Crise politique, vulnérabilité alimentaire, pauvreté endémique, le Niger cumule bien des handicaps. Face à l’incurie des gouvernements successifs, les paysans tentent de s’organiser : Mooriben, une Fédération rassemblant des groupements paysans, propose au monde rural un appui, des solutions…

La junte militaire qui a pris le pouvoir au Niger le 18 février 2010, après le coup d’Etat contre le président Mamadou Tandja, lui-même auteur d’un coup d’Etat constitutionnel quelques mois plus tôt, a, à la différence de son prédécesseur,  renoncé à nier les difficultés sur le plan alimentaire et humanitaire. Au contraire, il exhorte la communauté internationale à apporter de l’aide au Niger. Selon nos informations, le « droit à l’alimentation », aurait même trouvé sa place dans la future constitution…

Créée voici 20 ans, la FUGPN– Mooriben (Fédération des Unions de Groupements paysans du Niger) poursuit ses efforts au quotidien pour faire de l’agriculture une source de nourriture, de revenus et d’emplois décents.  Les crises alimentaires majeures comme celle qui sévit actuellement touchant, selon l’estimation de juin 2010, pas moins 47,7% de la population, soit plus de 7 millions de personnes, ne doit pas occulter les réalisations accomplies au sein de la société civile et ce, en dépit des autorités gouvernementales qui ont largement délaissé le monde rural.

Si Mooriben signifie « la misère est finie » en djerma songhaï, de fait, la misère persiste. Pourtant, les progrès réalisés sont notoires et les ambitions concrètes, comme l’atteste Mamoudou Hassane, Secrétaire exécutif de Mooriben :

« Notre premier domaine d’intervention est celui de la  sécurité alimentaire, par  l’appui  à  l’agriculture  pluviale, à l’aménagements  des  cycles,  l’approvisionnement  en  intrants  et la commercialisation.  Le  deuxième  volet  est  le  domaine  du  crédit  par  la mise  en place d’Institutions de microfinance (IMF) et de lignes de crédits auprès d’IMF avec lesquelles nous signons des conventions. Enfn, il y a la gestion des ressources naturelles. Nous travaillons à la récupération des terres dégradées et nous menons en outre un travail d’information et de sensibilisation auprès des populations rurales. »

Le champs d’action de Mooriben est large et vise à remédier aux différents besoins du monde paysan. Avec plus de 62 000 membres, dont 61,3% de femmes, cette organisation paysanne offre un panel de services autour des unions de groupements qui la composent : boutiques d’intrants, banques de céréales, animateurs d’appui, radio, cellules de communication, caisses d’épargne et de crédit… Cet échafaudage est intitulé « système de services intégrés ». Afin de renforcer le bon fonctionnement d’un système qui a fait largement ses preuves dans les 10 unions où il existe, un dispositif de services financiers a été mis en place pour favoriser le développement et la sécurisation des fonds des activités des boutiques d’intrants, banques de céréales …

Au final, la pérennité de ce dispositif  dépend largement de la pérennité du dispositif de financement. Or, dans un pays où le niveau de formation est très faible, la pérennisation de systèmes professionnels est souvent problématique. Afin de surmonter ce risque, Mooriben collabore depuis deux ans avec l’IRC – SupAgro Montpellier pour analyser toutes les insuffisances du dispositif d’accès aux financements en place et trouver des stratégies pour les corriger. Responsable des partenariats pour SOS Faim, Nedjma Bennegouch explique :

« Le processus de formation – action nous paraît très intéressant et de haute valeur ajoutée pour Mooriben : en associant les acteurs de Mooriben (salariés fédération, animateurs unions, gérants caisse) à l’intégralité du diagnostic (définition problématique, élaboration des outils, réalisation enquête, analyse et synthèse), la collaboration IRC – Mooriben permet un transfert de connaissances et de compétences très précieux dans un pays où le système de formation en général est de niveau faible. L’association d’une ONG à cette collaboration, désormais tripartite, est également très innovanteNotre participation, outre le renforcement de capacités qu’elle a constitué, nous permet de saisir au plus près la réalité et les enjeux du développement des services financiers offerts par Mooriben à ses membres et devrait faciliter par la même notre appui. »

A l’issue de cette formation, Mooriben est en mesure d’envisager la mise en réseau de ses caisses rurales. La création d’un tel réseau aurait pour avantage de faciliter l’accès aux services mais aussi aux ressources. L’étroite collaboration et la concertation intense sont les piliers sur lesquels reposent la professionnalisation et l’autonomisation des partenaires de SOS Faim. Si, à l’échelle des pays, les indicateurs restent souvent négatifs comme en ce moment au Niger avec la crise alimentaire, à l’échelle des projets, SOS Faim observe année après année les progrès de ses  partenaires et surtout, leur puissante volonté à s’en sortir, pour ne plus être dépendant de l’aide extérieur.

Interview de Mamoudou Hassane, Secrétaire exécutif de Mooriben sur notre chaine Dailymotion