Dans le cadre de l’accorde de Cotonou qui unit l’Union européenne et 77 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), sont négociés des Accords de Partenariat Economique (APE). Conçus pour être des instruments pour le développement durable des pays ACP, ils se révèlent tout autre.

Lancées en 2002, les négociations sur les APE piétinent et la nouvelle réunion du Comité ministériel commercial mixte ACP-UE qui s’est tenue le 22 octobre n’a rien changé. Censés remplacer le régime préférentiel non réciproque dont bénéficiaient les pays ACP et que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait jugé contraire aux règles internationales,  ces accords prévoient l’ouverture progressive des marchés ACP aux produits européens. Malgré les pressions de l’UE sur ces pays, ces négociations qui auraient du être finalisées depuis décembre 2007, restent dans l’impasse.

La réticence des pays africains à signer dans leur forme actuelle ces APE s’appuie pourtant sur des motifs d’autant plus légitimes dans le contexte actuel de crise économique, financière et alimentaire qui frappe de plein fouet les pays ACP, dont la majorité est constituée de Pays les moins avancés (PMA). Si ces accords consistent à autoriser les exportations des ACP à bénéficier d’un accès au marché européen en franchise de droits et de quotas pour tous les produits à l’exception du riz, de la banane et du sucre, la contrepartie demandée est trop lourde : les pays ACP devraient également autoriser l’accès à leur marché pour l’ensemble de leurs importations en franchise de droit.

Des accords de libre-échange qui vont bien au-delà des exigences de l’OMC

Dans leur forme actuelle, les APE auraient pour principale conséquence la destruction totale du tissu industriel africain et priveraient une partie de ces pays de recettes douanières qui constituent, pour certains d’entre eux, une composante essentielle de leur budget. Les Acteurs non étatiques du Mali (ANE), sous la direction de la Coalition des alternatives africaines, dette et développement (CAD Mali) dénoncent haut et fort  cette « ouverture forcée des marchés de l’espace CEDAO».


Avec eux, les organisations de la société civile européenne et des pays du groupe ACP prônent  des APE aptes à renforcer les marchés ACP et à rétablir « une concurrence loyale dans les échanges commerciaux mondiaux par la suppression des subventions, notamment agricoles, octroyées par les pays de l’Union européenne à leurs producteurs », alors même que les institutions financières internationales interdisent aux pays africains de subventionner leurs agriculteurs au nom du libéralisme et de la non intervention de l’État !

A l’issue de la réunion du 22 octobre à Bruxelles, les pays du groupe  ACP  ont demandé aux Européens de « les comprendre un tout petit peu » et de faire preuve de « souplesse ».  Quand l’UE saura-t-elle proposer d’autres perspectives pour assurer que les relations commerciales entre elle et les pays ACP prennent enfin en compte les priorités de développement des pays et régions ACP ?

article paru le 10 novembre dans Le Quotidien