiatives viennent de la base. Les villages s’organisent en associations paysannes et se tournent vers des structures d’appui pour signaler leurs besoins en fonction de leur environnement et du type d’activité que les paysans peuvent y mener.

« Les provinces du Kivu n’ont aucune infrastructure mais on s’organise comme on peut ;   il y a tant à faire, qu’on peut facilement améliorer bien des choses », explique Charles. 

Les Amis du Kivu s’efforcent de servir un vaste périmètre de la province, y compris les villages situés à plusieurs jours de marche à pied dans la montagne!   Partout où ils ont été sollicités, Charles et son équipe ont acheminé des semences, des chèvres et des « boucs améliorateurs ». Ces dons en nature sont fondés sur le principe du crédit rotatif  et de son  remarquable effet multiplicateur : lorsqu’une chèvre est attribuée à une famille, une autre famille est déjà désignée pour recevoir son premier chevreau à venir, et ainsi de suite. C’est ainsi que, depuis le lancement en janvier 2009 de ce programme dans la province du Kivu, les 992 chèvres et les 46 boucs, après deux années, avaient donné 237 petits redistribués au sevrage.

En totalisant l’ensemble des activités menées sur les territoires de l’action (y compris la construction de ponts ou de canaux d’irrigation), ce sont plus de 15 000 ménages qui ont bénéficié d’un ou plusieurs aspects du programme. Avec en moyenne 6 personnes par ménage, l’action des Amis du Kivu touche donc environ 90 000 personnes. 100 000 sont visées à échéance des 3 ans du programme, fin 2011. Développé à la base, par les acteurs locaux, en fonction des besoins concrets, le programme affiche un coût total de 1 139 908 euros, ce qui prouve que, pour 10 euros, on peut sortir de la misère un ménage du Kivu…

Dans une région rurale où nul ne gagne, ni ne dépense pour se nourrir 1 dollar par jour, l’accompagnement des paysans pour la relance d’activités pérennes est à la fois salutaire et crucial car, comme nous le font remarquer nos partenaires congolais,

« prendre les armes est une alternative économique » pour ces forces jeunes et vives auxquelles les politiques ne proposent aucun avenir.

Marine Lefebvre