En 2008, une crise alimentaire de grande ampleur avait secoué les pays en développement et mis en évidence les risques liés à la forte dépendance alimentaire de ces régions à l’égard des importations du marché mondial. Deux ans plus tard, cette crise fait figure de détonateur : en Afrique de l’Ouest, c’est dans son sillage que le monde paysan, résolu à se faire entendre, encourage la création d’instruments politiques.

« Nous, agriculteurs, avons la possibilité de changer les choses » a déclaré Djibo Bagna, le Président du ROPPA (faîtière des Organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest), en préambule au séminaire sur les filières céréalières qui s’est tenu à Ouagadougou du 23 au 25 novembre. Initiative conjointe de SOS Faim et du ROPPA, ce rendez-vous a rassemblé les représentants d’une cinquantaine de structures ouest-africaines et européennes.

Réunis dans le but de « déterminer les conditions nécessaires pour que les agricultures familiales ouest-africaines puissent relever le défi de l’approvisionnement céréalier régional », les participants ont élaboré un mémorandum en 59 points. Conscients que la sous-région va devoir relever le défi majeur de nourrir une population appelée à doubler dans les 30 prochaines années, les représentants de huit pays d’Afrique de l’Ouest et leurs partenaires européens partagent une vision.
« L’enjeu de l’agriculture sera de moderniser sans exclure, car il ne sera pas possible de nourrir les populations d’Afrique de l’Ouest sans les petits producteurs et pas davantage sans la mise en place de politiques agricoles cohérentes. »

Les signataires rappellent que la préférence communautaire sur le commerce des céréales et le soutien des prix ont constitué les deux piliers sur lesquels l’Union européenne a forgé le développement de sa souveraineté alimentaire et de ses exportations. Les signataires s’emploient à « briser le tabou des subventions agricoles » et pressent leurs gouvernements de faire à leur tour de l’agriculture un moteur de développement.
Dans cette perspective, le développement agricole souhaité sera fondé prioritairement sur la modernisation des exploitations familiales et l’intégration au marché régional afin que la souveraineté alimentaire soit au cœur de la politique agricole régionale.
Parmi les principaux points du mémorandum, on relève encore que « les subventions à l’agriculture vivrière ouest africaine sont indispensables pour corriger les effets de la concurrence déloyale exercée par les importations subventionnées, réduire les coûts de production et accroître la productivité et enfin, faciliter l’accès à l’alimentation des populations vulnérables. »
D’autres revendications portent sur le crédit : « …le secteur bancaire doit réinvestir dans le financement de la production et de la commercialisation. Les règles de la BCEAO, ainsi que des autres banques centrales, doivent être adaptées à ces exigences [et besoins spécifiques].»

L’un des participants, Mamoudou Hassane, le Secrétaire exécutif de l’organisation paysanne Mooriben au Niger de conclure : « Ce séminaire devrait achever de déclencher une prise de conscience de l’importance des filières céréalières. Il y a des propositions concrètes qui doivent servir de cheval de bataille pour nos organisations… »

Marine Lefebvre