Avec l’Appel de Dakar, un pas important a été franchi  lors du Forum Social Mondial qui s’est tenu dans la capitale sénégalaise du 6 au 11 février.

Dans le sillage de la crise de 2008, on a vu le problème de l’accaparement des terres agricoles prendre un large essor sans que dénonciations et revendications  ne trouvent d’instances  attentives.  A Dakar, organisations de la société civile et organisations paysannes venues de tous les horizons ont pu exposer les diverses formes prises par le processus d’accaparement de terres arables et confronter les multiples conséquences négatives du phénomène sur les populations concernées. En effet, quelle autre instance que ce rendez-vous alternatif initié à Porto Alegre dix ans plus tôt aurait permis à des associations venues du Mali, du Mozambique et de l’Indonésie d’échanger leur expérience et de faire entendre leur témoignage malgré la barrière de la langue ?

Conférence sur l'accaparement des terres avec la participation d'Eva Joly

En dépit d’une organisation très chaotique, ce sont plus de quarante ateliers qui se sont tenus autour de ce seul thème durant le Forum. Menace directe contre la souveraineté alimentaire, les cessions de terres à grande échelle qui se multiplient particulièrement en Afrique sont facilitées par la fragilité des droits de propriété foncière. Avec la hausse des prix agricoles, on  assiste ces dernières années à une véritable ruée sur les terres des pays en voie de développement. Les acheteurs sont aussi bien des entreprises que des Etats importateurs nets qui achètent des terres dont les cultures sont destinées à l’exportation d’aliments ou d’agrocarburants. D’après la Banque mondiale, on est passé de 4 millions d’hectares cédés par an en moyenne au cours de la dernière décennie à 45 millions en 2009 : le phénomène a plus que décuplé !

Faliry Boly, le Secrétaire général du syndicat rizicole SEXAGON, partenaire de SOS Faim au Mali, a témoigné avec d’autres acteurs locaux de ce que la société libyenne Malibya qui a obtenu 100 000ha de terres fertiles le long du fleuve Niger dans la région rizicole a, non seulement chassé les paysans des villages situées sur leur périmètre, mais également retourné des cimetières pour mettre en place ses infrastructures.

Nul ne songe à dénoncer les investissements en tant que tels, mais quels bénéfices réels peut on espérer de canaux d’irrigation qui chassent les populations locales et détruisent l’agriculture vivrière ? Aucun, répondent sans hésiter les organisations paysannes concernées.

Au Mali comme au Sénégal ou ailleurs, les expériences relatées ont fait la preuve que l’investissement étranger n’est pas systématiquement source de développement et qu’il peut plus sûrement déstabiliser les systèmes socio-économiques locaux. Elaboré en commun à l’issue des débats, l’Appel de Dakar exige notamment que : « les États, organisations régionales et institutions internationales garantissent le droit des peuples à avoir accès à la terre et soutiennent l’agriculture familiale et l’agroécologie. »

En donnant un cadre commun aux revendications, cet Appel fixe également les recours envisagés. La lutte ne fait que commencer…

Marine Lefebvre