L’assassinat de deux jeunes Français au Niger après leur rapt en plein centre de la capitale samedi dernier marque le franchissement d’un cap par les terroristes qui sévissent au Sahel. A l’annonce de cette tragédie, c’est vers nos partenaires nigériens que sont allés nos premières pensées, vers ces hommes et ces femmes qui se mobilisent au quotidien pour développer leur pays et améliorer les conditions de vie des habitants.

Voici quelques jours, l’équipe de SOS Faim recevait les vœux de Mamoudou Hassane, Secrétaire exécutif de Mooriben, une Fédération paysanne du Niger, active notamment dans le domaine de la sécurité alimentaire :

« […] Que 2011 soit également une année de bonne campagne agricole […]. Enfin, que 2011 soit le point de départ vers un Niger émergeant où il fait bon vivre, c’est-à-dire un pays libéré des affres de la faim et de l’analphabétisme et où la promotion des libertés fondamentales, de la justice, de l’équité, de la solidarité et de la démocratie soit irréversible. »

… La gravité des actes commis ce week-end n’augure rien de bon et, si les Nigériens ont l’habitude d’affronter remous politiques et difficultés économiques plus que nous Occidentaux qui pouvons plier bagage dès qu’une menace pèse sur nos vies, le traumatisme est partagé par nos partenaires du Niger.

Joint par téléphone, Mamoudou Hassane nous a fait part du choc provoqué par cet événement :

« l’effet de surprise a été total, jamais on a imaginé que des gens armés puissent, avec des otages, remonter vers le nord sur 200 km malgré les barrages. L’armée a vécu cet enlèvement au cœur de la capitale, à moins d’1 km du Palais présidentiel, comme une humiliation et les officiers réorganisent les dispositifs de sécurité. »

Mamoudou Hassane poursuit :

« Une psychose s’est créée. Il faut rester vigilant mais ne pas abandonner les populations qui viennent de sortir d’une crise alimentaire. Le retrait des partenaires, la suspension des programmes, seraient un signe de faiblesse et c’est ce qui est peut-être recherché par les terroristes … ? Je souhaiterais que la prochaine mission de SOS Faim soit maintenue. C’est un partenariat formidable. A Mooriben, nous n’avons pas oublié qu’au lendemain du coup d’état, en février dernier, la Responsable du partenariat était venue participer à nos réunions à Niamey alors même que les représentations de plusieurs pays avaient appelé leurs ressortissants à se terrer chez eux ! C’était un signe fort d’adhésion et d’accompagnement de la part de SOS Faim. Si SOS Faim maintient sa mission de février 2011, nous veillerons à avertir les autorités et à mettre en place un dispositif de sécurité adéquat ; nous comptons sur un sursaut de la part de l’armée. »

Avant de s’envoler lundi pour le Bénin, autre pays partenaire de SOS Faim dont notre collègue est responsable, elle nous disait, bouleversée, sa

« peine pour les peuples malien et nigérien, si accueillants et pacifiques, otages d’une sale guerre ».

A qui connaît les pays sahéliens, vient souvent la tentation de penser que l’extrême pauvreté, la misère persistantes forment un terreau idéal pour les fanatiques en tout genre…

« Il faut continuer à venir nous voir ! C’est en ce moment que les gens ont besoin de vous ! »

lance encore Mamoudou Hassane avant de prendre congés pour se rendre dans les villages, chez les paysans qui s’efforcent d’affronter la « période de soudure » et de préparer la prochaine campagne agricole…

Marine Lefebvre