Malgré son importance, le secteur agricole de la zone sahélienne peine à se moderniser et reste largement tributaire des aléas climatiques, qui occasionnent régulièrement des crises alimentaires. Dans certains pays comme le Burkina Faso ou le Mali, la dernière production agricole  a été forte, sans empêcher des poches de déficits importants. Dans des pays comme le Niger ou le Tchad, la situation est beaucoup plus grave. Dans ce contexte de précarité, des initiatives locales existent pour limiter l’impact des aléas de production sur les paysans.

Si, en ce printemps 2010, le Niger est le pays le plus gravement touché avec seulement 16,8% de sa population rurale qui se trouve en situation de sécurité alimentaire suite à un déficit de plus de 20,3 millions de tonnes par rapport à la production de l’année passée, les autres pays des la zone sahélienne sont également affectés.

L’insuffisance et la mauvaise répartition des pluies aussi bien dans l’espace que dans le temps pendant la campagne agricole 2009/2010 ont entraîné des déficits céréalier et fourrager importants. Les ménages en insécurité alimentaire ne disposent suffisamment ni de revenus, ni de stocks alimentaires pour couvrir leurs besoins quotidiens. Ils consacrent en moyenne entre 70 et 72% de leur budget à l’alimentation, disposant ainsi de très peu de ressources pour faire face à d’autres besoins vitaux tels que la santé et l’éducation.  La détérioration des termes de l’échange entre le bétail et les produits vivriers figure parmi les principaux signes annonciateurs d’une crise alimentaire, les ménages étant contraints de vendre leur bétail quel qu’en soit le niveau des prix. L’absence d’eau ou de pâturage est  le problème le plus crucial. Au Niger, 86,9% des villages ont indiqué que la situation des pâturages s’est dégradée comparativement à celle de l’année dernière.

Au contraire, le Burkina Faso et le Mali sont des pays qui ont cette année relativement bien produit. « Les différentes politiques d’appui des deux chefs d’État aux politiques agricoles ont contribué à booster la production agricole », explique le Secrétaire exécutif du CILSS (Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel), le Pr A. Brétaudeau.

Cependant, malgré de bons chiffres globaux, on recense dans ces deux États quelques poches déficitaires. « Même si les produits circulent librement, ces populations, qui sont essentiellement composées d’agropasteurs, sont démunies. Dans toute cette partie sahélienne, les pâturages sont pratiquement inexistants. Et le bétail n’a aujourd’hui aucun prix tellement les animaux sont maigres. Même si les céréales sont là, les populations n’ont pas de quoi se les acheter. »

Des solutions locales

Au Burkina Faso, la fédération nationale des groupements Naam (FNGN) a tissé un  réseau de Greniers de Sécurité Alimentaire (RGSA). En avril s’est tenu la 5ème édition de la bourse annuelle d’échange des produits alimentaires du réseau, réunissant producteurs et acheteurs en provenance de six régions. La diversification des sources d’approvisionnement étant l’un des  enjeux de la lutte contre l’insécurité alimentaire, ce type d’initiatives offre de multiples avantages : des échanges directs entre paysans créent une confiance mutuelle qui favorise les transactions, de nouvelles zones d’approvisionnement pour les GSA sont identifiées en fonction de la production et de la disponibilité des denrées alimentaires des zones excédentaires comme des zones déficitaires.

Bien que situé en zone déficitaire, le département de Kaïn où s’est tenue cette bourse d’échanges, connait une situation excédentaire. Pour les organisateurs, il s’agissait d’inciter à une évolution des pratiques : la zone étant réputée déficitaire, les différents GSA n’ont jamais songé s’y approvisionner à l’échelle provinciale, et s’orientaient habituellement dans des régions plus éloignées, augmentant ainsi les coûts de transport ainsi que le délai de livraison des produits.

Malgré les aléas climatiques, il n’y a pas de fatalité

« Le Sahel peut se nourrir, il peut dégager des surplus de production. La preuve est qu’aujourd’hui, le Burkina a produit pour nourrir la grande partie de la population qui n’avait pu produire suffisamment » martèle le Pr A. Brétaudeau du CILSS.

Déjà, le CILSS réfléchit avec tous les pays de la zone sahélienne à la mise en place d’un réseau qui s’attellera à la gestion des différents stocks nationaux dans le but d’aboutir à la création d’un stock régional. « Il devra permettre de répondre beaucoup plus aisément aux situations d’urgence. La CEDEAO et l’UEMOA seront mises à contribution pour la gestion de ce réseau et cela nous permettra de former un stock physique et un stock financier pour pouvoir faire face à ces situations », déclarait récemment le Secrétaire exécutif du CILSS.