Au nom de la lutte contre la faim, l’Agra n’a-t-elle pas d’autres ambitions secrètes, comme l’introduction en Afrique de cultures génétiquement modifiées (OGM)?

 

Lancée par les fondations Rockefeller et Gates, et dotée d’un fonds de 150 millions de dollars, l’Agra, ou l’Alliance for a green revolution for Africa,  se fixe pour objectif de former un « partenariat dynamique œuvrant à travers le continent pour aider des millions de petits exploitants et leurs familles à s’affranchir de la pauvreté et de la faim.»

Par-delà ces déclarations vertueuses, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les liens entre la fondation Gates et les géants de la biotechnologie, Monsanto entre autres. Dans le staff de la fondation, on compte de nombreux cadres en lien direct avec Monsanto, dont un vice-président, Robert Horsch.

Selon une technique de marketing éprouvée, Agra appâte les « clients » potentiels, les petits agriculteurs, par des remises, des crédits et des subsides, qui les entraînent dans une spirale insoupçonnée de dépendance. En promettant aux paysans des surplus aisément commercialisables, on peut redouter que le programme de l’Agra ne les conduise à acheter un package qui risque de mettre fin à leurs cultures traditionnelles : nouvelles semences « à haut rendement » (et OGM plus tard ?), engrais, pesticides et herbicides chimiques et ce, malgré la mise en garde des agronomes contre ces engrais chimiques, qui, contrairement aux engrais organiques, épuisent le sol et qu’il faut  multiplier au fil des ans pour garder une récolte constante.

De multiples voix se font entendre en Afrique pour dénoncer l’introduction de l’agrobusiness et des OGM sous le couvert d’une nouvelle révolution verte. M. Goïta de la Copagem (Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain) ne voit dans ce projet que la défense des « intérêts des multinationales semencières et non ceux des pays africains ».

Pour l’African Biodiversity Network qui a coordonné une déclaration signée par 70 ONG africaines, Agra est une tentative de privatisation des ressources africaines par les grands groupes et la porte ouverte aux OGM[1].

Le généticien éthiopien Melaku Worede ajoute que « les variétés africaines détiennent un énorme potentiel inexploré et mis en danger par des solutions importées ». Il préconise donc une approche plus globale de l’agriculture plutôt que ce modèle industriel.

Pour beaucoup d’analystes, ce projet Agra ne tient pas compte des multiples recherches scientifiques récentes remettant en question les solutions strictement quantitatives et technologiques focalisées sur l’augmentation des rendements. Ces solutions font aussi l’impasse sur toute approche sociopolitique qui reconnaîtrait les déséquilibres structurels affectant lourdement les populations rurales et tiendrait compte des réseaux sociaux et économiques déjà mis en place pour sortir de leur précarité.

 

Marine Lefebvre, d’après l’article de  Miguël Mennig  dans Défis Sud n°95

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Ending Africa’s Hunger Means Listening to Farmers  (Food First)

AGRA & Monsanto & Gates, Green Washing & Poor Washing


[1] http://www.biosafetyafrica.net