Du 2 au 4 décembre, s’est réunie à Kinshasa l’Assemblée parlementaire paritaire, lieu unique de débats, de réflexions et de formulation de résolutions, rassemblant des parlementaires européens et des parlementaires venus des 78 pays ACP. C’est aussi pour les uns et les autres l’occasion d’interpeller la Commission européenne ainsi que le Conseil des ministres européens et ACP sur les politiques partagées, quelles soient commerciales ou de développement. S’il est difficile de rendre compte de cette session en une page, on peut néanmoins pointer l’un ou l’autre élément. En marge des réunions officielles, Concord et certains de ses membres ont organisé comme toujours des rencontres destinées, pour les unes aux membres de la société civile du pays et pour les autres aux parlementaires et assistants de l’UE et des pays ACP. A chaque fois, il s’agit de présenter les positions de la société civile européenne sur les questions commerciales et de développement de l’Union européenne et de les mettre en débat .

Avant la session de l’APP, le réseau Prodess de RDC a, quant à lui, organisé le premier Carrefour paysan de RDC, auquel quelques 150 délégués de la société civile, en majorité des représentants des organisations paysannes, ont activement participé. Venus de 9 provinces de la RDC, les participants ont centré les débats sur les enjeux de l’agriculture en RDC et sur la question de la structuration progressive du mouvement paysan congolais. Ils ont profité de la présence de 5 leaders paysans d’Afrique de l’Ouest à l’APP pour les rencontrer et discuter de leurs expériences d’organisation du monde rural. Echanges riches et intérêts réciproques. En participant à l’APP, ces leaders paysans d’Afrique de l’Ouest avaient pour objectif d’orienter le contenu de la résolution qui était en débat sur « la sécurité alimentaire » . Le résultat de leurs interventions auprès des parlementaires africains et européens est assez positif puisque la résolution finalement adoptée reprenait quelques-unes de leurs propositions importantes. La résolution, notamment : – souligne la priorité donnée au soutien à l’agriculture paysanne dans la lutte pour la sécurité alimentaire et la nécessité d’y renforcer les investissements tant de la part des pays ACP que de la part des bailleurs européens, – souligne « le caractère essentiel du droit à l’alimentation qui doit être considéré comme un droit inaliénable et universel » ainsi que « le droit de chaque pays ou région de décider de sa politique agricole afin de couvrir les besoins alimentaires de sa population », – relève l’incidence néfaste sur la sécurité alimentaire des ventes massives de terres agricoles à des intérêts privés extérieurs aux pays concernés, – dénonce la spéculation dans le domaine des achats des produits alimentaires … Le texte final de la résolution est repris à l’adresse suivante : http://www.europarl.europa.eu/intcoop/acp/60_20/pdf/ap100_879_food_security_final_fr.pdf

Il faudra souligner encore pour cette APP, l’absence du Conseil européen que devait représenter soit la Haute représentante, C . Ashton, soit le ministre belge Ch. Michel. Difficile d’interpeller des absents … Le sentiment des leaders paysans à l’écoute du discours du Commissaire K. de Gucht sur les APE , largement partagé d’ailleurs par les parlementaires ACP, était extrêmement critique … Surtout lorsque le Commissaire a reproché aux pays ACP « de ne pas avoir assez le goût du risque de se lancer dans un accord de libre-échange » … L’Europe prend-t-elle vraiment des risques en « proposant » les APE ?

Jean-Jacques Grodent