(Article paru dans le Quotidien le 13 octobre 2010)

A l’approche de le Journée moniale de l’Alimentation, le Forum intitulé Droit à l’alimentation et souveraineté alimentaire qui se tiendra au Niger, l’un des pays les plus gravement touchés cette année par la crise alimentaire, manifeste la volonté et la capacité des pays concernés à prendre en main leur destin alimentaire pour ne plus rester à la merci des aides d’urgence du Nord.

 

Au cours de ces trente dernières années, les pays sahéliens ont été confrontés à des crises alimentaires aigues, dont les plus dramatiques furent celles de 1984, 2005 et 2010. Après  un  demi-siècle  d’indépendance,  les  pays  sahéliens  restent  en  proie  à  une insécurité  alimentaire  chronique. En  l’espace de  trente  ans, un pays  comme  le Niger  a enregistré  16  saisons  agricoles  déficitaires  et,  cinq  ans  seulement  après  la  crise alimentaire  de  2005  qui  a  touché  3,6  millions  de  personnes, ce sont plus de 7 millions de personnes qui sont touchées en 2010.

Devenues récurrentes, voire structurelles, les crises alimentaires remettent en question  les choix politiques opérés par les pouvoirs publics. Même s’il est vrai que ces crises sont en partie  liées  à  des  phénomènes  naturels  tels  que  la  désertification,  il  est  désormais  admis qu’elles  résultent  largement  de  l’abandon,  sous  la  pression  des  institutions  financières internationales, des politiques d’autosuffisance alimentaire : l’abandon  des  prix  fixes  à  la  production  et  à  la  consommation,  la  fin  du monopole de commercialisation des offices vivriers publics, la suppression des subventions publiques  à  la  production,    la  liquidation  des  structures  d’appui  et  d’encadrement  des producteurs sont autant de facteurs qui ont conduit à la détérioration des conditions économiques et fragilisé les populations.

 

« Avec des déficits fourrager  et  céréalier  de  16 millions  de  tonnes  de matières  sèches (…), cette crise vient nous rappeler, encore une fois, la fragilité de notre système agricole et pastoral », explique Moussa Tchangari, Secrétaire général de l’Alternative Espaces Citoyens (AEC) et coordinateur du Forum qui se tiendra à Niamey au Niger du 16 au 18 octobre.

 

Il ajoute : «convaincues  que  l’insécurité  alimentaire  n’est  pas  une  fatalité,  au  regard  notamment  des immenses  potentialités  agricoles  et  pastorales  dont  regorgent  les  pays  du  Sahel,  les organisations  du Consortium  ont lancé  l’initiative de ce forum   dans  le but de susciter une  large  adhésion  populaire  à  la campagne de plaidoyer engagée par le Consortium à  l’attention des décideurs en vue, d’une part  de  constitutionnaliser  le  droit  à  l’alimentation  au Niger  et,  d’autre  part,  d’accroître  le financement  des  politiques  agricoles  dans  la  perspective  de  réaliser  la  souveraineté alimentaire. »

Déterminés à « placer le droit à l’alimentation au cœur de la construction démocratique », les organisateurs ont retenu un slogan fort: « la démocratie doit nourrir les citoyens ». Une importante  mobilisation  populaire est attendue en marge du Forum avec une  marche contre la faim.

La faim dans le monde ne relève pas d’un problème de production mais de répartition, donc de politique et de justice.

 

Marine Lefebvre

http://www.sosfaim.org