A l’approche du G20 qui prévoit d’aborder la question de la régulation des marchés agricoles, le spectre de la crise alimentaire se dessine en Afrique de l’Ouest. Pourtant, la sous-région enregistre une production agricole record pour la saison 2010/2011…

 

Communiqués par le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest, les chiffres de la production céréalière globale sont estimés à 60 millions de tonnes, ce qui représente une hausse de 16 % par rapport à 2010. « Des excédents céréaliers ont été enregistrés au Niger, au Burkina Faso, au Tchad et au Mali. Les stocks publics sont en voie de reconstitution. Les marchés de produits agro-alimentaires sont bien approvisionnés. »

Epargnés lors de la dernière campagne par les aléas climatiques, les pays d’Afrique de l’Ouest s’avèrent bel et bien capables de produire des excédents alimentaires !

Créé en 1984 pour prévenir les crises alimentaires, le RPCA a malheureusement accompagné l’annonce de cette bonne nouvelle d’autres perspectives bien moins encourageantes : « En dépit de l’amélioration des disponibilités céréalières et de l’accès alimentaire, les taux de malnutrition aiguë restent au-dessus des seuils d’urgence au Niger et au Tchad. La hausse des prix des denrées sur le marché international, les taux de malnutrition élevés ainsi que les crises politiques dans la région pourraient fragiliser la situation alimentaire des populations vulnérables dans les centres urbains et dans les zones agro-pastorales. Les prix des céréales aux consommateurs sont inférieurs à ceux de l’année dernière mais restent supérieurs à la moyenne des cinq dernières années. Cette situation pourrait se dégrader au début de la période de soudure en raison des répercussions probables de la hausse des prix mondiaux sur les marchés ouest-africains.»

La persistance des difficultés alimentaires en zone ouest-africaine malgré les excellentes récoltes  met en évidence l’importance de facteurs extérieurs et souligne l’impact des choix politiques.  La prise de conscience de la problématique liée à la volatilité des prix est là, mais  les options proposées par le G20 n’abandonnent pas leur vision libérale du développement et de la sécurité alimentaire et, en guise de solution, mettent en avant l’unification des marchés agricoles en un seul marché mondial.

Pourtant,  dans le processus d’unification des marchés sensé permettre à chaque région du monde de mettre en valeur ses propres « avantages comparatifs », la grande majorité du milliard et demi d’agriculteurs du monde risquent de ne pas avoir d’avantages à valoriser. Ne leur reste alors que leur capacité à survivre en continuant à produire dans des conditions de rémunération du travail calamiteuses, tandis que les autres secteurs d’activités de la plupart de ces pays sont bien incapables d’accueillir l’excès de main d’œuvre agricole : la spirale du chômage et de la pauvreté ne fait qu’enfler. Dès lors, comment, au péril de leur sécurité alimentaire, exiger de la part des  pays du Sud qu’ils jouent le jeu du marché mondial ?

Marine Lefebvre